Roman partagé - Le procès / Mon conseil : la protection des droits d'auteur

Bonjour,

Deux drames vont se jouer dans le village de Sarry... 

Mon conseil en écriture : la protection des droits d'auteur.

Bonne lecture et n'hésitez pas à publier vos commentaires.

Marie-Laure

Episode 12 - Le procès

Lire uniquement le roman – Page 12

MA DÉMARCHE - MES CONSEILS - Mon conseil en écriture d'aujourd'hui : La protection des droits d'auteurs

On parle de procès dans ce chapitre, je vais donc vous répondre : protection…

La protection

Il est grand temps de penser à la protection de mon livre puisque je vous le dévoile petit à petit. Le droit d’auteur s’acquiert sans formalités, du fait même de la création de l’œuvre. Ma création est donc protégée à partir du jour où je l’ai réalisée. Cependant, en cas de litige, je dois être en mesure d’apporter la preuve de la date à laquelle mon œuvre a été créée.

Le droit d'auteur

Le droit d’auteur protège les œuvres littéraires, les créations musicales, graphiques et plastiques, mais aussi les logiciels, les créations de l’art appliqué, les créations de mode, etc. Les artistes-interprètes, les producteurs de vidéogrammes et de phonogrammes, et les entreprises de communication audiovisuelle ont également des droits voisins du droit d’auteur.

Attention : le droit d’auteur ne protège pas les idées ou les concepts.

Quelles création est protégeable au titre des droits d’auteur ?

Je suis artiste peintre de profession, je connais donc déjà les droits d’auteur pour mes œuvres artistiques, mais d’autres formes de création sont protégeables :

  • la forme d’expression (forme écrite ou orale, en fait la façon dont l’œuvre est communiquée au public)
  • le genre (c’est-à-dire la catégorie d’œuvre, par exemple une peinture, un roman ou une photographie)
  • le mérite (c’est-à-dire le talent ou le génie de l’auteur)
  • la destination (c’est-à-dire que l’œuvre soit une création purement artistique ou d’art appliqué).

Je bénéficie sur mon œuvre de deux types de prérogatives :

  • de droits “moraux” qui me protègent en tant qu’auteur. Je peux ainsi m’opposer à une divulgation de mon œuvre qui serait faite sans mon consentement, à une utilisation qui dénaturerait mon œuvre ou encore revendiquer que mon nom soit mentionné. Ce droit moral est perpétuel et je ne peux pas le céder,
  • de droits “patrimoniaux” qui me permettent d’interdire ou d’autoriser l’utilisation de mon œuvre et de percevoir, dans ce cas, une rémunération en contrepartie. Le droit patrimonial dure jusqu’à 70 ans après la mort de l’auteur ou après la divulgation si l’œuvre appartient à une personne morale (société, association).
  •  
  • Attention : si vous souhaitez vous protéger à l’étranger, sachez que les lois sur le droit d’auteur diffèrent d’un pays à l’autre et que la protection accordée en France n’est pas automatiquement reconnue à l’étranger.

Précautions

Si vous choisissez d’avoir recours au seul droit d’auteur, vous devez vous donner les moyens d’établir la preuve de votre création en cas de litige. Vous pouvez vous constituer des preuves de différentes façons :

  • en utilisant une enveloppe Soleau
  • en déposant vos créations auprès d’un officier ministériel (notaire ou huissier de justice) ou en faisant appel à une société d’auteurs.

e-Soleau

Depuis le 15 décembre 2016, le service e-Soleau est à votre disposition pour déposer en quelques clics vos créations. Une démarche en ligne rapide et sécurisée proposant une solution d'archivage certifiée à valeur probatoire.

Une preuve efficace de vos créations

Vous êtes designer, artiste, étudiant ou chercheur ? Qu’elle ait un caractère technique ou artistique, qu’elle ait un but commercial ou non, votre création peut faire l’objet d’un dépôt par enveloppe Soleau.

L’enveloppe Soleau, du nom de son créateur, est un moyen de preuve simple et peu coûteux. Elle vous permet de vous constituer une preuve de création et de donner une date certaine à votre idée ou votre projet.

