Le Malleus... Episode 4 - Souvenirs

Puisque le premier tome du Malleus - "Le Malleus - Les sorcières de Sarry" a été écrit pour "Écrivons un livre", il me semblait normal qu'il en soit de même pour le second tome "Le Malleus - Tous les visages du diable".

Vous allez donc, comme pour la première partie du roman, découvrir en exclusivité la suite des aventures d'Alayone. Et je sais qu'elle vous a beaucoup manqué.

Je vous invite donc a vous plonger de nouveau dans cette fin du 15e siècle où la chasse aux sorcières est devenue le divertissement de prédilection d'inquisiteurs peu scrupuleux.

Episode 4 le malleus tome 2 tous les visages du diable

14 Mai 1488 - Journal d’Alayone

L’enfançon qui grandit en moi me fait songer inlassablement à Tristan. Je me languis de lui, comment vais-je en ce temps demeurer seule ? Amaury, mon père me porte autre affection dont je ne saurais me satisfaire pleinement. Qu’est-il advenu de mon adoré ? Est-il trépassé ? Je ne pense point qu’il soit juste guerpi (déguerpi) il a probablement couru hasard de mort. Seigneur, c’est en bonne foi que nous avions souhaité vivre notre passion et non en péché ! Quel secours donner à un défunt... Tristan, il me faut maintenant mendier un peu de liesses malgré ton départ pour quelque monde que ce soit et accepter cette éventualité de ne plus te toucher et poursuivre une vie aigre et maussade. Mais je ne durerai point une existence de repentie. De son amour, le souvenir m’aide à trouver le temps moins long sur le dos de ce vieux roussin d’Arcadie. Mais où l’évêque a-t-il déniché cette haridelle (mauvais cheval) ? Il faut dire que nous n’autorisons que peu de repos à nos montures, car il nous faut arriver prestement au domaine du Comte de Dammartin.

Que vais-je pouvoir quérir en ce lieu et auprès de cet homme sanguinaire ? Sa barbarie me glace et la nuit vient. J’ôte mon bliaud. Adossée au pied d’un arbre, je caresse la mousse qui en recouvre le tronc, puis je me laisse glisser sur le sol en regardant le ciel. Je tombe d’ahan (fatigue). Le temps est sombre car sans lune, ce sous-bois dont l’odeur et la froideur éveillent en moi quelques souvenirs me rend chancelante. Ma dernière nuit avec Tristan dans cette forêt, non loin d’ici...

Et je me remembre ma première rencontre avec mon charmant et délicieux ami à la foire de Saint-Germain-des-Prés, comment il m’avait abordé puis fait une cour maladroite qui n’a eu pour unique réponse l’éclat de mon ire. Je n’étais point disposée aux sensibleries de donzelle. Il était beau et vif, quelque damoiselle qui l’aurait vu aurait été conquise céante (immédiatement). Mais mon tempérament belliqueux l’obligea à se trouver tenace et à devoir parler plus habilement, il perça doucement et non sans détermination mon esprit et atteignit mon cœur.

Je me souviens de nos escapades nocturnes dans Paris, sous le nez et la toge de l’évêque. Nous défiions ainsi sa vigilance plus de deux années durant, à nous rencontrer chaque nuit, sans que jamais mon céladon ne m’accorde ne serait-ce qu’un baiser. Puis, lorsqu’il le fit, un jour, ce fut par rage. Ma flagornerie n’ayant pas prise sur sa noble attitude, j’usais d’une langue vipérine pour qu’il me touche enfin. Je me souviens de la conduite virile et conquérante qu’il abattit sur moi. Je n’étais absolument pas coutumière de ces manières, il me jeta sans ménagement sur le lit, retroussa mes jupes et me flatta la cuise. Sa bouche parcourait mon visage et mon cou, mon corps, mais il se ressaisit et me laissa choir dans ma fièvre. Il souhaitait amour pur. Que n’aurais-je offert pour avoir similaire philtre d’amour que celui qui fut donné à Iseut et son Tristan, liqueur qui le fit moins chevalier que malin pour abuser de son Iseut aux blanches mains.

