Le Malleus... Episode 7 - Rencontre

Puisque le premier tome du Malleus - "Le Malleus - Les sorcières de Sarry" a été écrit pour "Écrivons un livre", il me semblait normal qu'il en soit de même pour le second tome "Le Malleus - Tous les visages du diable".

Vous allez donc, comme pour la première partie du roman, découvrir en exclusivité la suite des aventures d'Alayone. Et je sais qu'elle vous a beaucoup manqué.

Je vous invite donc a vous plonger de nouveau dans cette fin du 15e siècle où la chasse aux sorcières est devenue le divertissement de prédilection d'inquisiteurs peu scrupuleux.

Episode 7 le malleus tome 2 tous les visages du diable

épisode 7

 

17 Mai 1488 - Journal du Seigneur Jean de Chabannes

Par tous les sangs du diable ! Jamais je n’eus cru être aussi en émotion.

Alors que par les bois d’Ermenonville me mena mon fidèle Jason (1), je fus fort surpris de trouver dans ma cabane de chasse un homme qui semblait avoir usé de son temps (2) et un damoiseau qui s’enlaçaient.

Par le sambieu, (3), des sodomites d’âges désaccordés en ma maison ! Quelle abjection ! Quelle abomination ! J’en eus le gavion (4) bileux  ! Ceci offensait la morale divine ainsi que la mienne qui pourtant pouvait admettre tout. Je mis pied à terre comme un dément afin de faire goûter de mon épieu (5) aux vilains (6) en bonne vérité (7). Or, le damoiseau tomba en pâmoison avant que je n’eusse le temps brandir mon arme. Rien d’étonnant qu’il s’épeure (8) et se débande, ces coquets ont autant de courage que des oiseus (9). En cheyant sur le sol, la coiffe de l’impubère sortit de son chef et je découvris une tête pareille à un œuf. Le damoiseau n’était qu’une donzelle sans cheveux.

Je profitais que la vilaine soit encore défaillit pour m’occuper de l’homme qui implorait ma clémence.

– Pitié, nous ne sommes pas des cherche-noises !

– Manant ! Qui est cette drôlesse et que t’apprêtais-tu à lui faire ? ça puire le péchié. (10)

– Je saisis votre encombre, mais croyez bon maître que je sois bien prud’homme, tailleur de pierre est ma qualité. Je travaille sur de pieux édifices pour la gloire de notre Seigneur Dieu. Ici, gît à mes pieds ma fille qu’il nous faut secourir.

– Las l’homme ! Tu te gaudis (11) de moi ? Porte-toi dans le coin avec ta, ta, ta... descendance. Et que fait-elle dans cet accoutrement si ce n’est pas par vilenie ?

– C’est que parler m’est dur... nous courrions hasard de mort.

La donzelle se réveilla, se redressa difficilement et lorsqu'elle me considéra, recula sur le séant (12) jusqu’au mur. Je vis la frayeur dans son regard. Elle se cacha le visage de ses bras et leva ses paumes vers moi.

– Messir, j’implore votre écoute.

J’ai grande habitude des pleurnicheries des paysans qui supplient après avoir fait faute, mais celle-là, n’était pas commune. Je chassais ma sensiblerie de pucelle et repris mes esprits devant cette ensorceleuse. Son crâne lisse m’en disait déjà beaucoup sur sa condition.

– Es-tu une condamnée hérétique ? Parle vilaine ! Tu as manqué de m’enchanter avec tes simagrées.

– Votre pardon Messire, mais je ne suis point ce que vous pensez. Je viens à la rencontre du Seigneur Antoine de Chabannes. J’ai ici un document à lui remettre qui vous informera sur ma personne.

La diablesse s’était bien vite ressaisie. Sans doute voyait-elle que ses jeux de lippe n’avaient aucun effet sur moi.

– Ne bouge point. Dis-moi où se trouve le document dont tu m’as vendu l’existence. Je le prendrais moi-même, je n’ai aucune confiance aux sorcières de ta gent qui cherche à nous mettre à abandon (13).

Et la drôlesse se fâcha et s’enhardir jusqu’à lever un doigt accusateur vers moi. J’avoue avoir craint qu’elle ne me jette un sort et qu’elle fasse dangier de moi (14).

– Point ne suis une sorcière ! Et elle se plut à aorer (15) pour me prouver ses dires.

– Doucement la démente, retourne dans ton coin et fais échine basse avant que je ne te courrouce (16). Toi, le père, dis-lui de se calmer sans quoi je m'en vais lui mettre les tripes à l’air. J’attendis qu’elle fasse mouvement et repris : Ci-fait, où est le document ?

– Dans la sacoche sur le cheval.

– L’homme, va la chercher et si tu n'escomptes pas que je fasse poindre (17) ta descendance, fais vitement. Et toi, tu parles trop habillement, je ne veux plus t’entendre.

Le bougre revint avec la fonte (18) et en sortit un manuscrit qu’il me tendit. Il s’agissait là des mémoires d’un certain Richard sans nom, régulier à l’Abbaye de Chalons. Après avoir mis à bandon mes deux chaitifs (19), j’entrepris avec forte curiosité la lecture de l'écrit. Et je ne fus pas déçu.

Mon père est un Sieur admirable et je nourris un profond respect pour lui. Jamais je ne pourrais être son émule, mais ce récit m’affranchit sur ce que je ne connaissais point.

L’histoire du vieil homme à qui nous devons ses lignes s’achevait sur la rédemption qu’il trouva grâce à une enfant du nom d’Alayone. Pareillement à moi, elle souffrit de l’absence de sa mère, puis fut également instruite par de belles autorités et fit tout pour en réchapper. Mais il semble qu'elle eu moins bonne fortune que moi...