L’enveloppe Soleau vous identifie comme auteur. Le droit d’auteur protège les œuvres littéraires, les créations musicales, graphiques et plastiques, mais aussi les logiciels, les créations de l’art appliqué, les créations de mode, etc. Les artistes-interprètes, les producteurs de vidéogrammes et de phonogrammes ainsi que les entreprises de communication audiovisuelle ont également des droits voisins du droit d’auteur.

Le service de dépôt en ligne e-Soleau vous permet d’établir la preuve de l’existence de votre création à une date donnée.

e-Soleau est une nouvelle démarche rapide, clé en main, vous permettant de bénéficier d’un archivage sécurisé et certifié AFNOR (norme NF Z 42-013 marque NF 461).

Première étape vers la protection de vos créations, elle pourra constituer un préalable au dépôt d’une demande de titre de propriété industrielle auprès de l’INPI.

Pour chaque fichier déposé composant votre création, une empreinte sera calculée et conservée dans le Système d’Archivage Electronique de l’INPI.

A l’issue de votre démarche, un récépissé délivré par courriel mentionnant la date de dépôt, la liste des pièces déposées et leurs empreintes respectives, vous permettra de prouver que vous avez déposés vos documents à l’INPI à une date certaine et qu’ils n’ont pas été modifiés.

Votre récépissé et vos documents seront accessibles sur votre espace e-procédures pour vous accompagner dans votre projet.

Les services de l’INPI conserveront durant 5 ans vos documents, et une prorogation de ce délai pour cinq années supplémentaires pourra être demandée.

Ce service vous offre de nombreux avantages :

  • Disponibilité : 24h/24, 7j/7.
  • Sécurité : archivage à valeur probante de vos documents.
  • Souplesse d’utilisation : une large capacité de dépôt pour vos fichiers jusqu’à 300 Mo dans des formats variés (pdf, image, son, vidéo).
  • la possibilité de demander plusieurs restitutions de vos documents archivés.
  • des tarifs ajustés à vos besoins de 15€/10Mo puis de 10€/10Mo supplémentaires.
  • Un paiement en ligne sécurisé  (carte bancaire ou prélèvement sur compte client).
  • Simplicité : une aide en ligne pour vous guider à chaque étape de votre démarche avec possibilité de rappel automatique du service client.

(Retrouvez quelques documents et illustrations de recherche sur le compte pinterest du site Pinterest)

Le roman

29

août 1483

 

Le chat

 

 

 

Hommes, je vous avais prévenu... S’il est vrai que vous avez une âme, alors vous souffrirez de ce que vous avez engendré. Dans le cas contraire, j’ai pitié de vous, car vous n’êtes ni plus ni moins que des bêtes, encore que, nous vivons bien nos instincts d’animaux. Vous allez être tiraillés par des sentiments contradictoires, vous vous persuaderez d’avoir fait le bien en sachant pertinemment que votre acte de dénonciation plongera votre esprit dans les méandres de la culpabilité, vous allez vous enliser dans une boue immorale et perverse. Je vous plains de tout mon cœur, car au bout de compte, c’est de votre ignorance que profitent ceux qui ont le pouvoir. Mais il se trouve qu’elle est votre meilleure alliée pour lutter contre vos remords. Votre bêtise est votre plus belle source de bonheur et si vous n’avez pas d’âme, tout sera bien pour vous. Maintenant, écoutez, écoutez bien votre histoire telle qu’elle doit être racontée, sans faux semblant, cruelle de vérité...

Un juge de Chalons a été appelé ainsi que l’exécuteur des hautes œuvres dont il était accoutumé. Il avait emmené également un secrétaire chargé de noter les propos jugés intéressants durant l’instruction.

Les choses allèrent très vite, presque dans la précipitation. L’inquisiteur voulait régler ce problème rapidement.

Notre bon et prudent avocat, le Chanoine Richard, nommé pour cette occasion, a mit toute son énergie à défendre ces malheureuses, mais l’une des deux femmes est morte. Je regardais cette parodie de procès au travers de la fenêtre de la salle haute du château. Seuls présents : le juge, le scribouillard, l’inquisiteur, l’accusée accompagnée de son avocat. Chacune des deux parties ayant convoqué une personne témoin des événements qui allaient se produire.

Dame Cunégonde, n’avait commis que le crime d’user de la médecine. Comme elle en faisait office en toute légalité, pour soutenir le Médecin Jean Augustin dans l’exercice de son art, elle fut plaidée par ce dernier afin de prouver son innocence. Il témoigna des grandes qualités de soigneuse de l’accusée, ses services étant une bénédiction. Il dut se taire rapidement lorsqu’on lui signifia qu’une femme n’avait plus le droit d’exercer la médecine que c’était devenu uniquement l’apanage des hommes. Manipuler des potions pouvait donc être suspecté d’acte de sorcellerie.

N’ayant pas la possibilité de démontrer clairement que les bons soins de Dame Cunégonde étaient prodigués par la grâce de Dieu ou soufflés par le démon, Le Saint-Office demanda que preuve en soit faite par la justice de l’eau.

Notre Chanoine-défenseur, révolté, gueula contre le procureur de la Sainte Inquisition : « Témoignage vient de vous être fait de son innocence, point n’est besoin de lui faire subir une telle souffrance ! Les potions et onguents dont elle use ne sont point de sa fabrication, elle assiste l’homme de science qui ne peut tout faire lui-même lors de certaines interventions. C’est uniquement en cela qu’elle œuvre pour les bienfaits de notre communauté.

– Elle participe à des réunions de sorcières, au sabbat même, peut-être…

– Fadaises ! Des évangiles de quenouilles que sont ces réunions. C’est fait courant dans les villages et même dans les villes. Vous ne pouvez condamner cela !

– Ne vous demandez pas alors d’où viennent vos grêles et autres tourments ! Ces femmes y confectionnent des filtres maléfiques afin de faire naître l’amour dans le cœur des hommes pour mieux les fourvoyer et les asservir au démon.

– Mensonges, billevesées, rouspétances ! Vous jugez de loyales chrétiennes. Ces remèdes sont connus depuis l’antiquité. Je doute moult que par fausseté et séduction cette femme se soit donnée au Diable.

– Par malice et subtilité je suis d’avis qu’elle a mis toute sa cure afin que vous fassiez délivrer icelle femme par voix exquise. Le problème n’est pas le remède, mais ce pour quoi il est usité.

– Que nenni, elle ne m’a point possédé ! Ce ne sont que des soins de guérissements (1) que prodigue cette dame.

– Vous avez suivi Jeanne la Pucelle, me semble-t-il ? Rétorqua l’inquisiteur à bout d’arguments et sur un ton dédaigneux.

Notre bon chanoine blessé, mais pas dupe, perçu rapidement l’entourloupe et se radoucit :

– Le procès de Jeanne d’Arc a été révisé et elle a été innocentée. Je vous mande humblement de ne point commettre la même erreur que l’Évêque de Beauvais dans l’affaire qui nous rassemble aujourd’hui. »

Le juge, ému par cette dernière phrase demanda que justice d’eau chaude plutôt que d’eau froide (2) soit rendue, ainsi il sera plus aisé d’entrevoir la vérité, et sans le dire vraiment, peut-être sauver une innocente d’une inévitable mort.

Quand l’accusée comprit ce qui allait se produire, elle se mit à hurler, mais ce cri ne fut rien à côté de celui qu’elle alla chercher au fond de son être lors de l’ordalie.

Le chanoine révolté précisa qu’il leur faudra trouver un autre endroit que la geôle du château pour exercer cette abominable sentence. Grand mal lui prit, car il fut décidé que toute la bourgade pourra être témoin de la culpabilité ou de l’innocence de la suppliciée. Un chaudron serait donc installé sur la place publique.

L’abbé Richard espéra alors qu’au moins, les villageois ouvriraient les yeux sur la cruauté que pouvait mener la dénonciation. Mais il n’en fut rien. Ils prirent la sentence de Dame Cunégonde comme un acte nécessaire à leur repentir, une sorte de sacrifice obligatoire qui plairait à Dieu pour leur rédemption ou la mort de la fautive si elle fut coupable.

