Le Malleus... Episode 12 - Le Malleus Maleficarum

Puisque le premier tome du Malleus - "Le Malleus - Les sorcières de Sarry" a été écrit pour "Écrivons un livre", il me semblait normal qu'il en soit de même pour le second tome "Le Malleus - Tous les visages du diable".

Vous allez donc, comme pour la première partie du roman, découvrir en exclusivité la suite des aventures d'Alayone. Et je sais qu'elle vous a beaucoup manqué.

Je vous invite donc a vous plonger de nouveau dans cette fin du 15e siècle où la chasse aux sorcières est devenue le divertissement de prédilection d'inquisiteurs peu scrupuleux.

Episode 12 le malleus tome 2 tous les visages du diable

episode 12

 

4 septembre 1488 - Journal d’Alayone

Ce que je lis m’esfremit (1). Quel mal jour (2) que la naissance de cet être abject et répugnant. À chaque page je m’enfelis (3) pirement (4). 

Comment peut-on ajouter foi à tant d’inepties et accepter de telles abominations ? Ce livre est un odieux mal art (5) et en une année, le voici déjà déposé entre les mains de tous les saints officiers. Cette lecture me conforte dans mon discernement : une femme prise dans les griffes de l’inquisition n’a aucune chance d’échapper au bûcher.

Il est composé de si plaisante manière que l’on estime y lire de la science. Par ailleurs, Heinrich Kramer ne la point écrit seul. Le docteur en théologie et professeur à la faculté de Cologne, Jacob Sprenger, également membre de l’ordre dominicain et inquisiteur de la Sainte l’Église catholique rend irréfutables les propos tenus dans cet ouvrage.

Pourtant, il faut être bien matelin (6) pour imaginer que ces lignes, qui méritent autant de considérations que les ragots de caquetoires, (7) soient une vérité divine. Par meant (8) de ce livre maudissant (9), la seule issue pour une malheureuse prise dans les mains basses des officiers du Pape, est le trépas dans les flammes pour la damnation de son âme.

J’en ai pour explications certains passages.

On peut y trouver des propos démontrant qu’une femme, plus volage que l’homme — car elle bavarde beaucoup — demeure plus sensible aux envoûtements du diable.

On lit également que les filles d’Ève peuvent détruire les enfants dans le ventre même des mères. L’image de l’argument me fait trembler d’effroi.

Mais ce qui suit tient encore plus du delirium d’un individu maisement (10) fol.

Il est dit que les sorcières peuvent se changer en loups-garous, qu’elles sont identifiables à leurs yeux verts ou rouges. La couleur de mes iris me faisant tort, et je comprends mieux l’aveuglement des gens de Sarry me voyant pareillement porter ma peau de loup sur les épaules. Ils n’ont pas eu peine à entendre cette logique.

Plus loin, on découvre que les charmeresses pratiquent la nécromancie, la géomancie, l’hydromancie, l’aéromancie, la pyromancie et toutes autres divinations. Observer la nature et s’instruire sur ce qu’elle a de bon à nous offrir, identifier des remèdes parmi les plantes ou les pierres, la medicinée (11) effectuée grâce à ce que nous trouvons dans les airs, dans les forêts, sur les chemins est un don de Dieu que les hommes ont su accueillir en tout temps. Il y a peu de cela, on les appelait les medecineresses (12), maintenant elles sont maudites.

Puis on parvient à des passages écrits sous la démence, hallucinations et délires noircissent les pages du Malleus Maleficarum. Que lui fit souffrir sa génitrice ? Quelle femelle lui refusa quelque délit (13) ? Que lui dit l’Église pour qu’Institoris soit si haineux et rageux ? D’où lui vient cette hargne pour demeurer dangier (14) même auprès des plus hautes autorités ?

Puis il rafarde (15) que si un homme ne désire plus sa femme c’est à raison d’une sorcière qui l’aurait envoûté. S’il trompe son épouse, une enchanteresse ne peut qu’en être la cause. L’homme est donc innocent de tout, sa culpe (16) n’est jamais hasardée. L’homme à tous les droits et la femme doit celer sa bouche, car, même en ne point mot disant, elle est en imprudente sécurité.

Car, il est heureux de convenir que les sieurs, flattés par les propos décrits, n’auront aucune peine à croire ensuite que les sorcières se déplacent dans les airs sur des manches à balai ou n’importe quel autre bâton frotté d’un onguent préparé avec la chair d’un enfant mort avant le baptême. Pis encore, ce qui est bien aisé pour justifier que la femme se tenait bien à l’endroit du crime : même si elles ne sont pas à un endroit, leur esprit peut s’y trouver.

La troisième partie du bréviaire est une abomination. C’est celle qui scelle la male fortune (17) certaine d’icelle qui aura osé n’importe quelle action ou pensée non autorisée par quelque mauvaise âme mal intentionnée.

Elle indique les « remèdes » contre la sorcellerie. Une dénonciation, une rumeur, suffisent à ce qu’une bougresse soit accusée d’hérésie. Il doit simplement être déposé un avis sur la porte des églises afin de recueillir toutes sortes de témoignages. Et s’il n’en ait point, peu importe, la malheureuse sera passée à la question où elle n’aura pas d’autre issue que d’avouer ses crimes.

Je me souviens de Gertrude et après cette lecture, il m’apparaît clairement que personne la sauver de cette efficacieuse (18) machination du Diable.

Que se passe-t-il ce hui à Sarry, Jean de Chabannes m’a parlé de dix procès, y en aura-t-il d’autres ? Bréhal a le même esprit pervertir par la haine qu’Institoris...

Je ne sais pas si frère Guillaume a été inquiété à son retour…

Avoir déchiffré ce livre immonde ne me servira à rien d’autre qu’à mesurer l’étendue du péril qui me menace, et le Comte de Dampmartin avait raison, on ne combat que mieux un ennemi que l’on connaît. Et j’affirme qu’il faut que j’amentevois (19) à tout moment le danger.

 

X

20 octobre 1488 - Le chat

Je vous avais déclaré que je renaîtrais de mes cendres… me voici dans ma deuxième vie. Et elle n’est pas plus favorable que la première.

Je suis hors du baile (20) du château la journée, car si l’on me voit, on me chasse à coups de pied, de râteau ou de faulx.

Ma petite maîtresse qui était avec moi très aimante et intentionnée est maintenant grandement distante, je ne puis entrer dans sa chambrele (21) qu’à la nuit tombée et je ne dois avant toute chose ne point miauler. Elle laisse donc entrebâiller la fenêtre afin que je puisse la rejoindre chaque soir.

Depuis qu’elle a parcouru le bréviaire du démon elle ne sort plus de sa chambrée que pour se rendre au chevet du Comte de Dampmartin ou professer quelques rudiments d’écriture ou lire quelque ouvrage à la petite Anne. La damoiselle, docile et charmante, a hérité du cœur tendre de sa mère. Elle se plie aux exigences de sa gouvernante sans larmoiement d’aucune sorte. L’enfançonnette (22) apprécie grandement la compagnie d’Alayone, car elle lui enseigne toutes choses et réponds à toutes questions. Avec elle, point d’ennui puis il est né complicité et amitié malgré le très jeune âge de la petiete (23) Anne.

Mais il n’y a pas que la peur qui empêche de sortir Dame Hildegarde, ainsi doit-on la nommée maintenant. Le froid piquant et irritant lui brûle la gorge et l’affecte déjà. L’hiver s’annonçait âpre et il a tenu ses promesses. Une pluie verglaçante ne cesse de s’abattre sur le pays, tout est transi et humide jusqu’aux chaluns (24). Les pièces communes sont grandes, et malgré les nombreuses tentures suspendues aux murs, le vent et la froideur s’engouffrent dans les salles hautes et basses pour s’y installer de mesquine façon. On a grand-peine à chauffer le château alors chacun reste claustré dans ses appartements.

J’observe beaucoup de peine et d’ahan (25) en ces murs. Le Comte de Dampmartin n’est pas au mieux. La maladie de la vieillerie lui tord les os, il est blême, livide, il sent que la mort le pénètre. Il exprime, s’il plaît à Dieu, espérer vivre jusqu’à la naissance de l’enfançon, Alayone lui ayant promis qu’il serait baptisé Antoine-Richard. Il fut d’abord décontenancé de voir qu’il serait associé à ce « vieux renard » de chanoine, et lui demanda sur un ton suffisant : « Pourquoi ne pas ajouter, en sus de tout cela, celui de Geoffroy ? Car, après tout, n’est-ce pas l’évêque de Châlons qui vous a recueilli le premier ? Antoine n’est-il point déjà avantageux ? Chose à laquelle elle répondit : « Ne faites pas votre cherche-noise, cela ne vous sied guère. Je n’offrirai point pour appellation à mon enfant celui d’un homme qui n’a point consenti à l’union sacrée de sa mère et de son père. Et puis, ne seriez-vous point aise de voir votre prénom réuni à celui de votre compagnon d’armes, frère qui fut également pour vous une belle fortuité ? » Le Comte ne trouva rien à objecter et il acquiesça, comblé malgré tout par cette charmante pensée.

L’allure souffreteuse de ma maîtresse me préoccupe plus qu’autre chose. Sa toux maligne semble revenir et vouloir s’installer de plus mesquine façon. Dame Margueritte lui conjure de se laisser observer par un medecineur (26) mais elle se refuse d’accorder crédit aux implorations de notre hôtesse. Elle vocifère qu’elle se meillorera (27) seule.

En cuisine, elle fait appliquer d’audacieuses recettes en y ajoutant herbes et autres ingrédients susceptibles de la soigner dans les plats que l’on prépare. Elle se méfie de tout et de tous. Si elle réclame une infusion, elle cri haut et fort qu’elle apprécie le goût de telle plante ou racine. Dame Margueritte se prête au jeu et clame que la nouvelle gouvernante est une fine créatrice de saveurs.

 

X

(1) m’esfremit : m’effraie

(2) mal jour : malheur

(3) m’enfelis : plein d’une ardeur furieuse

(4) pirement : plus mal

(5) mal art : tromperie

(6) matelin : fou insensé

(7)  ragots de caquetoires : proches des églises où les gents s’attroupaient pour discuter

(8) Par meant : au moyen de

(9) maudissant : médisant

(10) maisement : méchamment

(11) la medicinée : médecine, onguent

(12) les medecineresses : femmes médecins

(13) délit : plaisir amoureux

(14) demeurer dangier : imposer sa volonté

(15) rafarde : raconte

(16)  culpe : culpatibilté, souillure pas le péché

(17) male fortune : la mort

(18) efficacieuse : efficace

(19) j’amentevois :avoir à l’esprit

(20) baile : enceinte retranchée, fortification extérieure, enceinte générale

(21) chambrele : petite chambre

(22) enfançonnette : petite fille

(23) petiete : toute petite

(24) chaluns : sorte de draps qui se fabriquaient à Châlons-sur-Marne

(25) d’ahan : de fatigue

(26) medecineur : medecin

(27) meillorera : se mieux porter

Le malleus tome 2 tous les visages du diable suite des sorcieres de sarry

Merci à Ludo Nature et Vie pour m'avoir amicalement offert la photographie de couverture

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