Dans le vieux grenier nous avons compris pourquoi les femmes...

Nous avons trouvé dans le grenier de Grand-Mère la solution à une grande énigme : Pourquoi les femmes ont toujours un quart d'heure d'avance sur les hommes.

Le même auteur, Alphonse KARR, vous explique également les origines de la mode...

Alphonse est le fils du pianiste compositeur munichois Henri Karr. Il étudie à Paris au collège Bourbon (ancien nom du Lycée Condorcet) et dès l'âge de vingt ans, y enseigne quelque temps, en tant que professeur suppléant. Il abandonne l'enseignement pour s'adonner à la poésie, et n'écrit qu'en vers. Il espère alors gagner sa vie grâce à ses poèmes, et envoie une pièce en vers au journal Le Figaro, lequel lui répond que ses vers ne seront pas publiés, et lui conseille d'écrire en prose. Alphonse Karr décide de travailler ses textes en prose, pour pouvoir avoir un revenu. Il réécrit Sous les tilleuls en prose, et se fait publier. C'est ainsi qu'en 1832, à l'âge de 24 ans, il débute dans la littérature avec son roman le plus célèbre, Sous les tilleuls, paru en deux volumes, qui lui valut son entrée au Figaro. (Wikipédia)

Pourquoi les femmes

 

"Origine de la toilette" suivit de "Développement de la feuille de figuier" - Alphonse KARR

Origine de la toilette

La femme était née ; le serpent, le plus rusé des animaux, s'approcha d'elle et lui murmura à l'oreille : « Que vous êtes belle ! » Puis il lui conseilla de manger le fruit de l'arbre de la science. - Voilà, dit-elle, un cavalier qui m'inspire une grande confiance par sa franchise ; il est évident qu'il ne voudrait pas me tromper. Elle cueillit le fruit et en donna la moitié à Adam.

Mais celui-ci fit cette première fois ce qu'il a toujours fait depuis ; au lieu de comprendre que, puisqu'il allait céder et obéir, alors il valait autant le faire de bonne grâce, il marchanda, se défendit, il refusa, puis il finit par mordre.

Mais Ève avait employé tout le temps de son hésitation à grignoter sa pomme de ses belles petites dents blanches ; elle avait déjà la science du bien et du mal qu'Adam était encore tel qu'il avait été pétri. Puis, quand il se décida, lorsqu'il mangea sa moitié de pomme, lorsqu'à son tour il s'ingéra la science du bien et du mal, la femme avait un quart d'heure d'avance sur lui, et elle l'a toujours conservé. C'est ce qui fait et fera toujours notre infériorité relative.

Elle comprit tout de suite, le diable aidant, l'importance de ce quart d'heure, et elle se hâta de l'employer à donner des bases solides à son empire. Elle fit honte à Adam de leur débraillé, et lui inspira l'idée de cueillir des feuilles de figuier pour y obvier. En disant à Adam ; « Mon ami, vous êtes plus grand et plus fort que moi, atteignez et cueillez-moi, je vous prie, une des feuilles de cet arbre, » elle créait à la fois la pudeur et la coquetterie, la jalousie et la prétendue supériorité des forces de l'homme.

De ce moment, leur sort à tous deux fut fixé, ainsi que le sort de tous leurs descendants. La femme conserva et a conservé cette avance d'un quart d'heure. Elle sait tout, au moins un quart d'heure avant nous. Un petit garçon n'est qu'un galopin qui ne pense qu'au cerceau, à la balle et à la toupie ; une petite fille n'est qu'une femme plus petite.

Quant à l'homme, sous prétexte qu'il est plus grand, plus fort et plus intelligent, il n'a rien laissé à la femme des corvées de la vie. Du reste, ses forces, son courage, son énergie tout entière, ont de tout temps été dépensés de la même manière. Ève dit toujours à Adam : « Mon ami, cueillez-moi cette feuille de figuier, » Adam se damne pour atteindre la feuille de figuier.

Développement de la feuille de figuier

La feuille de figuier a subi de grandes modification depuis la première Ève.

Vers la quatrième génération, on mit à la mode le ficus repens à très-petites feuilles. Cela s'appelait alors se décolleter ou s'habiller, comme aujourd'hui de mettre des robes à peu près sans corsage.

Au ficus repens succéda le ficus nympheoefolia ; les filles d'Eve se parèrent des feuilles immenses du macrophylla, puis on revint au ficus erpens, sous le nom de ficus scandens, puis au ficus elastica, puis graduellement on passa – à la soie, au brocart et au velours...

La feuille de figuier aujourd'hui n'a pas moins de quatorze mètres à cause des volants, et Ève dit toujours à Adam : « Mon ami, donnez-moi cette feuille de figuier. »

Et Adam, pour donner la feuille de figuier, travaille, passe les nuits, vole, pille, assassine et se damne.

La première feuille, celle que l'on voit encore aux figuiers de nos jardins, ne tombe et n'est renouvelée qu'une fois par an, tandis que, de progrès en progrès, celle qu'emploient les femmes tombe et doit être remplacées toutes les semaines.

Outre les modifications successives de la feuille de figuier, Ève a inventé des accessoires, et, se servant habilement du quart d'heure d'intelligence qu'elle a d'avance sur l'homme, elle lui a présenté la nécessité de ces accessoires sous un jour favorable. « Mon ami, lui a-t-elle dit, vous êtes le plus fort, vous êtes le maître, vous êtes mon seigneur. Je suis fière d'être à vous, je veux porter la marque de ma servitude. Percez-moi le nez et les oreilles en témoignage d'esclavage, et mettez-y des anneaux de chaîne. Mettez-moi des chaînes aux bras, pour rappeler à tous les yeux que je ne suis que votre servante. »

De là, les pendants d'oreilles et les bracelets.

Quelques Adams se laissent persuader que, de même que l'on fait transporter les vins précieux dans une double futaille, il serait prudent d'enfermer Ève dans une double enveloppe, dans deux feuillez de figuier : la seconde s'appelle une voiture, et on y attelle des chevaux.

Enfin, tous ces hommes qui s'agitent, qui marchent, qui courent, qui se coudoient, qui se battent, qui s'entre-tuent, c'est toujours Adam à qui Ève a dit : « Mon amis, cueille pour moi cette feuille de figuier. » Aujourd'hui, la mode n'admet que les feuilles des plus hautes branches, ce qui fait que presque tous s'écorchent les mains et le genou pour y atteindre, et qu'un grand nombre se rompent les os.

Alphonse KARR

Adam and eve peter paul rubens

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