Roman partagé - La grêle / Mon conseil : soignez l'ambiance

Bonjour,

La suite de notre roman partagé « le Malleus »."L’honorable" Maître Pierre Bréhal, Inquisiteur de la Foi arrive dans le village d'Alayone... 

Conseil en écriture : soignez l'ambiance.

Bonne lecture et n'hésitez pas à publier vos commentaires.

Marie-Laure

Chapitre 11 la grele

Lire uniquement le roman – Page 11

MA DÉMARCHE - MES CONSEILS - Mon conseil en écriture d'aujourd'hui : Soignez l'ambiance

Voilà, nous approchons du point culminant de notre dent de scie. En il y a une chose que je dois absolument soigner afin de préparer le terrain de l’apocalypse de la semaine prochaine : l’ambiance.

L’ambiance

Regardez vos livres de cuisine, lorsque vous lisez une recette vous imaginez parfaitement le plat (une mousseline très fine que vous nouez, enlevez le nouet et pressez le fortement au dessus de la casserole lorsque les coins sont souples sous le doigt, une bouillie très lisse, lorsque l’odeur de caramel apparaît, le fruit prend une belle couleur cristalline…). Les magazines de décoration sont très riches en couleurs et description. La botanique vous en apprendra beaucoup sur les odeurs…

Avant d’écrire votre chapitre, fermez les yeux et écrivez ce que vous ressentez uniquement par adjectifs, quelques mots, pas de phrases (pas facile, si on se fiche d’écrire droit on y arrive). Les odeurs, les textures, les bruits, les gouts, les couleurs, les sons tout doit être mis en revue.

Vous pouvez également vous servir d’un tableau avec les termes que j’énumère ci-dessus. Lors de l’écriture de votre roman, vous devez vous assurer de toujours décrire les odeurs, les textures, le climat, la lumière et tout ce qui permet à vos lecteurs de bien visualiser la scène. En fait, utilisez vos 5 sens.

Mais les descriptions les plus courtes sont les meilleurs, gardez quelques termes pour les inscrire tout le long du récit. Un pavé de description est très lourd à digérer.

(Retrouvez quelques documents et illustrations de recherche sur le compte pinterest du site Pinterest)

Le roman

« Pourquoi un plus grand nombre de sorciers se trouve dans le sexe féminin fragile plutôt que chez les hommes ? Il est en effet un fait qu’il était inutile de contredire, puisqu’il est accrédité par l’expérience réelle, par le témoignage verbal des témoins de manière crédible. (…) La troisième raison en cela est que les femmes ont des langues glissantes, et sont incapables de cacher les choses si ce n’est que par les arts du mal qu’elles connaissent ; et, comme elles sont faibles, elles trouvent une manière simple et uniquement connue d’elles-mêmes : par la sorcellerie qu’elles revendiquent. »

Malleus Maleficarum –Heinrich Kramer ou nommé Institoris – 1486

 

20

juillet 1483

 

Le chat

 

 

 

Après cet hiver inclément, la moisson du blé tendre, par bonheur, s’annonçait excellente. Les plans d’automne ayant gelé dans la terre, les métayers prièrent davantage Dieu afin qu’il leur prête aide et qu’ils puissent récolter suffisamment pour donner de quoi au fouacier. Encore deux semaines et les épis auraient été à maturité, mais c’était une nouvelle fois sans compter sur d’autres caprices de la nature.

De nouveau le sort s’est acharné et de mémoire de chat et d’hommes, nous n’avions jamais vu chose pareille à cette époque. Qu’était-ce cette diablerie ? Des glaçons sont tombés du ciel, ravageant les récoltes. Des paysans se sont fait surprendre par cette pluie du mal. L’enfançon Grégoire a reçu un fragment de gel gros d’un pouce sur le crâne, son trépas fut immédiat.

Les nuages noirs ayant jeté toute leur grêle, je me suis aventuré jusqu’au village. Les gents parlaient de l’œuvre du démon, certaines mauvaises langues citaient même des noms. Les visages étaient fermés et sans plus d’espoir, mais un conciliabule s’est formé afin de tuer le mal à la racine. Certaines bêtes, ayant subi idem gourmade que le petit Grégoire, furent également trépassées sur le coup. Il manquera de lait c’est certain, car certaines vaches et d’autres veaux ont péri dans l’affolement. Il n’y a guère que les écrouelles (1) qui restent en vie. C’est solide ces bêtes-là, et il n’y a que dans le cochon que l’on trouve le bon, mais ce n’est pas d’elles dont on tire le lait, ni produit le beurre ni le fromage. Les paysans ne pourront pas non plus noyer leur désespoir dans le vin, les pieds de vigne et leurs grains naissants furent pareillement décimés.

