Les soubrevestes - chapitre 5 et 6

Bienvenue dans le monde des capes et des épées où se mêle amour, intrigues et histoire de France... Suite du chapitre 5 et chapitre 6

« Si vos deux amis ont été repêchés dans ces eaux, ce n’est pas par une réale, mais plus probablement par des pirates. Et si tel est le cas, ils ont sûrement dû être vendus au plus offrant. À l’époque où j’étais l’aumônier de Monsieur de Gondi, alors général des Galères de France, un seul forban était craint de nos équipages, on le nommait Bloody Glengoyne — Glengoyne le sanglant. Son bâtiment était encré sur l’île de Sercq, non loin de Guernesey. Si ces deux pauvres âmes sont encore vivantes, elles ont dû passer par cette île et Dieu seul sait dans quelles mains et dans quelles conditions ils ont pu finir sur cette terre du diable. Si vous décidez d’y risquer une chaloupe, c’est que la mort ne vous effraye pas ou bien vous êtes fous à lier. Je ne peux vous souhaiter que bon vent si tant est qu’il puisse y avoir un vent propice jusqu’à votre perte ». Puis il tourna rapidement les talons comme si le démon le regardait par-dessus les épaules de cet homme d’Église et de la beauté qui l’accompagnait.

Les soubrevestes semaine 7

Vincent de Paul(1) vivait depuis quelques années à Paris au Collège des bons enfants et y avait fondé la congrégation de la Mission dont le but était de venir en aide aux plus démunis. Ce prêtre avait très vite compris que sans l’appui des plus riches, il ne pourrait venir au secours des plus pauvres. Aussi ne fut-il pas étonné qu’une Lady anglaise demande à la rencontrer.

Cet homme qui avait dans sa jeunesse été capturé puis rendu en esclavage à Tunis, fréquenta les plus grands pour exercer ensuite auprès des galériens. Il écouta attentivement l’histoire que lui contait cette Lady Carlisle. Mais ce qui l’intriguait le plus était la présente à ses côtés de ce moine franciscain. C’était toutefois une personne profondément bonne et le dessous des cartes ne l’intéressait pas. Il savait de quoi les hommes étaient capables et si l’on pouvait croire au bien il ne fallait se faire aucune illusion sur le mal. Il répondit donc à la question qui lui fut posée :

« Si vos deux amis ont été repêchés dans ces eaux, ce n’est pas par une réale, mais plus probablement par des pirates. Et si tel est le cas, ils ont sûrement dû être vendus au plus offrant. À l’époque où j’étais l’aumônier de Monsieur de Gondi, alors général des Galères de France, un seul forban était craint de nos équipages, on le nommait Bloody Glengoyne — Glengoyne le sanglant. Son bâtiment était encré sur l’île de Sercq, non loin de Guernesey. Si ces deux pauvres âmes sont encore vivantes, elles ont dû passer par cette île et Dieu seul sait dans quelles mains et dans quelles conditions ils ont pu finir sur cette terre du diable. Si vous décidez d’y risquer une chaloupe, c’est que la mort ne vous effraye pas ou bien vous êtes fous à lier. Je ne peux vous souhaiter que bon vent si tant est qu’il puisse y avoir un vent propice jusqu’à votre perte ». Puis il tourna rapidement les talons comme si le démon le regardait par-dessus les épaules de cet homme d’Église et de la beauté qui l’accompagnait.

Il ne restait plus qu’à Jane Carlise et Romance à prévenir Jacob et Raoul que l’aventure continuait….

Les soubrevestes chapitre 6

Le voyage fut cours jusqu’à Serq(2). Jacob, Raoul, Romance et Jane surent dès qu’ils mirent pied à terre que le danger était partout. Cette île n’était qu’un confetti peuplé essentiellement par des personnes de passage qui généralement avaient des choses à cacher. Un seigneur régnait là en maître, Philippe de Carteret, mais du moment que les voyageurs de se tenaient tranquilles, il fermait les yeux sur ce qui pouvait motiver leur présence sur sa terre.

Si les gens d’ici étaient méfiants et s’ils refusaient de parler, la vue de l’or que Jane avait apporté délierait certainement quelques langues suspicieuses.

Depuis qu’elle avait quitté Paris pour ce rocher, elle se sentait revivre ; enfin de l’aventure et peut-être des réponses à toutes les questions qu’elle se posait dès lors qu’elle avait eu connaissance de son adoption. De plus la découverte d’une possible sœur, probablement une jumelle l’avait complètement retournée. C’était une femme plus décidée que jamais qui débarquait sur cette île de forbans. Ses compagnons n’étaient pas causants, Jacob songeait à son Aliénor qu’il avait dû laisser en ce grand Louvre, Raoul ne lui pardonnait pas leur dernière entrevue où elle l’avait planté avec sa bague dans la main, quant à Romance, si leur intérêt de retrouver des naufragés était commun, il se méfiait de cette femme un peu plus que de toutes les autres femmes en général.

Mais peu importait à Jane Carlisle, elle était accompagnée de trois hommes pour la protéger et lui prêter main-forte en cas de grabuge. De plus, l’or qu’elle avait apporté, son intelligence et sa beauté devraient pouvoir la sortir de situations difficiles.

Ils se dirigèrent vers ce qui semblait être la seule auberge de l’île. Dès qu’ils franchirent le seuil de la porte, les regards qui se posèrent sur eux se firent hostiles : ici les Français n’étaient pas les bienvenus. Romance se alla vers celui qui devait être le maître des lieux

« Nous souhaiterions le gîte et le couvert ».

L’aubergiste allait répondre que l’hôtel était complet, mais il s’interrompit immédiatement lorsqu’il fixa les yeux sur Jane qui venait de détacher la cape qui la couvrait entièrement. Le tôlier resta coi et tous les clients qui jusqu’à présent avaient gardé les doigts bien serrés sur leur chope de bière relevèrent instinctivement la tête ; la stupéfaction était inscrite sur tous les visages. Après avoir repris ses esprits, l’aubergiste dit dans un balbutiement

« Miss Ambre…. Mais nous pensions que vous aviez pris le bateau et que vous étiez déjà loin ! »

Jane allait ouvrir la bouche pour réponde, mais Romance ne lui en laissa pas le temps - si la ressemblance avec sa sœur semblait confondante, il n’en allait peut-être pas de même de la voix - or il fallait garder cet avantage :

« Miss Ambre, ces gentilshommes et moi-même sommes très las, nous souhaiterions souper et un gîte pour la nuit. »


L’incrédulité se lut sur le visage de l’hôtelier :

« Vous ne logerez pas au manoir ?

–  Nous préférons rester ici pour cette première nuit !

L’aubergiste leur désigna une table, leur servit un verre de vin et prit le chemin de la cuisine. 

–  Pourquoi m’avez-vous empêché de parler ?

–  Votre timbre de voix qui n’est probablement pas le même que celui de votre sœur et vous aurait peut-être trahi. Nous irons dès demain au manoir pour en savoir plus sur elle, en attendant, mangeons et reposons-nous, même si nous approchons du but, il nous faut rester vigilants ! » 

Jacob était pensif, il se demandait toujours ce qu’il faisait là, perdu sur un dé à coudre hostile aux Français, au milieu de la mer. Mais il était habitué à ce genre de situation étant lui-même né à Bruxelles, d’une famille d’origine juive qui avait fui les persécutions perpétrées par les Espagnols. Il n’en allait pas de même pour Romance qui avait laissé en France son habit religieux pour un costume de voyageur. C’était d’ailleurs un bel homme aux tempes grisonnantes, grand, petite barbichette, il portait bien la cinquantaine. Toujours est-il que si quelqu’un ici devinait ses réelles fonctions, il pourrait avoir de gros ennuis.