La soigneuse eut le loisir de la nuit pour reconnaître sa faute et demander pardon. Mais mieux valait des mains bouillies plutôt que le trépas. Elle n’avoua donc aucun crime.

L’inquisiteur savait très bien que l’eau aurait fait son office, et qu’après de bons soins, à part de vilaines cicatrices, aucun handicap ne s’en suivrait. Il fut fortement contrarié que le juge donne en partie raison à la défense. Aussi, le lendemain, en place du chaudron d’eau, il demanda que l’on fît bouillir de l’huile. Le liquide oléagineux détruirait la malheureuse d’une autre manière, espérant que la douleur puisse être insupportable au point de son trépas. Cette mesquinerie le ravissait. Le charivari de la foule laissa place au silence lorsque les villageois comprirent ce qui allait se produire.

Le bourreau avait encerclé les mains de la suppliciée de lourds anneaux en fer, scellés de façon rigide entre eux. Ordre lui fut donné de tremper dans la friture également les poignés de l’accusée. Ses bras étaient tenus raides, face à elle, par une barre de métal allant du cerclage de ses poignées à un maillon attaché à une ceinture de fer lourd placé autour de sa taille. Un mouvement des bras évoluant de haut en bas était possible et plus aisé pour la torture.

L’huile bouillie commençait à dégager une odeur de graillon et se projetait par gouttelettes qui s’accrochaient autour de la marmite. On attendu jusqu’au moment où le liquide fut suffisamment ardent pour que des croûtes s’amorcent sur le bord du récipient. On n’entendait que le frétillement de l’ébullition. Dame Cunégonde qui jusqu’à présent semblait appartenir à un autre monde prit soudainement conscience de la réalité. Elle voulut se débattre, mais l’exécuteur des hautes œuvres lui martela le dos à l’aide d’une lourde masse. Elle tomba sur les genoux le souffle court.

« Debout ! Sorcière ou c’est ton visage qui en souffrira ! » hurla Maître Bréhal.

Les villageois oscillaient entre le désir de voir partir le mauvais œil et la consternation de ce qui allait se produire. Beaucoup avaient déjà bénéficié des bons soins de la Dame et tous la portaient dans leur cœur, pourtant, le doute s’était installé, vicieux et insidieux. L’horreur du moment fit pâlir la plupart, mais quelques-uns attendaient, candides, de connaître la vérité.

Ma petite maîtresse était bienheureusement absente. Le Chanoine Richard avait prit grand soin de l’enfermer dans sa chambre. Barreaux aux fenêtres, elle ne pouvait s’enfuir.

Dame Cunégonde hurlait maintenant d’épouvante, son visage déformé par la frayeur pris des teintes violacées, toute la pression de son corps semblait vouloir s’extirper. Elle n’avait plus de souffle, une toux vint à paraître et sa voix s’étouffait laissant place à un râle suivi de suffocations. J’ai craint qu’elle n’éclate tant la conscience de l’horreur lui était vive. Plus rien maintenant ne pouvait empêcher le drame de se produire.

Mais malgré la fatigue de ses cordes vocales, le cri qui allait survenir alors, celui qui sortait directement de ses entrailles lorsqu’on lui immergea les mains dans l’huile fut abominable. C’était le hurlement de l’enfer. On avait plongé dans le liquide, en guise d’objet, un morceau de viande qu’elle devait aller chercher. La chair ayant rapidement réduite, Dame Cunégonde n’avait plus rien à trouver au fond du chaudron. L’inquisiteur lui horla de récupérer la carne sans quoi ses mains ne seraient pas ôtées du fourneau. Elle défaillit tant la douleur était intense. Mais afin d’être assurée qu’elle ne fut pas une fille du Diable, et jouissant odieusement du spectacle, l’inquisiteur ordonna qu’on laisse encore quelques moments ses poings dans le liquide en fusion. « Ce n’est pas approuvable, continuez ! » Lorsqu’elles furent ressorties de la friture, ses mains étaient recroquevillées, elles avaient diminué de volume, les doigts étaient brunis et croustillants. Ses poignés, par la pression du fer étaient totalement roussis. Et elle fut laissée pour morte sur le sol.