Lecture faite du manuscrit, les complies allaient sonner. Je retournais dans la maison ou j’avais enfermé mes deux captifs.

– Es-tu Alayone ?

– Je le suis Messir.

– Qu’est-il advenu ensuite ?

– Le chanoine Richard ne voulait pas graver pour le clergé un certain ouvrage grâce aux machines qu’il installa à son abbaye de Châlons. Étant être au sang chaud et entier, il a brûlé l’imprimerie et lui avec. Il désirait ainsi souffrir le martyre de Jeanne d’Arc, sa Jeanne et il me semble, faire également pénitence de ses péchés. J’étais en sa présence lorsque cela s’est produit et je n’ai pu l’aider. Cependant on m’a arrêtée estimant que j’étais la fautive. Le manifeste qui n’a pas pu être publié est le Malleus Maleficarum. On m’a jugé pour des faits de sorcellerie puisque j’allais à l’encontre de ce livre, supposé être inspiré de Dieu. Mon père m’a libérée de la geôle où j’étais retenue prisonnière. Je suis grosse, l’inquisiteur le su et ne put donc me conduire prestement au brasier de justice. Il lui fallait attendre que mon enfant vit le monde.

– Plus que tout, l’iniquité me répugne et l’inquisition me fait rendre gorge. En cela, j’ai pris grand enseignement de mon père, l’incrédulité du peuple est le meilleur instrument des ambitions des puissants. Tant qu’il y aura des déments ivres de pouvoir, il y aura des pauvres gens à souffrir et crever telles des charognes. Je sers bien malgré moi le roi et dès que possibilité m'en est offerte je me retire dans ces bois. Ici, personne ne vient jamais, vous pouvez rester en ce lieu le temps qu'il vous siéra. Mais je reviendrais au tant tôt, dès l’aube afin de te rapporter des vêtements de femme et une coiffe appropriée. C’est dangereuse idée que cet accoutrement.

Puis l’homme me demanda s’il pouvait en moi porter sa confiance. Je l’ai libéré de ses liens lui disant que c’était à lui d’en décider. S’ils n’étaient plus en ce lieu à l’aube alors c’est qu’ils avaient jugé bon de ne pas avoir foi en moi. Notre vie s’évalue et se décline par nos choix. Je voulus prendre le manuscrit, mais la donzelle s’y opposa avec fermeté. Bien que sachant maintenant qu’elle ne fut point une sorcière, j’avoue avoir eu des incertitudes à cet instant. Quel caractère ! Peste soit des femmes ! Nous avons conclu un accord : je devais revenir avec plumes, encres et papier et elle me retranscrirait les textes du vieux chanoine. Au fond, peu m’importait de quelle main il serait écrit, je souhaitais juste relire l’histoire et en garder trace. C’était le récit d’un homme vaillant qui fut pris dans les tourments d’une guerre d’effroi où il ne trouva comme guerredon (20) que celle de mettre à feu des villages et de piller pour ne point trépasser sans vertu ni bravoure. Pâle hardiesse que celle-ci, celle du sang versé pour rien. Héroïque, barbare puis valeureux de nouveau, tel fut mon père, quand il osa s’opposer au roi. Le Seigneur Antoine de Chabannes, comte de Dampmartin ne m’avait jamais conté le moindre de ses exploits ou méfaits selon du versant d'où l’on regarde la montagne. J’en connais maintenant la raison, aucune fierté ne peut naître de l’existence qu’il vécut après la mort de Jeanne. Ces hommes suivirent une bienheureuse puis se retrouvèrent avec une condamnée hérétique. Cette damoiselle, tutelle de Saint Géran, Alayone, en est une autre et je comprends l’affection du vieux chanoine à son égard.

X

(1) - mon fidèle Jason : on connaissait à Jean de Chabannes un tempérament sombre et mélancolique, l’exercice du cheval était pour lui une passion, il faisait sa promenade sans selle et sans bride, sans volonté et sans but, abandonnant à sa monture le choix du terrain, la liberté de l’allure et la pensée du retour.

(2) - usé de son temps : vieux

(3) - Par le sambieu : le sang bleu, le sang de Dieu

(4) - le gavion : gosier

(5) - épieu : sorte de lance plus grosse et plus courte

(6) - vilains : animés par des sentiments vulgaires

(7) - en bonne vérité : comme il se doit

(8) - s’épeure : prendre peur

(9) - oiseus : personne qui ne sert à rien

(10) - ça puire le péchié : ça sent mauvais le péché

(11) - gaudir : moquer

(12) - le séant : le postérieur

(13) - mettre à abandon : mettre à la merci

(14) - dangier de moi : être maître de moi

(15) - aorer : louer le seigneur

(16) - courrouce : détruire

(17) - poindre : souffrir

(18) - la fonte : sacoche ou fourreau de cuir attaché à l’arçon d’une selle et contenant armes, munitions ou vivres.

(19) - chaitifs : prisonniers

(20) - guerredon : récompense

 

Le malleus tome 2 tous les visages du diable suite des sorcieres de sarry

Merci à Ludo Nature et Vie pour m'avoir amicalement offert la photographie de couverture

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Commentaires (1)

misslou
  • 1. misslou | 17/08/2019
Après les horreurs des récits de tortures de l'épisode 6 !, qu'il ne faisait pas bon vivre au Moyen-âge..., voici la suite de notre histoire. Tout se présente plutôt bien pour Alayone. Mais si l'auteure peut nous renseigner, en ces temps où on n' est pas à une atrocité près, je m'étonne que le simple fait d'attendre un enfant puisse protéger une femme des tortures, de la mort ou du bûcher ? "l'Inquisiteur ne put prestement me conduire au brasier de justice.. Il lui fallait attendre que mon enfant vit le monde...."
A bientôt pour le prochain épisode.

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