Les soubrevestes - chapitre 4

Bienvenue dans le monde des capes et des épées où se mêle amour, intrigues et histoire de France... Chapitre 4 : " Elle sortait peu de sa cabine et toujours cachée par une longue cape noire : jamais je n’ai pu voir son visage. Lorsque l'orage éclata, elle se montra sur le pont avec un petit bagage qu’elle tenait fermement contre son buste. Une vague plus importante que les autres l’emporta par-dessus bord. Giuseppe se précipita pour la secourir. Mal lui en prit, il disparut avec l’inconnue. Ils n'ont jamais réapparu. Toutefois le paquet que serait la dame échappa à cette dernière, j’eus le temps de le rattraper et je l’ai ouvert. "

 

Les soubrevestes semaine 4

 

 

Titre de chapitres 4

« Alors intéressant ? »

Jane Carlisle tressauta : Raoul d’Aspremont se tenait derrière elle. Elle sentait la pointe d’une dague dans le creux de ses reins. Elle pensait sa cachette introuvable, à l'ombre de l’une de ces lourdes tentures protégeant du froid ces grands murs glacials. Un petit trou percé dans la paroi par un des nombreux espions gravitant autour des puissants et dont elle connaissait l’existence lui permettait d’entendre et de voir en partie ce qui se passait dans le cabinet du roi. Il avait fallu pourtant qu’elle se laisse suivre comme une débutante par cet imbécile de Raoul d’Aspremont qui lui avait été présenté plus tôt lorsqu’elle avait remis son cheval aux écuries par ce Jacob Baruch qui commençait également sérieusement à l’agacer.

Il lui fallait jouer finement :

« Il n’est de secret qui ne mérite d’être percé ! »

Tout en susurrant ces quelques mots d’une : voix grave et provocante, elle se retourna doucement pour se retrouver face à Raoul. Grand, aussi brun que Jacob était blond, le regard sombre, un sourire carnassier, il plaisait aux femmes et le savait. Mais si la séduction pouvait être une arme avec une conspiratrice telle cette Anglaise, cette même sournoiserie pouvait se retourner contre lui. Il tenait toujours sa dague, mais la réaction de la dame fit que le couteau tomba au sol. Jeanne venait de s’accrocher à son cou et l’embrassait à pleine bouche. La belle espionne se dégagea ensuite promptement, mais Raoul l’attrapa par le poignet. Vive à tout instant, Jane lui assena un coup sur le pied avec la pointe du talon. Sous l’effet de la douleur, il desserra sa main ce qui permit à l’intrigante de reprendre la sienne et de s’enfuir. Seule une bague qui avait glissé d’un des doigts de la belle tomba sur le sol. Raoul la ramassa : il s’agissait d’une chevalière en or sur laquelle était gravée la représentation d’un rapace : probablement un faucon !

Un peu plus tard assis autour d’une table d’auberge devant un bon pichet de vin, Romance, Jacob et Raoul se repassaient en détail les évènements de cette dernière journée. Romance gardait en main la bague que Raoul venait de lui remettre : décidément ce faucon revenait trop souvent au-devant de la scène. Et puis cette nouvelle que son compagnon Giuseppe Lumbini était en vie alors qu’il le croyait disparu en mer s’était apparentée à un éclair reçu en pleine tête : pourquoi Giuseppe ne s’était pas manifesté, pourquoi ces colliers ? Où voulait-il en venir avec ses billets bibliques ? Et qui étaient ces Faucons de Bourgognes, en quoi cela concernait-il son ami ?

Les pensées de Don Romance furent interrompues par un messager :

« Mon père ?

– Oui ?

– Monseigneur Frémyot vous fait savoir qu’il vous attend demain matin en son hôtel parisien !

– Très bien ! »

Il est un fait que rien ni personne ne résiste au Cardinal.

Epees 100

André Frémyot(1) était un homme d’environ 60 ans. Né dans une noble famille dijonnaise. Grand, sec, petite barbichette, cheveux frisés, c’était un prélat souriant et attentif aux autres. Grand ami de François de Sales, frère d’une dame pieuse fondatrice de l’ordre de la Visitation, il était lui-même archevêque de Bourges et responsable de plusieurs abbayes.

Ses mérites ecclésiastiques reconnus en son temps par feu le roi Henri IV, père du roi actuel, auraient pu l’inciter à décliner la requête du Cardinal de Richelieu d'entrevoir aussi rapidement un simple curé de campagne. Mais Don Romance n’était pas qu'un petit clerc... Frémyot et lui avait déjà eu l’occasion de se rencontrer à Rome. La curiosité l’emportant, l’archevêque avait tenu à recevoir Romance le plus tôt possible.

Il en fallait beaucoup pour intimider Don Romance qui avait navigué sur toutes les mers, œuvré dans des contrées sauvages, avait été fait prisonnier par des indigènes. Les grands de ce monde ne l’impressionnaient pas, pas même le cardinal, mais il en allait autrement de l’homme qui était assis devant lui et face à qui il venait de s’incliner :

« Alors Romance, je pensais ne plus jamais vous revoir !