On dut également évacuer quelques dames pour qui la cruauté du supplice avait été insoutenable.

Preuve fut faite qu’elle n’était point une sorcière, car s’il en fut autrement, ses mains seraient intouchées.

La sentence fut prononcée. Dès qu’elle fut innocentée, le Chanoine ainsi que le mire se précipitèrent vers la suppliciée inanimée. Voyant qu’elle n’était point trépassée ils la firent mener au château où Messire Augustin avait transformé la salle basse pour procéder à une amputation. La malheureuse n’était pas au bout de ses souffrances, il fallait maintenant lui trancher les mains qui auraient fini par pourrir et gangréner le reste de son corps. Le chanoine, au nom de l’évêque, négocia avec le bourreau pour qu’il accomplisse cette tâche en grand spécialise de l’anatomie humaine. On donna à boire du jus de pavot à Dame Cunégonde afin de lui rendre la douleur plus supportable. Et l’exécuteur des hautes œuvres effectua avec plaisir et professionnalisme le geste libérateur, bienheureux de pouvoir, pour une fois, servir pour le bien. Elle subit une nouvelle épreuve du feu, mais en cette circonstance dans le but d’interrompre l’écoulement de sang. La chose était délicate et il fallait opérer prestement. Des racines de mandragores furent appliquées sur les plaies afin d’anesthésier la zone douloureuse. À cause du pavot et de la fièvre, elle partit dans des délires. La chaleur prenait son corps rapidement. On lui posa des compresses de vinaigre blanc sur les chevilles et le médecin lui fit boire une décoction de sauge et de sureau. On prépara également un bain d’eau tiède. Messire Augustin et le Chanoine la veillèrent toute la nuit. L’atmosphère était lourde. Aux laudes elle s’était enfin apaisée.

Alayone put s’imaginer drame qui se jouait dans la salle basse tant les paroles et les cris furent forts et incontrôlés. Depuis sa chambre, elle se figurerait la scène et elle pria Dieu de nouveau sans aucune retenue. Seule face à elle-même et sans autre moyen d’aider son amie, elle supplia le Seigneur de sauver sa soigneuse. Elle était bouleversée et impuissante. Le chanoine se souvint de son existence au levé du soleil. Il se précipita dans la chambre d’Alayone. Lorsqu’il ouvrit la porte, la petite se jeta en larmes dans ses bras. Émus il lui caressa les cheveux et lui expliqua calmement que Dame Cunégonde était une martyre, mais qu’elle était sauvée, qu’il n’y avait plus lieu de s’inquiéter pour sa vie. Sans autre éclaircissement que celle de lui faire une grande confiance, elle devait maintenant demeurer dans sa chambre quelques jours voir quelques semaines encore. Lorsque tout danger serait écarté, elle pourrait s’occuper comme il se doit de son amie qui va avoir besoin de beaucoup d’attention et de soins. La petite resta enfermée le temps du second procès, et ce, jusqu’au départ de l’Honorable Pierre Bréhal, Inquisiteur de la Foi. Cet être ignoble, sanguinaire et misogyne ne devait pas, aujourd’hui plus que jamais, connaître l’existence de la "fille au loup".

 

L

ettre de l’évêque de Chalons à l’adresse du Chanoine Richard

Reçue le 16 septembre 1483

 

 

 

 

Au dos de la lettre : Au Moine Richard — Régulier de l’Abbaye de l’Île de Toussaint de Chalons

Cher et bon ami en Dieu,

Pardonnez mes manquements de ces derniers temps. Le décès du roi étant survenu ce 30 août j’ai dû parcourir beaucoup de lieux jusqu’à Cléry-Saint-André près d’Orléans afin s’assister à ses funérailles. J’y ai beaucoup pensé à vous et à votre Jeanne.

Je ne sais quand je pourrais revenir sur Chalons, le couronnement du jeune prince ne se fera pas dans la précipitation, il est question pour le moment de lui trouver une tutelle qui sera probablement cédée à sa sœur, Anne de Beaujeu.

