Les soubrevestes - chapitre 5 (suite)

Bienvenue dans le monde des capes et des épées où se mêle amour, intrigues et histoire de France... Chapitre 5 (suite) :

Le visage du prêtre se durcit, au diable la politesse et la moralité de sa robe. Il s’approcha de Jane et lui serra le cou tout en approchant son visage à quelques centimètres du sien : « Pourquoi vous en êtes-vous pris à Sérafina ? »

Les joues de Jane s’empourprèrent. Elle ouvrit la bouche pour respirer, mais aucun son ne pouvait en sortir. Romance desserra sont emprise et la jeta au sol. À genoux, le front sur le parquet, elle reprit son souffle et d'une voix tremblante à peine audible, répondit : « Cette sœur était une intrigante, d’ailleurs vous le savez puisque, comme vous, elle était en mission ».

Les soubrevestes semaine 5

Jane reprit ses esprits :

« Mais, d’où vient cette bague ? »

Romance détestait tout ce que représentait cette créature, sa beauté qui pouvait faire chavirer le cœur d’un homme comme celui de son ami Giuseppe, sa duplicité, sa cruauté. Cette femme était comme le serpent de la Bible, manipulatrice, usant d’un langage vipérin, ondulant son corps pour mieux séduire sa proie et déployant un regard hypnotique. Mais elle était une pièce maîtresse pour retrouver la trace du prêtre et il n’avait pas d’autre choix que de composer avec elle.

« La propriétaire de cette bague est tombée par-dessus bord du bateau qui nous ramenait mon ami et moi-même des Amériques vers l’Europe. Il y eut une forte tempête et la dame ainsi que mon frère en Christ ont été pris par les flots et cette chevalière resta dans ma main lorsque je perdis la sienne dans la mer. Je la garde depuis précieusement !

– Saviez-vous qui elle était ?

– Elle appartenait à une famille huguenote française qui avait fui les persécutions et vivait depuis à Plymouth, dans le Maine, la famille Saint Clair, peut-être avez-vous déjà entendu ce nom ? »

Jane connaissait ce nom pour l’avoir maintes fois entendu lorsqu’elle vivait en Angleterre. Son mari, Lord Carlisle faisait partie d’une communauté secrète (1).fondée par le roi Jacques II d’Écosse en 1441. Le roi nomma William Saint Clair à la tête de cette congrégation qui se fit appeler « Maçons » et depuis c’est un descendant de cette illustre famille qui préside ce groupe amateur de grands secrets.

C’est cet époux écossais qui l’avait initié à l’art de l’intrigue. À son arrivée dans les îles britanniques, dans la suite de celle qui devait devenir reine d’Angleterre par son mariage avec le roi Charles 1er , Jane fut tout de suite remarquée par ce Carlisle pour sa beauté. Il cherchait une compagne digne de parades, elle cherchait un nom, ils se marièrent. Si l’amour n’avait pas vraiment sa place, le couple n’en fut pas moins heureux ; ils aimaient la politique, le pouvoir, mais Lord Carlisle était d’abord écossais avant d’être mondain. Ami des complots dans un monde où la religion faisait débat, où la reine française et catholique incitait son royal époux protestant à restaurer quelque peu l’ancienne religion, Jane sentait le danger partout autour d’elle et n’était plus aussi sereine.  

Carlisle comprit que sa femme française devenait faible face à la peur, aussi c’est avec un certain empressement qu’il l’encouragea à retourner en France. Devenue Lady anglaise, riche, ancienne suivante de la reine d’Angleterre elle fut accueillie avec grande joie par celle qui était déjà déchue, mais pas encore rejetée, la reine mère Marie de Médicis.

« La famille Saint Clair est de bonne réputation en Écosse, mais je ne connais aucune branche de cette dernière en France !

– Les origines du nom sont françaises, si certains ont suivi Guillaume le Normand, d’autres sont restés. 