– Effectivement votre excellence, mais le devoir m'a tiré de la plaine où je me trouvais !

Fremyot eut un petit sourire en coin :

– Je vous ai reconnu Romance. Vous étiez à Rome, auprès du Saint-Père alors que moi-même j’y étais en ambassade. Vous n’êtes pas un simple prêtre œuvrant dans une campagne, surtout si cette campagne se situe près du Château où la reine mère est logée ! »

Romance régla sa respiration : jouer les petits curés devant le roi de France et le Cardinal n’avait trompé personne. Ils avaient simulé leurs conditions alors que cet évêque mettait cartes sur table. Rien ne servait de s’ébattre avec un tel homme.

– Lorsque je revins des Amériques avec mon compagnon Giuseppe Lumbini, la traversée fut houleuse. Nous fûmes pris dans une violente tempête, le bateau résista difficilement au prix de beaucoup d’efforts des marins présents. Parmi les passagers, nous avions remarqué une personne assez étrange. Elle sortait peu de sa cabine et toujours cachée par une longue cape noire : jamais je n’ai pu voir son visage. Lorsque l'orage éclata, elle se montra sur le pont avec un petit bagage qu’elle tenait fermement contre son buste. Une vague plus importante que les autres l’emporta par-dessus bord. Giuseppe se précipita pour la secourir. Mal lui en prit, il disparut avec l’inconnue. Ils n'ont jamais réapparu. Toutefois le paquet que serait la dame échappa à cette dernière, j’eus le temps de le rattraper et je l’ai ouvert. Il contenait plusieurs bijoux dont une chevalière, la même que portait Jane Carlisle et que Raoul d’Aspremont m’a remise. Seule l’inscription à l’intérieur de l’anneau est différent. Dans celui de notre espionne anglaise est gravé : « Jane, Compiègne 1609 » alors qu'il est inscrit dans celui qui était déjà en ma possession: « Ambre, même lieu, même année ».

André Frémyot restait pensif :

– Avez-vous déjà entendu parler de Malachie d’Arnagh(2) ? »

Romance eut un sursaut

– Malachie… le 2 novembre, jour de la fête de ce saint, jour également où les Faucons de Bourgogne s’étaient réunis sous le Chêne de Saint Jean.

Frémyot continua

– Saint Malachie d’Arnagh, grand ami de Saint-Bernard de Clairvaux, est un évêque irlandais du début du millénaire. Il combattit les Vikings et instaura la première vraie communauté chrétienne en irlandais. On lui attribua des certains écrits dont l’un prédit la fin de notre mère l’Église de Rome. Si jusqu’à il y a peu ces écrits n’avaient rien de dangereux, il n’en va plus de même aujourd’hui par ces temps où les hérétiques pullulent. 

Frémyot resta muet quelques instants puis reprit :

– La guerre mon cher ami, cette guerre engagée par les Habsbourg(3), soutenus par notre souverain le pape, tous ces protestants hérétiques qui voudraient voir la chrétienté à ses pieds ! Et la France, qui chasse les protestants de son sol, mais qui dans le même temps combat les Habsbourg qui devraient être au contraire un allié naturel. Si ces faucons ont été vus sur Compiègne le jour de la Saint Malachie, il est fort probable qu’ils combattent la vraie foi et sans nul doute qu’ils se préparent à aider la reine mère à affronter son fils, le roi de France. Je ne sais pas ce que votre ancien ami vient faire dans ce complot, mais il me semble évident qu’il vous faut le retrouver et vite !

Frémyot tendit un pli à Romance :

– Voici une missive que vous remettrez à un homme de grande piété : Vincent de Paul. Il vit actuellement en la bourgade de Clichy. Avant cela, il était l’aumônier du Général des Galères : Philippe-Emmanuel de Gondi. Si quelqu’un possède des informations sur d’éventuels survivants d’un naufrage, ce sera lui.

Romance prit la lettre et s’inclina. L’entrevue était maintenant terminée. Il put lire : « Acceptis lonam et miseunt in mare et stetit mare pacatum furor »

Le prêtre se figea, André Frémyot venait de lui signifier son revoir avec un verset tiré du livre de Jonas : « Et prenant Jonas, ils le jetèrent à la mer ; et la mer calma sa fureur ! »

Tout dans le visage du prélat lui signifiait qu’il savait et une seule personne pouvait lui avoir raconté ce douloureux secret : Giuseppe Lumbini. Frémyot avait donc rencontré ce compagnon de voyage. Il connaissait tous les détails de la traversée y compris celui qui entourait les derniers instants de Giuseppe sur le bateau, celui où Romance avait jeté son ami par-dessus bord.

Ch 4

 

  1. http://www.archipicture.free.fr/france/bourgogne/cote_or/dijon18.html
  2. http://eschatologie.free.fr/docseglise/revelationsprivees/prophetiedespapes.htm
  3. https://fr.wikipedia.org/wiki/Guerre_de_Trente_Ans

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