Roman partagé - Le départ/ Mon conseil : les descriptions

Bonjour,

Vous allez enfin découvrir le visage du moine Guillaume...

Mon conseil en écriture d'aujourd'hui : les descriptions ?

Bonne lecture et n'hésitez pas à publier vos commentaires.

Marie-Laure

Episode 14 - le depart - les descriptions

Lire uniquement le roman – Page 14

MA DÉMARCHE - MES CONSEILS - Mon conseil en écriture d'aujourd'hui : les descriptions dans un roman

Les descriptions

Devons-nous, comme Zola, être le plus réaliste possible dans notre roman en travaillant intensément notre description ou écouter les conseils de Paul Valéry qui voyait dans la description une denrée qui se vend au kilo ou Stendhal qui exécrait la description matérielle ?

Je dirai juste qu’il faut faire attention où l’on met la description

Si l’on est dans le feu de l’action, et que l’on narre un événement, on met en œuvre un aspect temporel. Or la description a un caractère intemporel, elle s’attarde sur des objets ou des êtres statiques et ceci risque de rompre votre action.

Par exemple, lorsque je vous décris le moine Guillaume, nous ne sommes pas dans une action, nous sommes dans la voiture qui parcoure un long chemin et ma description sera même très utile à faire passer le temps qui sera long.

Et ce voyage est très long, j’en profite donc pour aussi décrire Paris. Description très utile pour la suite de l’histoire, ainsi, je « plante le décor » pour mes futures actions. Dans ce cas, la description me sert à donner de la consistance à mon roman et lui apporte un peu plus de réalisme.

Par contre, vous pouvez également utiliser la description afin de freiner le récit, elle peut permettre au lecteur de faire une pose entre deux actions. Attention à bien doser, il faut qu’elle fasse souffler le lecteur et non qu’elle ne l’endorme.

La description d’une personne

Êtes-vous physionomiste ? Si l’on vous demandait de décrire votre père ou votre mère, le pourriez-vous ? Pas facile…

Je vous donne quelques petites astuces.

D’abord, visionnez la personne dans sa globalité : est-elle grande ou petite, forte ou mince, âgée ou jeune, comment sont ses cheveux, comment est-elle habillée… Notez tout cela sur votre page.

Ensuite nous allons plus en détail en commençant par le haut (il faut bien commencer quelque part). On regarde ses cheveux : ils sont courts ou longs, de quelle couleur, comment sont-ils coiffés ? Ses yeux : la couleur, la forme, les sourcils, les cils. Le nez, fin, gros, avec une bosse, en trompette. La bouche sera fine, large, les dents seront bien blanches ou non soignées, un homme pourrait avoir de la moustache ou de la barbe. La mâchoire sera forte.

On redescend sur le corps : le cou, les épaules, le torse, est-il mince ou musclé, comment sont les vêtements, de quelles couleurs, de quel style, propres ou chiffonnées…

Les jambes sont elles longues, courtes, une femme aura une jupe et un garçon un short par lequel on pourra voir des mollets larges et poilus.

Les pieds seront petits ou grands, les orteils fins si peu que l’on soit chaussé en nu-pieds, on peut au contraire porter des bottes.

Maintenant, mettez-y un peu de vocabulaire et de « comme », « tel un », « on aurait dit un »… C'est très important le vocabulaire !

Par exemple, au lieu de dire, « des grands yeux noirs » vous pouvez écrire « ses yeux couleurs charbon » ou pour un cou large vous écrirez « un cou de taureau posé sur des épaules fortes et bien bâties ».

Un visage vieux peut être ratatiné, fripé, ridé, fané. Un visage jeune sera frais, lisse, rose, éclatant, rayonnant.

Un nez pourra ressembler à une grosse pomme de terre, il pourra être alcalin, bosselé, court, long, délicat.

Les yeux… Attention, vous ne devez pas omettre de décrire le regard. Les yeux seront, verts, bleus… petit, grand, écartés, rapprochés, luisants, sec, rouges et étincelant. Ce pourront être des petits yeux de cochon, un regard de fouine, un regard franc, un regard pétillant, des yeux arrogants, un regard malin, vide, pénétrant, inquisiteur… La description du regard est essentielle, car elle vous donne la possibilité d’en offrir davantage sur le caractère de votre personnage.

Et n’oubliez pas que votre description doit se porter sur l’essentiel, car il faut laisser de la place à l’imagination du lecteur.

Évidemment, mon expérience d’artiste peintre me donne l’aisance de décrire mes personnages comme si je les peignais avec le mélange des teintes, des couleurs et des matières.

Il faut retoucher sans cesse la peinture jusqu’à l’obtention d’une création frôlant la perfection. Lorsque je peins, il arrive un moment où je laisse mon tableau de côté et je le reprends quelques heures ou jours plus tard avec un regard frais. Je vous le conseille afin de peaufiner vos personnages et vos descriptions dans votre roman

Votre roman doit se lire de manière fluide tout en gardant à l’esprit l’atteinte d’un dénouement exaltant pour le lecteur. A la relecture de votre roman (vous vous souvenez, au moins vingt fois !) c’est l’occasion parfaite de vous débarrasser des phrases sans signification et des descriptions qui n’apportent rien à l’histoire : évitez de décrire pour faire joli et gardez cela pour la poésie.

Ah oui, j'ai failli oublier, la réponse de la semaine dernière est 1899 (et c'est bien l'année de naissance l'Alfred Hitchcock.)

(Retrouvez quelques documents et illustrations de recherche sur le compte pinterest du site Pinterest)

Le roman

« Voici leur (les sorcières) méthode afin d’être transportée. Elles prennent l’onguent qui, comme nous l’avons dit, le font à l’instruction du diable avec des membres d’enfants, en particulier de ceux qu’elles ont tués avant le baptême, et en oignent chaise ou manche à balai ; après quoi elles sont immédiatement transportées dans l’air, que ce soit par jour ou par nuit, et soit visible ou, si elles le souhaitent, invisiblement ; car le diable peut cacher un corps par l’interposition d’une autre substance, comme cela a été montré dans la première partie du traité où nous avons parlé des mirages et illusions causées par le diable. »

Malleus Maleficarum –Heinrich Kramer ou nommé Institoris – 1486

 

10

juin 1484

 

Le chat

 

 

 

L’évêque de Chalons était de retour. Le couronnement du roi eut lieu le 30 mai en la cathédrale de Reims, mais il ne put s’échapper plus prestement de ses obligations.

Ma petite maîtresse préparait avec grand soin son départ, visitant plus que de raison son père et le Chanoine Richard qui se trouvaient tous les deux dans un profond désarroi. Alayone était également très attristée de devoir les quitter, mais si embrasée de commencer une nouvelle vie !

Elle prit dans sa caisse une variété de vêtements, sa peau de loup et quelques petits cailloux. Ils différaient de ceux qu’elle apportait à son père pour la marque du tâcheron (1). Ceux-ci étaient plats, ovales, lisses et de belles couleurs. Ces pierres de la picote (2), elle les tenait de la guérisseuse. En les lui donnant, elle lui avait bien recommandé de ne plus les faire frôler la terre et de les transporter dans un petit sac de jute. Elle gardait continûment avec elle un quartz qui soulageait ses migraines, c’était sa pierrette de la tête. Sa pierre de la touche, elle l’avait toujours dans sa poche et elle la caressait lorsqu’elle était fatiguée ou n’avait pas le moral. Elle conservait aussi un cristal naturel qu’elle fit monter en encrier par son père. Cette gemme pouvait soigner contre la maladie des loups, mais surtout, placé dans sa chambre à côté de ses plumes, il la protégeait de ses rêves nocturnes.

Celle que je détestais par-dessus tout était sa pierre noire qui devait faire disparaître les maladies de la peau. Elle en curait à maintes reprises ses cicatrices. Je n’aime pas ce caillou, car en fait, il n’en est pas un. J’ai vu la guérisseuse lui donner vie. Il s’agit en réalité d’un os frais, enfermé dans un vaisseau (3) de terre où l’air ne pouvait pénétrer et ficeler de fer, elle jeta le pot au feu. Non, je n’aime pas cette pierre, car je connais sa provenance. Un de mes semblables, noir comme moi, a dû mourir pour offrir cet os calciné.

Alayone veilla aussi à toujours garder sur elle le chapelet du Chanoine Richard qu’elle affectionnait grandement et qu’elle utilisait comme un porte-bonheur. Tous ces savoirs séculaires et croyances sont devenus suspects, ma petite maîtresse ne devrait conserver que le cadeau du chanoine. Si je le pouvais, je prierais Dieu afin que quelqu’un la mette en garde sur le danger de posséder pareil pierres avant qu’elles ne soient découvertes. La guérisseuse brûla pour bien moins que ça.

Elle eut l’autorisation de l’évêque de pouvoir emporter quelques livres « de bon goût », dont les chroniques de Jean Froissard qui conte la chevalerie de façon descente et relate des faits historiques à même de parfaire sa culture.

Au départ, Amaury était là. Il fit quelques recommandations de bon usage, rassura sa fille qu’il fût pleinement conscient que son bonheur serait au bout de ce voyage et que ceci atténuait grandement sa peine. Il resterait ici, rasséréné de la savoir avec l’évêque et heureux de l’avenir que l’on pouvait lui présager.

Le Chanoine Richard qui beuglait à qui voulait l’entendre que les adieux n’étaient que des gueuseries (4) inutiles ne parut pas. Pourtant, claquemuré (5) au fond de son monastère, il avait le cœur lourd et se remplit le gavion (6) d’une eau chaude mal frelatée, mais qui avait l’avantage d’aider à supporter l’insurmontable.

Et la voiture partit sans autre bruit que celui des sabots des chevaux.

Ma maîtresse connaissait déjà un certain nombre de silences. Celui du recueillement et de la prière, le silence de contemplation lorsqu’elle se promenait par monts et par champs, le silence doux du plaisir d’être en la compagnie d’un être aimé qu’elle partageait avec son loup. Mais elle savait aussi les douloureux, ceux qui font suite à l’effroi, ceux qui durent sans que l’on comprenne comment s’en défaire, mais celui qu’elle vivait sur ce chemin était encore bien différent. Il était embarrassant et doux à la fois.

À ses côtés se tenait le bon Évêque et face à elle le moine Guillaume. Quant à moi, je m’étais faufilé sans que l’on ne m’aperçoive, comme j’avais pris habilement l’habitude de le faire au début de mon existence et j’excellais dans cet art de la transparence. Il m’était impossible de quitter la seule personne qui s’inquiétait de ma médiocre importance.

Alayone semblait gênée et elle portait son regard vers l’extérieur, la fenêtre était devenue sa meilleure alliée face à ce… cette situation. Mais parfois je la voyais poser brièvement ses yeux vers son compagnon de voyage puis reprenait rapidement ses esprits et s’en allait les perdre dans la contemplation du paysage.

La nature était belle en cette saison. Les couleurs ravissaient les rétines, les fleurs propageaient des parfums subtils de même que les sous-bois et le chant des oiseaux étaient un cadeau pour les oreilles. Dans ce tourbillon de sensations agréables, Alayone perdit son regard sur le moine. Elle s’oublia et le dévora des yeux. Il était devenu bien beau.

Une bouche sensuelle formée de lèvres ni trop fines ni exagérément épaisses et couvrant des dents saines et blanches plantées sur une mâchoire puissante. De grands yeux noirs d’où émanaient quelques ténébreuses lueurs hypnotiques et parfois des éclats de malice. Un regard impénétrable, impassible sous des sourcils discrets malgré une abondante chevelure noire d’ébène et un teint légèrement mate. Un nez mince, finement creusé à la source dont la pointe ronde s’élance faiblement vers l’avant. Un cou large qui pouvait laisser imaginer sous sa robe d’ecclésiastique une belle carrure bâtie en force. En dépit de son costume et de sa tonsure de moine, il restait élégant. Parfois arrogant et glacial, mais quelques moues et sourires en coin creusant une petite fossette sur la joue donnait à ce visage un air malicieux qui cachait une grande sensibilité et une certaine bonté d’âme.

Cette baboue, il la fit lorsqu’il s’aperçut qu’Alayone le fixait et elle en devint cramoisie de honte. Elle se tourna rapidement vers l’évêque et lui posa un millier de questions sur Paris.

« Paris, lui dit-il, est une ville emplie de magnificence et de pestilence. Magnificence à condition que l’on sache lever le nez sur les bâtisses et monuments, dont le plus majestueux était sans contexte la Sainte Chapelle que Saint-Louis fit construire pour y mettre sa plus précieuse relique, la couronne d’épines du Christ, placée dans ce véritable joyau de lumière et de pierre. Personne à part le roi et quelques privilégiés ne pouvaient se rendre en ce lieu. Lui avait eu le grand honneur d’y dire un divin office un jour. Prononcer les Saintes Paroles sous les lumières des vitraux représentant tous les passages important de la bible, de la genèse à l’apocalypse, “ce fut ma plus belle messe” nous avoua l’évêque. Il ajouta sur Paris qu’il fallait toujours regarder où l’on plaçait ses pieds sur les pavés de la plus grande ville du monde. Tous s’y côtoient, gents de hauts rangs et meurt-de-faim de basses conditions partagent les rues avec les animaux et tout ce qui va avec. L’odeur de Paris lève le cœur tant d’accumulation d’immondices s’engouffrent dans tous les coins. On jette le contenu de ses pots d’urine par la fenêtre qui se mélange allègrement aux jus des pelletiers, aux sangs et triperies des bouchers et aux eaux usées des teinturiers.

– C’est donc en cet endroit que vous m’emmenez ?

– Ma chère Alayone, c’est également la ville de toutes les cultures, de tous les commerces et l’on peut y bien vivre si peu que l’on évite tous les coupe-gorges et maladies dues à la saleté et à la crasse. Je ne vous conduis point sur Paris, mais à l’Abbaye de Saint-Germain-des-Prés. Notre faubourg est blotti aux pieds des remparts de la ville du Roi. C’est un alliage de paysage de campagne et de ville. Vous y trouverez des maisons d’habitation, mais aussi des ateliers d’artisans, des échoppes, des moulins, des près, des étables, des appentis, des jardins. De ce lieu vous pourrez contempler aisément ce qu’il y a de plus beau par-dessus les hautes murailles : le château du Louvre, Notre Dame de Paris, le Palais de la Cité avec sa fameuse tour carrée et son horloge, la flèche de la Sainte-Chapelle ainsi que l’énorme forteresse de la Bastille.

– Je ne pourrais point me rendre en la grande ville ?

– Nenie Damoiselle. Vous devrez d’abord vous habituer à votre nouvel environnement. Par la suite, si je vous trouvais un chaperon digne de confiance et capable de surveiller vos frasques il se peut que je vous y autorise.

– Mais Messire Geoffroy, point n’avez-vous assurance à mon égard ?

– Je préfère jurer que cet air commençant ne vous tourne pas la tête et n’altère pas votre bon sens. »

Puis elle jeta un regard fuguasse au moine Guillaume qui lui sembla gouailler.

« Oh, vous, je vous interdis de faire gorge chaude de ma mésaventure.

– Mais je ne me moque point !

– Si fait, je l’ai vu votre mauvaise figure troublée par un léger rictus.

– Recevez que je n’ai cure de vos déboires jeunes damoiselle. Mais les raisons de s’esclaffer sont si rares que lorsqu’il en vient une…

– Fi de vos humeurs piquantes ! rétorqua l’évêque en haussant le ton. Nous avons encore 100 lieues à parcourir et j’apprécierais de les réaliser plus heureusement. »

Alayone se tue à contrecœur. Au bout d’un moment, calmée de son ire, elle le regarda de nouveau. Il lui lança une œillade qu’elle comprit comme un geste de paix et retrouva le Moine Guillaume tel qu’ils s’étaient quittés. Après deux longues années de séparation, il lui paraissait se racquitter de son ami en l’état qu’elle le connut avant la mort du loup. Ce drame lui semblait à cet instant plus qu’un simple malencombre (7). Son père lui avait dit : « le temps efface les blessures légères et cicatrise les plus profondes ».

Ce chemin qu’elle parcourait la menait vers le lai de l’enfance qui s’éteint pour laisser place à des sentiments plus prompts à la mauvaise fortune du cœur si peu que l’on n’y prenne garde. De nouveaux dangers allaient paraître, bien plus pernicieux que les rues bruyantes et malfamées de Paris, caponnerie (8), menteries, mauvaiseté, langues vipérines tout serait bon pour profiter de la crédulité de la donzelle en devenir. L’évêque de Chalons savait sa crainte fondée et pour sa protégée dont les charmes évoluaient de belle façon, il n’hésiterait pas à la priver de liberté le temps qu’il faudrait pour l’aguerrir à ses nouvelles ennemies : les tentations de la ville.

 

L

ettre d’Alayone à l’adresse de son père

Reçue le 25 juin 1484

 

 

 

 

Au dos de la lettre : À Amaury Duprès, Tailleur de Pierre de Notre Dame, Château de Sarry

Mon tendre et aimé Père

Ces quelques jours de voyage m’ont épuisée. Mais pas suffisamment aux dires de l’Évêque pour éteindre ma fougue. Je suis pourtant une bonne personne, je ne comprends pas ces soupçons qu’il a à mon égard.

Ici, tout est démesuré. La muraille de Paris, toutefois bien haute, mais par-dessus laquelle nous pouvons voir le Louvre et ses imposantes tours. De l’Abbaye de Saint-Germain, où je demeure, nous pouvons en dénombrer huit. Mais le monument le plus beau reste Notre Dame de Paris, toute colorée et majestueuse au milieu de son île. L’évêque de Chalons, ou plutôt, l’Abbé de Saint Germain, car c’est ainsi que nous le connaissons ici, m’a promis de m’y emmener pour la prière dès que son temps lui permettrait. Je me languis.

Depuis mon arrivée, je n’ai le seul loisir que d’arpenter le cloître de l’Abbaye. Elle est entourée d’une muraille et d’un canal qui mène à la Seine. Du haut de l’enceinte, je peux voir une multitude de bateaux marchands venant de partout en France et parfois même de la mer. Ils accostent tous en place de Grève. J’aimerais un jour pouvoir naviguer sur les océans !

Je peux également apercevoir l’Île de la Cité et de drôles de ponts sur lesquels sont bâtis des petites habitations bien alignées, c’est très curieux. Mais la vue de toutes ces choses sans pouvoir y accéder est d’une telle frustration. Ici, il n’y a que des moines, que l’on m’interdit de côtoyer et quelques serviteurs peu nombreux. Comme l’Abbaye renferme une infirmerie, j’aperçois parfois des malades venant de l’extérieur faire effort pour quelques soins.

Je loge séant au dortoir des hôtes sans aucune intimité. Cette chambrée n’est séparée que d’un couloir de celui des moines. L’Abbé de Saint-Germain me fit savoir qu’il cherche un autre lieu pour moi dans les habitations des serviteurs, à l’est de l’enceinte, tout à l’arrière.

De ma chambre, je peux voir le cloître où se promènent les moines en silence, mais je ne peux apercevoir la maison abbatiale où loge notre évêque, car elle m’est cachée par l’église Saint-Germain au sud du site. De la fenêtre opposée, je découvre la chapelle de la Vierge ou je songe prendre mes habitudes de prières. L’autre chapelle, la Chapelle Saint Symphorien est attenante à cet édifice. Puis il y a de magnifiques jardins bien entretenus qui s’étendent sur tout le quart nord-ouest de l’enceinte. Il se trouve également un grand réfectoire dont le couloir sépare l’aile nord et l’aile sud des dortoirs. Mais là encore, je n’ai guère le droit de m’y trouver, car il est réservé aux moines. Je déjeune et dîne dans les cuisines ou dans ma chambre.

J’étais heureuse de découvrir une immense bibliothèque. Située au sud du cloître, j’ai pu m’y rendre par une seconde entrée près de l’église, mais il n’y a ici que des ouvrages religieux et mon engouement pour ce lieu c’est très vite évanoui. J’espère que Dieu me pardonnera ce manque d’intérêt pour ses sermons.

Pour accéder à l’enceinte, il n’y a que deux sorties. Une petite porte à l’est, la porte de l’Abbaye ouvrant sur l’église et la majestueuse porte papale à l’ouest, bien encrée entre ses deux tours.

Je passe le plus clair de mon temps dans les jardins ou sur les murailles à contempler Paris et les bateaux. J’écris beaucoup aussi, je m’exerce à rendre mon graphisme plus lisible. L’abbé de Saint Germain m’a fourni suffisamment de plumes, d’encre et de parchemins pour y conter ma vie. Je pense souvent à vous en trempant ma plume dans l’encrier que vous m’avez façonné. Nos douces discussions me manquent. Messire Geoffroy me rassure en me disant que ma présence n’étant pas prévue, je devais lui laisser le temps d’organiser mon bien-être et mes sorties.

Je n’omets pas de vous informer, Mon tendre Père, de ne point chercher Grizzli au château. Cet aigrefin s’est caché dans notre voiture et il est à présent heureux de goûter une nouvelle vie. Il est devenu ma seule compagnie à croire qu’il savait qu’il serait nécessaire à mon réconfort.

Que Dieu vous garde Mon tendre père. Je pense beaucoup à vous.

Votre bien-aimée et affectueuse enfante

Alayone Duprès

Écrit à Saint-Germain-des-Prés le 17 juin 1484

 

© Le roman a fait l'objet d'une procédure de protection des droits d'auteur auprès de l'INPI 

Episode 14 - les descriptions dans un roman

 

Illustration : Marie-Laure KÖNIG (Cette semaine, un petit pied-de-nez à Sandra car il n'y avait que moi pour dessiner le visage du moine Guillaume comme je l'imaginais)


 

 

  1. La marque du tâcheron : Signe gravé sur la pierre par le tailleur de pierre. Il s’agissait de l signature du travail réalisé par le tailleur. (Retour à la lecture)
  2. Pierres de la picote : pierre à venin que l’on utilisait pour soigner. Le nom de pierre à venin est apparu au XVIIIe siècle. Au moyen-âge on utilisait le terme « pierre de la picote » (Retour à la lecture)
  3. Un vaisseau : cache-pot, nautile, potiche, pot-pourri, torchère, urne, vase. (Retour à la lecture)
  4. Gueuserie : Chose médiocre ou pauvreté. (Retour à la lecture)
  5. Claquemuré : Emprisonné dans une enceinte, entre des murs. (Retour à la lecture)
  6. Gavion : le gosier (Retour à la lecture)
  7. Malencombre : Fâcheux événements (Retour à la lecture)
  8. Caponnerie : