Le Malleus... Extrait du journal du Chanoine Richard

Puisque le premier tome du Malleus - "Le Malleus - Les sorcières de Sarry" a été écrit pour "Écrivons un livre", il me semblait normal qu'il en soit de même pour le second tome "Le Malleus - Tous les visages du diable".

Vous allez donc, comme pour la première partie du roman, découvrir en exclusivité la suite des aventures d'Alayone. Et je sais qu'elle vous a beaucoup manqué.

Je vous invite donc a vous plonger de nouveau dans cette fin du 15e siècle où la chasse aux sorcières est devenue le divertissement de prédilection d'inquisiteurs peu scrupuleux.

 

Extrait du journal du Chanoine Richard — Régulier à l’Abbaye de Chalons

« Le début de l’hiver 1438 s’annonçait sanglant. La baraterie (tromperie) de notre roi nous avait donné une âme courroucière (penser à détruire). La pluie redoublait et la boue agglutinée à nos chausses nous rendait le pas lourd et l’on blastengiait (blasphémait) à chaque enjambée. Nous étions compaignons (compagnons) drus, forts, robustes, courageux, mais surtout fols (fous) et cruels. Nous esforcions (faire violence) hommes, fames (femelles) et enfançons.

Il nous fallait nous herbergier (se loger) et lechier (s’abandonner aux plaisirs de la table). Nous étions un ost (armée de grande importance) sanguinaire et tous gesissaient (se couchaient, être étendu mort) à notre passage. Après le traité de paix avec le Bourguignon, nous n’avions pas d’autres missions que celle que nous nous donnions. Nous partîmes combattre l’Anglois, mais en finalité, vilains (paysans libres) et cerfs de tous païs (toute contrée), sofraient dolor, sofraient martire (souffraient la douleur et le martyre) pour notre seul solaz (distraction). Nous forcions femmes et brûlions les logis.

Bien nommée qu’est la saison morte qui puir (puer) le sang et la charogne. Nous étions une armée ort (horrible, effrayante) d’estroiers (de guerrier) oiseus (qui ne servent à rien). Nous marchions céans que pour poindre (faire souffrir) et proier (piller, saccager). Nous étions pestillence et comme la peste nous répandions derrière nous carnage et misère. De la Lorraine au Bar, l’Alsace, les régions du Bâle, de Francfort nous allions pechier (pécher) dans tous les pagus (bourgs, villages). Et je me remets le 28 novembre 1438 où nous avions investi la place de Génelard, près de Mâcon, que nous quittâmes après avoir infligé deux semaines de terreurs aux habitants de la bourgade. Là encore, nous n’avions épargné que ceux qui nous avaient bien payés. Puis il en eut un, un vaslet (homme jeune) qui refusa d’être en dangier de nous (être à la merci de quelqu’un). Sa culpe (faute) ordonnée, certains amis prirent le temps de l’envelopper de paille puis ils le ardirent (brûlèrent). Les flammes se propagèrent rapidement, fléchissant les genoux, il se roula sur le sol boueux, ses cris étaient abominables. Je ne pouvais être là et je pensais à ma Jeanne que je suivis en croisade pour l’amour de notre Dieu. Jeanne prenant feu toute élevée sur son chafaud de plâtre, priant le Seigneur jusqu’à son dernier souffle. Ce “ Cauchon ” (l’évêque de Beauvais, Cauchon, qui ordonna la sentence de Jeanne d’Arc) avait tout bien organisé afin que l’exécuteur des hautes œuvres ne puisse lui éviter ce supplice et la délivrer de son corps avant que les flammes ne le lui brûlent. Et je me souvins de sa plainte, demandant aux prêtes de dire chacun une messe pour son salut. Même l’évêque de Beauvais en fut ému, les Anglois et lui se mirent à pleurer, comme moi, ce jour, devant ce vaslet.

Je n’avais rien à faire en ce lieu sinon d’y perdre mon âme. Après le trépas de la pucelle d’Orléans, je suivis mon maître, Antoine de Chabannes, avec en mémoire, la vente de ma bonne amie par ce bâtard de Vendôme. Et devant l’éparpillement au vent des cendres de Jeanne, tuer les Anglois me semblait être une noble cause, la continuité de la mission inachevée par celle que j’accompagnais au pied du bûcher. Mais l’escremie (la lutte) devint toute autre et point de place n’y était pour moi. Pourtant, je talonnais mon compaignon et à Granvillard, à l’est de Montbéliard, ce fut une cinquantaine d’enfançons que nous mahaignions (blesser grièvement, mutiler, estropier) jusqu’à leur trépas. Nous y avons brûlé une femme et ses enfants dans son logis alors qu’à l’extérieur nous gardions le père à cause de sa culpe pour ne nous avoir pas donné rançon.

Antoine de Chabannes se trouvait aujourd’hui à la tête de l’ost que l’on appelait “ les écorcheurs ”. Il s’était comme moi fourvoyé. Très différent de ce fameux jour du 14 août 1429 où il arriva dans ma bourgade de Montpillouer, chevalier dans l’armée de Jeanne d’Arc. Je ne l’ai plus quitté depuis. Aussi, à Granvillard, je lui avouais mon désir de partir, car je perdais mon âme. Je ne souffrais plus de poindre et de proier de pitoyables gueux et c’était pour moi ennuiement (chagrin, contrariété). Cette quête n’était en aucun point la même que cette de la Pucelle et que s’il m’esfreerait (refuser la paix), je préférais qu’il me tranche la gorge de se lame.

Notre troupe n’était composée en partie que de pauvres fuyant la faim et espérant notre protection. Se trouvaient également vagabonds, marchands, clercs, artisans, tous non- combattants. Il y avait des femmes et des prostituées que la peur dans un ventre vide obligeait à ce choix. Finalement, dans ce ramassis de mauvaises fortunes, on dormait et mangeait bien mal.

Sir de Chabannes sentait le vilain vent venir, il répondit à ma doléance en me mandant d’être patient, que bientôt serait la consumation des écorcheurs. Il supposait vrai. Nous quittâmes cette armée de brigands juste avant la menace du roi, lui pour se marier à Marguerite de Nanteuil et devenir le Comte de Dammartin et moi, dans un mostier (lieu où vit un ensemble de moines). On ne m’y posa aucune question et je pus à loisir expier mes fautes et prier pour le repos de l’âme de Jeanne d’Arc. »

Bonne couverture livre broche tome 2 copie

Merci à Ludo Nature et Vie pour m'avoir amicalement offert la photographie de couverture

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