Les soubrevestes - chapitre 7 suite

Bienvenue dans le monde des capes et des épées où se mêle amour, intrigues et histoire de France... Suite du chapitre 7

« L’équipage et moi on vous aime pas. Enfin, vous ou une autre créature du diable c’est pareil. Le capitaine à la réflexion bien basse depuis qu’il vous a rencontré. Et le navire, accosté à la vue de tous, il ne manquerait plus que les gardes du roi nous arrêtent ! Faut partir ma p’tite dame, loin et vite sans quoi…

–  Sans quoi, quoi ?

–  On vous aidera dans vot’ voyage… pour l’enfer…»

Les soubrevestes semaine 10

Isle de Whithorn

Ambre s’ennuyait. 
De sa fenêtre, elle voyait le port et surtout le bateau de Bloody Glengoyne. Ce dernier n’avait pas voulu le quitter, disant qu’il se trouvait mieux sur le plancher de sa coquille que sur celui des vaches. Elle, par contre, se sentait plus à l’aise dans ce cottage qu’elle avait loué que sur la mer qu’elle détestait depuis cette terrible tempête.

Elle savait qu’elle devait la vie sauve à Bloody, mais si elle avait fui Plymouth et un père trop autoritaire ce n’était pas pour tomber dans les griffes d’un autre homme avec les mêmes travers. Toutefois, contrairement à son père Bloody ne faisait pas semblant de paraître ce qu’il n’était pas. Il n’avait rien à gagner à se montrer courtois et éduqué. Il ne mentait pas et aucune cruauté n’était gratuite. Il tuait lorsqu’il pensait que c’était dans son intérêt ou pour se défendre, mais ne provoquait aucune souffrance par plaisir.

Il était craint et respecté pas ses hommes. Il savait que ces derniers le suivraient jusqu’en enfer et l’enfer en ce jour était ce bout de terre écossaise, l’Isle de Whithorn (1).

Beaucoup d’hommes se demandaient ce qu’ils faisaient là. Depuis que leur chef avait recueilli cette femme, rien n’allait plus : moins de bateaux pris à l’abordage et donc moins de rapines, mais ils continuaient à lui faire confiance surtout depuis qu’on leur avait dit que cette fameuse nuit non seulement Bloody avait sauvé cette femme, mais également un homme, maître bijoutier et que ce dernier avait demandé à être conduit sur un coin de terre où un trésor était caché.

Quelqu’un frappa à sa porte. « Enfin un peu de mouvement » se dit-elle.

Elle ouvrit à un homme à la mine patibulaire. Après un bref salut de la tête, il entra directement dans le vif du sujet :

« L’équipage et moi on vous aime pas. Enfin, vous ou une autre créature du diable c’est pareil. Le capitaine à la réflexion bien basse depuis qu’il vous a rencontré. Et le navire, accosté à la vue de tous, il ne manquerait plus que les gardes du roi nous arrêtent ! Faut partir ma p’tite dame, loin et vite sans quoi…

–  Sans quoi, quoi ?

–  On vous aidera dans vot’ voyage… pour l’enfer…

–  L’enfer ne me fait pas peur cher monsieur… Monsieur ?

– Norbert l’Égrillard pour ne pas vous servir. Il accompagna ses paroles d’une révérence très appuyée.

– Et bien, Monsieur “L’Égrillard”, si vous portez ce nom c’est que vous n’avez pas peur… Vous ne ressentirez donc aucune crainte de rester amarré ici, comme vous n’aurez aucune crainte également de m’accompagner sur le bateau et d’annoncer à l’équipage que je suis la bienvenue…

Elle avait dit cela sur un ton uniforme, en le soutenant du regard. Le pirate la regarda de biais, cracha à terre:

– Soit, je vous accompagne au bateau et je vous en sortirai ensuite, fois d’pirate, Pluton m’est témoin, sans quoi on vous jettera par-dessus bord avant la fin du voyage. Vous voici prévenue.