Ma petite-maîtresse s’est remise à la prière, enfin, c’est ce que tout le monde pense. Elle phrase un psaume, toujours le même, afin d’enraciner chacun de ses mots dans sa mémoire. Ce poème qui explique que les méchants ne résisteront pas au jour du jugement. Elle a gardé, au fond du cœur une part sombre qui ne la quitte plus. Elle récite ce psaume pour ne pas oublier.

 

4

août 1483

 

Le chat

 

 

 

L’atmosphère est pesante et l’air est lourd. Il y a du mouvement dans le village et je ne sens pas ma petite-maîtresse sereine. Elle use ses doigts sur une sorte de petit bracelet de perle qu’elle garde sur elle en permanence. Quelque chose semble l’inquiéter. Enfin c’est plutôt quelqu’un qui l’agite ainsi. Un étranger vient d’arriver dans notre bourgade.

Le Chanoine Richard la visite souvent, lui aussi est très nerveux. Il ressemble à une souris avec laquelle je joue avant de la croquer. Mais c’est surtout cet homme, tombé de nulle part, me glace le sang. Avec lui, je suis sur mes gardes, dès que je l’aperçois mes poils se dressent, son odeur est fétide, il sent la peste et le choléra alors que d’autres lui trouveront des essences de propreté. J’ai envie de lui sauter au visage pour lui arracher les yeux. Je lui cracherais bien mon mépris au chef (2) qu’il a fort vilain.

Sa tenue est soignée et bien taillée. Il porte un vêtement officiel. Il a des airs condescendants. Il prononce tout mot en articulant chaque syllabe. Il fait siffler ses « s », tel un animal rampant et tout comme lui, il arrive derrière vous sans faire de bruit et vous pique sournoisement au talon.

Gents du village, vous cherchez la lumière et la chaleur du soleil ? Vous allez vous enfoncer dans les ténèbres. Vous avez souhaité de l’aide afin que l’on vous débarrasse du démon qui a détruit vos récoltes et décimé vos troupeaux, et voici que vous l’invitez à votre table. Il vous prendra vos femmes, car il les regarde avec mépris. Elles ne sont pour lui que chemises à retrousser pour vous faire oublier votre faim, et tendit que leur ventre se remplira, le vôtre restera vide.

Femmes, prenez garde, vos hommes se délectent des paroles vipérines de celui-ci qui serpente vos rues comme s’il était prince en ce lieu. Sachez qu’il ne se satisfait que de votre douleur. Plus il vous l’infligera cruelle et sans raison, plus sa jouissance sera grande. Femmes, il est insatiable. Je l’ai vu œuvrer, ses mots sont comme du miel gâté d’un poison, ils endorment vos compagnons et vont leur laisser un goût amer. Le regard de cette rascaille puante (3) s’illumine d’une étincelle dès que ces pauvres bougres vous trahissent sans même le savoir.

Cette lueur brûlante de haine va enflammer le luminaire (4) de la célébration du culte du diable et il sera trop tard. Vous allez voir le noir et goûter la saveur ferrugineuse du rouge…

 

8

août 1483

 

Prière 

 

 

 

Seigneur, Père du ciel, Souverain Roi des rois, de par la pitié supernelle.

Voici bien longtemps que je ne vous ai prié, mais au tant tôt un homme sombre est arrivé au village, et je vous implore de votre protection. Je crains pour les gents d’ici et pour moi-même. J’espère alors que dans votre grande bonté, qui semble exister puisque tout le monde en sait des choses, vous ferez preuve de charité à notre égard.

Je vous remercie d’avoir mis sur mon chemin le Chanoine Richard. Je l’avais mal jugé. Son langage singulier entre le bien parlé et le parler franc, mêlé à un reste de dialecte de son enfance m’amuse et parfois me fait rire aux larmes. C’est un homme bon et un de vos serviteurs précieux.

Nous devons faire fi de la forme de ses colères, où il semble pousser des gueuleries avinées, car ses courroux sont toujours empreints d’une grande justesse. Il n’y a aucune vanité chez cet homme. Pourtant il a mené une vie fort passionnante et éprouvée dont il lui reste une forte animosité, allant parfois jusqu’à la haine pour les hauts dignitaires de la Sainte-Foi, et en particulier, les inquisiteurs. Il en parle avec fiel et dégoût : « Des écrouelles portées par leur faide (5), voici ce qu’ils sont. Ils salissent notre Sainte Église et la Sainte Parole de Dieu par leurs squalides (6) manigances. Des fornicateurs du Diable. Ils osent prendre Dieu en témoin, le tout jurant sur la bible. Et pis, ce sont des parjures légaux. Tudieu ! Où va le monde ?! »

Mon Dieu, je vous le redis : j’ai peur, car justement, il en vient un. Un de ces tout puissants défenseurs de l’Église. "L’honorable" Maître Pierre Bréhal, Inquisiteur de la Foi.

Depuis son arrivée, notre chanoine Richard est anxieux, il s’essuie inlassablement le front avec un petit linge qu’il porte sur lui. Lorsqu’il parle, il semble toujours à bout de souffle et il a grande peine à suivre le fil de ses pensées. Il m’a prestement ordonné de ranger ma peau de loup, ce mandement me fut donné sur un ton que je ne lui connaissais pas encore. J’ai pris peur et l’ai cachée dans ma chambre aussitôt.

Il m’a aussi fait cadeau d’un chapelet, me réclamant de le garder toujours sur moi. Il m’a indiqué de ne sortir qu’à tierce, none et vêpres pour me rendre uniquement à la chapelle et prier. La mesnie (7) doit me voir reprendre cette habitude, mais je ne dois en aucun cas aller au village ni même quitter l’enceinte du château. « Tu ne dois pas croiser ce suppôt de Satan, te faire viser de lui. Cache-lui tes beaux yeux verts, tu dois lui être inconnue, jure Alayone de m’écouter, c’est l’ennemi, la bête de l’apocalypse, promet le moi sur ta mère et sur Dieu ! Pour une fois Alayone, obéi ! »

J’ai eu peur. C’était la première fois qu’il usait du tutoiement pour me parler et le fait de devoir jurer sur autre chose que la parole de Dieu n’est pas concevable pour un homme d’Église. Jamais je n’ai été aussi effrayée et en aucun temps je n’ai obéi sans poser de question, mais aujourd’hui, c’est aveuglément que je vais me soumettre au bon vouloir de notre Chanoine.

Mon Dieu, gardez ce vieil homme qui ne mérite pas tant d’angoisses, laissez-le-moi encore, ne m’en privez pas, de grâce, par pitié. L’Évêque de Chalons ne fait plus que de rares venues de quelques jours au château, je n’ai pu entretenir avec lui de franches et belles conversations depuis bien longtemps. Le moine Guillaume n’ayant eu aucune réponse de ma part à son courrier a dû m’oublier, aussi, il n’est jamais reparu à Sarry depuis son départ.

Pourquoi le chanoine est-il si apeuré ? Pourquoi tant de précautions ? Rien au village ne justifie que l’inquisition ne se déplace. Nous sommes en paix, chacun œuvre en bon chrétien dans le respect de l’autre à Sarry. Quelle est la source de tout ce remue-ménage ? Tant de questions sans réponse et je dois rester là à attendre je ne sais quelle catastrophe qui pourrait advenir.

Dieu qui êtes en Trinité, gardez-moi en votre protection et ne m’enlevez pas mon ami le Chanoine Richard. Par votre grande miséricorde.

Amen.

© Le roman a fait l'objet d'une procédure de protection des droits d'auteur auprès de l'INPI 

Chapitre 11 la grele 1

Illustration : Sandra GADRET

 


 

 

  1. écrouelle : Truie (Retour à la lecture)
  2. Le chef : Entendez « à sa tête » (Retour à la lecture)
  3. Rascaille : Racaille, raclure, très péjoratif (Retour à la lecture)
  4. luminaire : À l’époque, il s’agissait d’huile d’olive nécessaire pour l’éclairage et la célébration d’un culte dans un sanctuaire. (Retour à la lecture)
  5. faide : Vengeance privée (Retour à la lecture)
  6. squalide : ignoble, méprisable (Retour à la lecture)
  7. la mesnie : La maisonnée d’un seigneur. (Retour à la lecture)

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Commentaires (1)

misslou
  • 1. misslou | 17/05/2017
En effet, la tension monte d'un cran. Le malheur s'est abattu sur les récoltes, les vignes, cette grêle et on sent que bientôt le malheur va s'abattre sur le village ou le château à cause de ce personnage que l'on nous décrit à peine, cet inquisiteur...
Si je pouvais tourner la page ! j'irai lire la suite car il est temps de savoir ce qui l'amène cet oiseau de malheur et qui est celui ou celle qui l'intéresse.
J'aime bien que l'histoire soit vue "par les yeux du chat", on pourrait renforcer par des comparaisons qui ne pourraient être que celles d'un chat...
Je suppose qu'Alayone va être inquiétée par ce nouveau personnage, ce Pierre Bréhal... A mercredi...

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