Jane restait pensive et poursuivit :

– Il y a bien eu un fait passé presque inaperçu(2) en la ville de Compiègne l’année de ma naissance : un homme, un dénommé Veron aurait assassiné deux prêtres pour des raisons obscures. Il a toujours crié son innocence, aucune preuve, mais il fut pourtant accablé, car il portait une réputation de voleur. Il fut condamné et exécuté. J’ai rendu visite à sa femme qui dans un premier temps n’a pas voulu me recevoir, aussi lui ai-je montré ma bague. Elle ne l’avait jamais vu, mais connaissait le symbole du faucon. Les deux prêtres que son mari avait assassinés étaient deux ermites chez qui il se rendait de temps à autre. Un soir, alors qu’ils se rendaient aux hospices, deux personnes étaient présentes, un homme et une femme. La femme était visiblement enceinte et l’homme portait une cape avec un emblème : quatre carrés écartelés aux premier et quatrième d’azur cerné de fleurs de lys et aux deuxième et troisième bandés de six pièces d’azur et d’or. Surmontait ces quatre carrés un faucon la tête cachée par un capuchon.

Jane s’arrêta pour reprendre son souffle et continua :

– Je sus immédiatement que cette pauvre femme devait être ma mère quant à l’homme, je n’eus plus qu’une idée : savoir qui se cachait derrière ce mystérieux rapace. J’appris ainsi qu’il s’agissait des faucons de bourgognes. Ce que je sus également est que la reine Marie de Médicis les connaissait et devait même avoir conclu un pacte avec eux. Me restait à découvrir lequel ! »

Les intérêts de Jane Carlisle et Romance étaient liés : tout avait pris racine à Compiègne et tout les ramenait à ces Faucons, mais un mystère restait à éclaircir : pourquoi cette femme était-elle devenue criminelle ?

Le visage du prêtre se durcit, au diable la politesse et la moralité de sa robe. Il s’approcha de Jane et lui serra le cou tout en approchant son visage à quelques centimètres du sien : « Pourquoi vous en êtes-vous pris à Sérafina ? »

Les joues de Jane s’empourprèrent. Elle ouvrit la bouche pour respirer, mais aucun son ne pouvait en sortir. Romance desserra sont emprise et la jeta au sol. À genoux, le front sur le parquet, elle reprit son souffle et d'une voix tremblante à peine audible, répondit : « Cette sœur était une intrigante, d’ailleurs vous le savez puisque, comme vous, elle était en mission ».

Donc, si Romance avait remarqué pour la première fois cette femme à Rome, elle l’avait également reconnu.

« J’étais venue à Rome à la demande de la reine Marie, elle voulait l’aide du Saint-Père pour qu’il intervienne dans les affaires de son fils. Et c’est là-bas que j’ai rencontré pour la première fois Sérafina. À l’époque ce n’était pas une none, mais la nièce d’un certain Giuseppe Lumbini. Elle connaissait mon anneau qui a priori avait été commandé par un noble français à sa famille. Elle n’en savait pas plus, mais me confirmait que son oncle Giuseppe pourrait m’en dire davantage. Cependant il était parti pour Paris afin de livrer deux colliers au Roi de France. Je repartis dépitée. Aussi ne fut-elle pas ma surprise lorsque je la retrouvais à Saint-Jean au bois sous l’apparence d’une sœur ! J’ai voulu la faire parler, lui faire dire tout ce qu’elle savait, mais cette buse de Jacob Baruch ne m’en laissa pas le temps. La suite de l’histoire, vous la connaissez. »

Cette femme ne reculerait devait rien pour trouver la vérité sur ses origines et Romance était mal placé pour reprocher à quelqu’un un crime alors que lui-même n’avait pas hésité à faire sombrer son propre ami en pleine mer.

Aussi Romance lui raconta-t-il son entrevue avec Fremyot et le conseil qu’il avait reçu de rendre visite à ce prêtre, Vincent de Paul. Jane Carlisle eut un petit sourire :

« Allons donc rendre visite à ce Père Vincent, même s’il semble vivre pauvrement, j’ai ouï dire qu’il ne détestait pas recevoir les femmes pieuses et riches susceptibles de faire des dons pour ses pauvres. Je peux aisément devenir l’une d’entre elles.

Medicis 1 m

Le 6 mars 2017, la monnaie de Paris a frappé cette pièce de 10 €

 

  1. http://lesecretdestempliers.com/heritage/
  2. http://www.histoire-compiegne.com/iso_album/veron.pdf

Un peu de documentation... sur notre Pinterest

roman historique Roman de la team

Aucune note. Soyez le premier à attribuer une note !

Ajouter un commentaire

Code incorrect ! Essayez à nouveau