Donnez-moi prestement de vos nouvelles en retour, car je ne sais quand je pourrai dépêcher un autre messager.

Dieu vous garde mon ami.

Geoffroy Soreau de Saint Géran - Écrit à Paris le 9 septembre 1483

 

L

ettre du Chanoine Richard à l’adresse de l’Évêque de Chalons

Reçue le 25 septembre 1483

 

 

 

 

Au dos de la lettre :  Au très révèrent père en Dieu, l’Évêque et Comte de Chalons, Abbé de Saint Germain des Prés, Geoffroy Soreau de Saint Géran.

Très cher et spécial ami en Dieu,

L’arrivée d’un nouveau messager et la teneur de votre missive m’obligent à croire que vous n’avez jamais reçu mon précédent pli où je vous priais instamment de venir.

Quelle tragédie ! Pourquoi a t-il fallut que ce souverain fourbe et sournois, cette imposture qui tyrannisait son peuple, dont la mort réjouira toute la France trépasse à ce moment précis. Il pourra emporter avec lui deux derniers crimes, sur sa conscience, ceux qui ont entraîné ici le meurtre d’une innocente et la torture d’une autre.

Votre présence n’est plus nécessaire et je suis en peine de vous l’apprendre. Après les supplices que l’inquisition à infligés à notre chère Dame Cunégonde, c’est la guérisseuse qui fut jugée.

Ses crimes, qui en réalité n’en étaient pas puisqu’ils ne consistaient que faire confiance en la nature, ayant été réputés vrais, ils la firent brûler pour la damnation de son âme. Mais sa robe de burel ne fut pas trempée dans le soufre, le feu a mis du temps à l’embraser. Je n’ai pas pu l’aider aussi bien que Dame Cunégonde, si l’on peut admettre que je lui aie porté bon secours. Trop de charges pesaient contre elle : elle lisait dans les étoiles et dans les pierres, elle préparait des potions et des onguents. Sa maison en regorgeait. Que de gents ont pu être sauvés grâce à elle et à ses remèdes ! Quel malheur ! Par Dieu, ils vont vite s’apercevoir que ses bons soins étaient efficaces et indispensables.

Je n’ai plus confiance aux routes, aussi, mes courriers vous seront désormais dénués de toute intimité. Je vais apprendre à m’arranger seul. Priez Dieu que j’y parvienne.

Votre bien dévoué serviteur. Le Saint-Esprit vous ait en sa sainte garde.

Chanoine Richard — Régulier de l’Abbaye de l’Île de Toussaint

Chalons le 16 septembre 1483

 

10

octobre 1483

Le chat

 

 

 

 

Les paysans ont semé le blé. Ils ne savent plus comment prendre l’hiver. On le pressent plutôt doux, mais il s’annonce dans la faim. Les métayers ont planté des haricots et des choux dont les graines ont été offertes par le Comte de Chalons. Ainsi, si la nature ne les inquiète plus, ils pourront mieux vivre cet hiver. Mais il est vrai que sans blé, les souris se feront rares pour moi aussi.

Les angoisses et le temps qui passe se sont figés sur le visage du Chanoine Richard. Le vieil homme paraît maintenant son âge. Chaque jour que Dieu fait, il craint le retour de l’Inquisiteur. Partagé entre la satisfaction d’avoir sauvé la vie de Dame Cunégonde et le doute d’avoir semé dans l’esprit du maître Pierre Bréhal la graine de l’humiliation qui mène à la rancune. Il souhaite maintenant vivre assez longtemps pour mettre à l’abri Alayone qu’il couve plus que ne l’aurait fait notre bon évêque. Il faut dire que la petite le lui rend bien.

Avec lui, elle rit de nouveau. Il a trouvé avec elle l’amitié qui lui manquait depuis son enfance, il n’est plus son maître ni son confesseur, il est un peu son grand-père et son camarade : il n’est pas là pour l’élever, il est là pour l’aimer. La petite a retrouvé un équilibre et se sent investie de charité chrétienne auprès de Dame Cunégonde. Même si la mort de la guérisseuse l’a terriblement affectée, on lui a épargné les détails des feints procès et de leurs outrageuses sentences. Elle trouve du réconfort en s’occupant de son amie meurtrie, comme elle le fit pour elle naguère. Elle oublie peu à peu ses propres douleurs.