–  Me voici effectivement prévenue. J’ai peur, voyez comme je tremble Monsieur L’Égrillard… Approchant son visage près des verrues accrochées aux joues de l’homme. Il en faudra plus que votre mine blèche, votre regard méprisable et votre haleine fétide pour m’écarter de mon but. Vous le connaissez mon but… Vous savez que sans moi vous n’aurez aucune chance de trouver le trésor. Vous avez donc plutôt intérêt à assurer ma sécurité. Devant moi, je vous prie… »

L’homme passa la porte en premier, vexé d’avoir perdu la face devant cette donzelle. Cette rancœur ne le quitterait plus. Ambre le savait, mais qu’importe.

Quoi qu’elle en laisse paraître, Ambre n’en menait pas large. Elle savait que sans la protection de Bloody Glengoyne, il y a belle lurette que l’équipage l’aurait jetée par-dessus bord. Il la trouvait belle, certes, mais trop hautaine et surtout ce «je ne sais quoi » qui transparaissait de temps en temps dans son regard. Il avait salué son courage lorsqu’il l’avait recueilli à moitié morte ainsi que son mystérieux compagnon en pleine mer, accrochée à une embarcation de fortune, mais depuis, il se méfiait de cette inconnue qui avait jusqu’à présent refusé de leur expliquer les circonstances de son naufrage. Seul Bloody semblait fasciné ; il est vrai qu’elle était belle, mais d’une beauté froide, sans âme, faite de glace, uniquement destinée à séduire et à emprisonner tout marin un peu trop naïf sur une banquise d’où on ne revenait jamais.

Ambre s’était servie de cette peur pour survivre parmi eux. Arrivée à l’Isle de Sercq, demandant asile auprès du Seigneur des lieux, elle avait cru que s’en était fini des pirates. Mais Giuseppe, sous l’influence de Philippe de Carteret voulait partir pour la France, pays que sa famille avait quitté peu après l’assassinat du bon roi Henri (2). Ce dernier avait réussi à pacifier les relations entre les protestants et les catholiques du Royaume, mais sa mort allait probablement remettre tout en question. Son grand-père membre de la famille Sainclair, d’origine écossaise avait suivi la jeune princesse Marie Stuart en France. Il resta dans l’entourage de l’enfant mariée par la suite au jeune François II et très vite devenue veuve. La jeune reine choisit de retourner ensuite en Écosse, mais Sainclair, lui décida de rester. Par la suite il se rapprocha de la cause de la réforme et finit par se convertir. Les temps troublés mirent la famille Sainclair plus d’une fois en danger, mais l’avènement d’Henri IV leur donna un moment de répit jusqu’à ce fatal 14 mai 1610 où le roi fut assassiné. La prise du pouvoir par une nouvelle Médicis leur remit en mémoire ce damné St Barthélemy ou plus de trente mille personnes partout dans le Royaume furent massacrées au nom de religion (3). Aussi le grand-père et avec le lui le père d’Ambre décidèrent-ils de partir très loin, de franchir terre et mer et de s’installer sur une terre plus clémente pour eux. Et ce fut la cité de Plymouth qui accueillit la famille.

Ambre avait entendu tellement de choses sur la cruauté du Royaume de France vis-à-vis des protestants, qu’elle n’avait pas voulu suivre Giuseppe, mais avait le choix de retrouver ses racines écossaises. Mais aujourd’hui, maintenant qu’elle était de nouveau dans les griffes de Bloody, elle voulait retrouver Giuseppe.

Pour cela avait besoin d’un équipage et le convaincre de l’amener sur les rivages français et quoi de mieux que l’appât du gain pour arriver à ses fins.

La jeune femme savait que la plupart des hommes de Bloody Glengoyne se demandaient ce qu’ils étaient venus faire dans cet endroit perdu d’Écosse. Depuis que leur chef avait recueilli les deux naufragés et plus particulièrement la femme, ils pensaient que rien n’allait plus : moins de bateaux pris à l’abordage donc moins de rapines. Aussi Ambre décida-t-elle de jouer sa destinée sur un coup de dés et quitta-t-elle sa chambre douillette et rejoignit-elle le bateau des pirates.

Pirate L'Egrillard

Illustration Marie-Laure KÖNIG

  1. http://www.isleofwhithorn.com/
  2. https://www.herodote.net/Henri_IV_1553_1610_-synthese-258.php
  3. https://www.herodote.net/24_aout_1572-evenement-15720824.php

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