Puis survint la mort de ma pauvre Gertrude, mon amie, ma sœur qui m’apprit les mystères de l’attachement, en contrepartie de quelques savoirs comme la lecture et le bien penser que je lui enseignais avec grande joie. Elle désirait plus que tout quitter sa mauvaise vie et à la poursuivre de façon honorable. Elle s’instruit rapidement et jamais il n’eut paru qu’elle venait d’un lupanar, mais s’était sans compter sur son maître bordeuleux (tenancier d’un bordel). Elle fut promptement rattrapée par son passé et brûlée vive en place de Grève. Condamnée parce qu’elle avait osé pervertir un moine, notre moine Guillaume qui en toute fin lui allouait un amour véritable. Courroucée contre Tristan qui n’eut point porté assistance à cette malheureuse, imaginant à tort que son père, le comte de Monfort nous aiderait à la sauver des flammes, je ne le revis plus. Partagée entre tristesse et colère je ne lui accordais plus d’intérêt alors que tout mon être le réclamait.

Tristan fit deux pèlerinages afin de demander le repos de l’âme de Gertrude et pour que je daigne lui pardonner enfin. Je me souviens de ses lais, j’en connais chaque ligne et chaque signe à les avoir tant lus. Où sont-ils aujourd’hui ? Il ne me reste plus rien, plus de pierres de la picote, plus d’encriers, et même plus la peau de mon pauvre loup occis par Guillaume, encore lui, toujours ce moine, objet de mes tourments. Mon cher ami sauvage qui me manque tant également. Je n’en garde maintenant que les cicatrices qu’il a laissées sur mon visage pour me défendre, de cela j’en suis assurée.

Et puis il y eut cette nuit. Dans une chaumine abandonnée en forêt d’Ermenonville. Nous y avions fait halte avec Tristan que j’avais fini par pardonner. C’est en ce lieu que Tristan dit adieu à toute convenance et que mon enfant fut conçu. Comme il me manque... Nous fuyions l’évêque afin de retourner à Sarry pour que le chanoine Richard nous unisse devant Dieu. Lui seul avait su lire dans nos cœurs.

Chaque hiver se ressemblant, je tombais à nouveau malade au sein de cette forêt, et dans la maison abandonnée où nous nous étions réfugiés, la fièvre s’appropria mon corps de façon morbide. De l’eau engorgeait mes poumons, j’avais grand-peine à respirer. Tristan, bien qu’ayant brillamment achevé ses études de médecine ne put me soigner. Il s’enquit chercher de l’aide ou des remèdes me laissant seule dans cet abri où le vent et la froidure de l’hiver s’engouffraient de toute part. Dehors, les loups hurlaient la truffe levée vers la lune, les pattes collées à la neige ils grattaient à la porte. Sans mon fidèle Grizzli, mon petit chat noir, je ne serai plus. L’évêque avait envoyé frère Guillaume afin de retrouver et de nous raisonner, il le croisa en chemin, le suivi et me découvrir dans l’ombre de la mort.

Après avoir été soignée au couvent de Fontaine Chaalis, je rejoignis le chanoine Richard en compagnie de Frère Guillaume et à peine l’avions-nous vu qu’il se donna la mort pour affirmer son refus de publier le Malleus Maleficarum. Je fus arrêtée par l’inquisiteur Bréhal car suspectée d’avoir immolé dans le feu le bon Richard. Passée à la question et condamnée à mettre au monde l’enfant que je porte puis de périr sur le bûcher je fus enlevé par Amaury et Frère Guillaume. L’évêque de Châlons, mon tuteur, avait organisé mon évasion et me voici là, à quelques lieues de la maison de mes premières amours, accompagnée de mon père qui est le plus sage et le plus doux des hommes.

Tous ces souvenirs me rendirent mélancolique et d’une humeur de fiel. Alors je demandais à Amaury de passer par la forêt d’Ermenonville, prétextant que c’était le meilleur chemin, pour l’avoir déjà parcouru.

J’espérai y retrouver la petite chaumière et peut-être même Tristan qui m’y attendrait…

X

Le malleus tome 2 tous les visages du diable suite des sorcieres de sarry

Merci à Ludo Nature et Vie pour m'avoir amicalement offert la photographie de couverture

Aucune note. Soyez le premier à attribuer une note !

Commentaires (1)

misslou
  • 1. misslou | 26/07/2019
Ce petit retour sur la fin du Malléus 1 (un "flash-back moyenâgeux" en quelque sorte !! un peu d'humour ne nuit pas..) arrive à point. Grâce aux souvenirs d'Alayone, on peut bien se resituer et je m'inquiétais de Tristan et de savoir s'il était en vie, apparemment elle aussi...
Nous revoilà bien repartis dans les Aventures d'Alayone, le décor est planté, maintenant que va-t-il se passer ?

Ajouter un commentaire