Ma petite maîtresse tente de lui montrer une figure radieuse, de lui offrir un peu de chaleur. Dame Cunégonde reste cependant en état de choc, elle n’est plus qu’une ombre sans esprit. Rien d’autre qu’un miracle ne pourrait lui donner le goût ou même l’idée d’exister. La vie l’a quitté le jour où la douleur a été plus forte. C’est un corps vide d’une âme qui n’est pas prête à revenir à la réalité parce qu’elle est trop insoutenable. Souvent, Alayone l’installe dans la bibliothèque et lui fait la lecture. Il arrive qu’elle perçoive que la Dame voyage avec ses histoires. Ma petite maîtresse a grand espoir.

Après avoir reçu le dernier courrier du Chanoine Richard, l’Évêque de Chalons a pris un temps pour venir visiter les villageois et sa mesnie. Il fut bouleversé à l’écoute de toute l’histoire, mais encore plus lorsqu’il vit Dame Cunégonde enfermée dans son mutisme, les yeux dans le vide et sans mains, parfois procédant à un balancement du corps d’avant en arrière, peut-être pour dire qu’elle n’était pas un meuble, mais bien en vie. Le chanoine faisait peine à voir également. Le Sieur de Saint Géran prit acte des faits qui s’étaient produits et lui donna des directives. Il organisa quelques actions afin d’élargir la protection du domaine et d’être informé d’éventuelles nouvelles visites de ce genre. Il chercha de rassurer un peu l’abbé Richard. Il nomma un bailli pour la sécurisation du château et de ses paysans, et mit en place une sorte de relais afin que les nouvelles lui parviennent rapidement sans que l’on ait besoin d’attendre son messager.

Maintenant que ma petite maîtresse semblait avoir recouvré toute sa joie enfantine, il ne fallait pas que l’approche d’un danger se fasse sentir. Gérer au mieux, prendre sur lui et surtout prendre soin de lui, voilà en quelques mots les nouvelles consignes que devait suivre le Chanoine.

 

© Le roman a fait l'objet d'une procédure de protection des droits d'auteur auprès de l'INPI 

Chapitre 12 - Le procès

Illustration : Sandra GADRET

 


  1. vocabulaire propre au chanoine  (Retour à la lecture)
  2. Justice d’eau : il s’agit d’ordalies de deux sortes. Avec l’eau bouillante, l’accusé allant chercher à mains nues un objet dans de l’eau bouillante se disculpe si ses blessures sont jugées normales. Avec l’eau froide, l’accusé était jeté à l’eau, en principe garrotté. Si le liquide pur le rejette, il est déclaré coupable. (Retour à la lecture)

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Commentaires (2)

Canope
  • 1. Canope | 13/06/2017
Ouap, c'est parce que je voulais le lire mais je me serai bien passée des détails. C'est un truc à faire des cauchemars !!!
misslou
  • 2. misslou | 24/05/2017
Que de nouvelles choses dans cet épisode !
D'abord le récit n'est plus centré sur Alayone. C'est autour d'elle que l'histoire progresse et des scènes terribles sont très bien décrites, scène de torture de la pauvre Dame Cunégonde.
J'ai mis un peu de temps à entrer dans l'histoire, l'introduction est un peu longue, mais quand le Chanoine " gueula contre le procureur de la Sainte Inquisition ", alors les actions s'enchaînent et on est captivé par le récit. J'ignorai de telles pratiques, là encore c'est très bien documenté. Ce que j'aime bien aussi, c'est que l'on quitte un peu le château, l'essentiel de l'épisode se passe "sur la place publique",dans le village, les lieux auraient même pu être davantage décrits.
Alayone échappe à cet inquisiteur de malheur, pour l'instant, mais ayant vu le sort réservé à ces pauvres femmes, on tremble pour elle, dans les épisodes suivants...merci, à bientôt.

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