21 décembre

Voici le conte du 21 décembre écrit Misslou

(Retour au calendrier de l'avent)

 

Otton le Grand

Dans notre beau pays de France en l'an de grâce 939, Otton 1er du Saint-Empire, roi des Francs germaniques de l'Est vint en grande escorte au cœur du Royaume de Bourgogne. Il avait quitté Aix la Chapelle en ce jour de décembre et la colonne de ses cavaliers harnachés richement, portant panaches et oriflammes, traversait les provinces et déclenchait moult acclamations.
Martin, à ses côtés sur le canapé, faisait le bruitage des sabots et le hennissement des chevaux....

Il venait de guerroyer et arrivait victorieux de la bataille d'Andernach où il avait eu raison de Gislebert de Lotharingie qui devait se mordre les doigts d'avoir oser défier Otton le Grand. Dans son lointain château, il avait laissé la douce Frédégonde pour venir signer quelques alliances et en ce matin brumeux, il entra, suivi de ses quarante chevaliers portant le royal étendard, dans le Domaine du Sieur Robert de Bourgogne.

- Soit le bienvenu dans ma modeste demeure, grand monarque, j'ai fait dresser les tables du banquet en ton honneur et allumer des feux dans toutes les cheminées.

- Merci de ton accueil, noble Robert, qu'il sera bon de festoyer après une bien longue chevauchée.

Les dames de la Cour dans leurs beaux atours saluèrent le passage du vaillant Otton quand il gravit les marches et traversa le vaste hall. Les portes de la grande salle furent ouvertes et déjà les ménestrels jouaient sur leurs vielles et soufflaient dans leurs cornets quelques airs joyeux, sarabandes et rigaudons. Chacun se mit à table, les conversations allaient bon train et l'on apporta poulardes sur lit de cresson, lapins en sauce, cochons grillés aux herbes fines et chopines de bon vin de Bourgogne frais et gouleyant à souhait.

Puis Otton, Roi de Saxe et de Thuringe se leva au milieu du repas et s'adressa à la belle assemblée :

- Soit loué de ton hospitalité, Robert de Bourgogne. Je vois là bien des braves et ta province ne manque pas de courageux guerriers. Je pars livrer bataille en terre de Bohème pour que les glorieuses frontières carolingiennes soient à nouveau tracées et que nos contrées soient réunifiées. Ton peuple sera-t-il des nôtres ?

Il avait crié cette dernière phrase comme une réplique théâtrale, le bon vin aidant à son exaltation. La musique s'était tue, la fête prenait une autre tournure.

- Laissons là, cette joyeuse assistance, Messire Otton et allons décider du sort de la Bohème à la Table des Alliances.

Un peu contrarié d'être ainsi commandé, Otton s'en sortit par une pirouette et s'éloignant avec Robert, lança à ses chevaliers encore attablés :

- Ripaillez mes bons amis, ne laissez nulle goutte aux tonneaux, nul plat aux fourneaux, faîtes bombance, je m'en vais décider de ce pas, du sort de la Saxe, de la Bohème et de la France.

Ce n'est que bien plus tard dans la nuit, alors que roulèrent sous les tables les chevaliers bourrés et que ces dames gavées à s'en faire péter le corset se laissèrent choir dans les fauteuils autour de la cheminée, que l'alliance fut signée entre Otton le Grand et le pauvre Sieur Robert. Celui-ci n'eut que bien peu son mot à dire et redoutant le courroux du puissant Roi de Saxe, ne put que s'aligner à ses volontés.

Faut-il s'en désoler ? Que nenni ! C'était un temps où la guerre et la fête étaient curieusement mêlées.

"Guerroyons ! Festoyons !" telle était la devise d'Otton.

Calendrier du duc de berry

Calendrier du Duc de Berry - 1410

 

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