Dans le vieux grenier nous avons trouvé un drôle de procès

Nous avons trouvé dans le grenier de Grand-Mère un procès un peu particulier

Connaissez-vous l'histoire de la truie de Falaise ? Et bien, nous avons trouvé dans le grenier de Grand-Mère l'histoire d'un autre cochon qui n'a pas eu plus de chance...

Un acte de justice

Mœurs du quinzième siècle - Un acte de justice

- Holà eh ! Giraud ! te voilà ici ; tu viens voir se parfaire la justice du roi, par les soins de monsieur Jehan, notre bailli ? Moi je viens aviser la coupable.

- Oh ! la scélérate ! la fille de Satan ! dévorer l'enfant à la voisine Guichard. Pauvre femme ! c'était pitié que de la voir larmoyer.

- Eh ! Simonne ! disait une femme, qu'excogite donc monsieur Jehan de ne pas venir juger cette satanée ribaude, qui dévore nos enfants dans les rues ? Par ma patrone, Sainte-Guillemette, que Dieu garde ! j'aurai grande ; joie à voir le bourrel happer cette possédée.

Tous ces propos, et autres de même sorte, se tenaient dans la salle dit bailliage de Meulant, le premier jour de mars 1403. Le populaire se pressait de tous côtés, et témoignait son impatience par des invectives contre le bailli, contré la coupable, et contre Satan. Le greffier, tout attentionné, feuilletait et refeuilletait des parchemins, et ne levait les yeux que pour les porter sur un sablier et sur le siège que devait occuper monsieur le bailli. De temps à autre, la voix du scribe, surmontant la rumeur, glapissait : silence!...  et le bruit continuait.

Enfin des gardes se présentèrent à l'entrée de la salle, en criant : « Arrière, manants ! place à monsieur Jehan, seigneur de Maintenon ! »

La foule se rangea, et le juge gagna son siège.

Le calme rétabli, l'ordre fut donné aux archers du bailliage d'introduire la coupable, et tous les yeux se tournèrent vers la porte. Après quelque temps, on entendit les gardes revenir, et la coupable annoncer sa venue par un grognement prolongé.

- La belle fait des façons ! s'écria un des curieux.

Et des éclats de rire partirent de tous les coins de la salle, quand on vit les archers amener l'accusée par les oreilles.

C'était une truie. 

Le bailli, avec sa gravité habituelle, ordonna le silence; le greffier fit lecture de l'accusation, et tout se passa dans les formes ; puis le juge, après avoir entendu la partie plaignante, la mère de l'enfant dévoré, passa outre, et prononça la peine de mort contre la coupable, aux acclamations joyeuses de la foule, qui accueillit la sentence avec des noëls. 

Quinze jours après, une foule encore plus grande était assemblée sur la place de Meulant, au milieu de laquelle s'élevait un échafaud. La joie brillait sur toutes les figures. C'est qu'en effet c'était un plaisant spectacle que lui qu'allait, donner le maître des hautes-œuvres ! 

Par ordre de monsieur Jehan de Maintenon, on l'a fait venir de Paris exprès pour l'exécution. On ne pouvait faire trop d'honneur à une telle condamnée. Les curieux arrivaient toujours sur la place ; on dit que tous ceux de Meulant et des lieux voisins s’étaient donné rendez-vous, et c'était joyeuse chose d'entendre tous les propos qui circulaient ; chacun exerçai sa faconde.

- Par ma maîtrise ! criait l'un, si j'étais à ta place voisin Hugues, je me plaindrais. On enfreint en faveur du maître des hautes-oeuvres de Paris, le privilège qui t'avait été octroyé comme marchand de chair cuite ; voici une exécution qui devrait être tienne.

 - Si le bourreau fait mon métier, répondait Hugues ferai le sien quand ce sera son tour d'être la truie.

- Eh ! Marie ! disait une femme, as-tu apporté un verre pour recueillir le sang de la condamnée ? nous en ferons des boudins.

- Bast ! laisse donc ; tout cela est pour monsieur le bourrel ; il va avoir de quoi se nourrir pendant plus de un mois, tant en jambons qu'en autre mets de porc.

 - Merci de moi, disait à son tour un manant, je n'ai jamais envié le métier de bourreau ; mais si j'étais à sa place en ce moment je ferais neuvaine à madame la Sainte Vierge.

Pendant que tant de ces joyeusetés se débitaient, il se pressait toujours, et les archers avaient peine à contenir toute cette masse, curieuse du spectacle qui était promis.

L'exécution était fixée pour midi. Enfin midi sonna, le bailli, suivi de son lieutenant, maître Simon de Baudemont, et précédé d'un piquet d'archers, s'avança un milieu de la place ; puis, par derrière, avec d'autres gardes venaient le geôlier et le maître des hautes-oeuvres, ils amenaient la malheureuse truie, liée et garrottée avec bonnes cordes.

Quand le cortège fut arrivé au lieu de l'exécution, le héraut sonna de la trompe, et le bailli, au milieu du silence commença la lecture du jugement ;

« Par la justice du roi Charles, Notre sire…

Il ne put en entendre davantage ; la voix de monsieur Jehan fut couverte par celle de la condamnée, dont les cris emplissaient l'air.

Après une lutte inégale, le bailli, désespérant de se ne ouïr, ordonna que la justice eût son cours, et le maitre hautes-oeuvres, ganté à neuf, s'avança et monta l'échafaud. On Hissa là truie dont la douleur s'expiait en cris pitoyables. Le bourrel la saisit et la sentence fut exécutée.

Le populaire se dispersa bientôt au milieu des éclats rire et des joyeux propos ; le soir plus d’un pot de vin fut vidé pour célébrer une journée qui avait offert spectacle aussi plaisant ; plus d'un verre se choqua l'honneur du foi Charles, dont la justice venait de se faire.

Un titre de 1403 fournit la preuve dé cette exécution, donne la liste des frais qu'elle coûta. Ces frais se montaient à plus de soixante-neuf sous parisis, tant pour la venue du maître des hautes-oeuvres et pour ses gants, que pour la geôle et les cordes. Voici le texte de ce titre. Nous corrigeons seulement un peu l'orthographe du temps.

« Attestation du lieutenant du bailly de Mantes, des frais et dépens faits pour raison de l'exécution d'une truie qui avait dévoré un petit enfant, et ce, sur l'ordre et commandement dudit bailly et du procureur du roy.

« A tous ceux qui ces lettres verront : Simon de Baudemont, lieutenant à Meulant, de noble homme. Jehan, seigneur de Maintenon, chevalier, chambellan du roy, nostre sire, et son bailly de Mantes, et dudit lieu de Meulant, salut. Savoir faisons que, pour faire et accomplir la justice d'une truye qui avoit dévoré un petit enfant, a convenu faire nécessairement les frais, missions et dépens ci-après déclarés ; c'est à savoir : pour dépense faite par elle dedans la geôle, six sols parisis ; item, au maître des hautes-oeuvres, qui vint de Paris à Meulant faire ladite exécution, par commandement et ordonnance de nostre dit maître le bailly, et du procureur du roy, cinquante-quatre sols parisis; item pour la voiture qui la mena à la justice, six sols parisis ; item, pour cordes à la lier et hâler, deux sols huit deniers parisis ; item, pour gants, deux deniers parisis ; lesquelles parties font en somme toute soixante-neuf sols huit deniers parisis, et tout ce que dessus est dit, nous certifions être vray, par ces présentes , scellées de nostre scel ; et à seigneur confirmation de ce, y avons fait mettre le scel de châtellenie dudit lieu de Meulant, le quinzième jour de mars, l'an 1403, signé de Bonville, avec parafe, et au-dessous est un sceau de ladite châtellenie de Meulant. »

 

Eugène Nyon, Elève de l’école des Chartres (date de publication : 1833)

Gravure romantique de c lhermitte

Gravure romantique de C. Lhermitte, d’après une peinture murale du XV, vers 1840

 

Ma mère me raconta l’histoire de la petite fille qui se fit manger la main par un cochon. Elle m’expliqua ceci pour me dire que ces animaux étaient dangereux. Puis je découvre l’histoire de Falaise et de sa truie condamnée à mort pour avoir mangé un bébé.

C’était en 1386, que l’on habilla une truie infanticide d’une veste, de chaussures et de gants blancs pour son exécution. Cette truie là, subit comme parfois pour les suppliciés de l’époque, des sévices corporels avant d’être brûlée au bûcher : on lui coupa le groin afin d’être plus à l’aise pour lui enfilé un masque humain et la pendit par les jarrets. Lorsqu’elle fut complètement saignée, on la traîna dans tout le village.

Il était courant au moyen-âge d’exécuter des animaux, car ils étaient considérés comme responsables de leurs actes. Les accidents avec les cochons étaient aussi très fréquents. Dans les villes, les porcs se promenaient en liberté afin de « nettoyer » les rues de leurs déjections.

La truie de Falaise avait dévoré un nourrisson dans son berceau, et le juge obligea le père de l’enfant à assister à la sentence afin de le punir pour ne pas avoir bien surveillé son bébé.

 

 

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