Jacob avait aperçu un homme buvant seul une chope de bière tout en ne cessant pas de les fixer. L’individu fit un signe de tête à Jacob pour le saluer. Ce dernier se leva et se dirigea vers la table de l’inconnu : « Puis-je me joindre à vous ? »

L’homme fit un geste d’invitation vers la chaise vide en face de lui : l’enquête pour démêler toute cette histoire et savoir pourquoi elle menait jusque vers cette île venait de commencer…

Jacob prit le temps de s’installer et fixa cet étranger qui se trouvait face à lui. Il était entre deux âges, le visage buriné, ce devait être à un marin, vêtements sobres et propres, il était soigné et pouvait passer inaperçu aussi bien parmi les pêcheurs que parmi les bourgeois. 

« Je me présente : Jacob BARUCH ! »

L’homme resta muet, le nez dans sa chope, Jacob continua :

« Nous sommes à la recherche d’un dénommé Bloody Glengoyne, peut-être pourriez-vous nous aider à le trouver ! »

À l’énoncé de ce nom, la chope échappa des mains de son propriétaire et se versa à moitié sur la table. L’homme regarda Jacob droit dans les yeux :

« Pourquoi vous aiderais-je à trouver ce, ce, ce… cet individu ?

–  Peut-être parce que nous pouvons vous payer pour cela ! »

L’inconnu se tourna à demi vers les trois compagnons de Jacob et d’un geste désigna Jane :

– Elle peut pas vous aider, celle-là, elle doit bien savoir où ce suppôt de Satan se terre !

Jacob joua cartes sur table, il sentait que l'étranger cachait des choses, il fallait juste le décider à parler un peu :

– Cette dame est une lady anglaise !  

L’homme pouffa :

– Une Lady anglaise ! Cette vipère est capable d’empoisonner n’importe quel imbécile qui s’approcherait trop près d’elle simplement en sortant sa langue de la bouche ! 

– Vous semblez bien la connaître ?

– Certes, et fort heureusement c'est pas moi qu’elle a mordu, mais le  Bloody, elle l’a complètement ensorcelée, l’entortillant autour de son petit doigt. Je ne le plains pas, mais plus loin on se tient de ce genre de bonne-femme, plus on a chance de continuer à vivre !

– Bloody ne serait donc plus en vie ?

– J'ai pas dit ça... Cette femme a également embobiné le Seigneur de Carteret(3) et est parti vivre au manoir laissant mon compère extrêmement désemparé. Il a d’abord tout cassé ici et même prévu d’arracher la donzelle des griffes du Carteret, bah oui, il croit pas qu'c'est elle qu'est partie toute seule ! Mais les autres de la confrérie des pirates l'en ont empêché. Faut pas faire plus de grabuge. Ici, on nous laisse tranquilles et on aimerait que cela continue.

– Qu’est-ce qu’il a fait ensuite ?

– Il a pris ses hommes, est remonté sur son bateau et a repris la mer. Mais j’étais sûr de le revoir, ce n’est pas le genre à abandonner si vite. C’est d’ailleurs ce qu’a dû se dire la soi-disant Lady puisqu’elle est partie peu de temps après ! Enfin, c'est s'qu'on pensait... dit-il en regardant l'Anglaise.

– Et savez-vous où il se trouve actuellement ?

– Ça dépend »

Jacob comprit que l’heure était maintenant au marchandage :

– Accepteriez-vous de vous joindre à mes amis ?

– Pourquoi pas ! Faut voir...»

Tous les deux se levèrent et se dirigèrent vers la table de Romance, Raoul et Jane.

 

Bloody glengoyne

Illustration Marie-Laure KÖNIG - Bloody Glengoyne

  1. http://medarus.org/Medecins/MedecinsTextes/stvincpa.html
  2. http://www.lemonde.fr/voyage/article/2008/03/21/une-discrete-aristocrate_1338044_3546.html
  3. https://fr.wikipedia.org/wiki/Philippe_de_Carteret_II,_seigneur_de_Sercq

Un peu de documentation... sur notre Pinterest

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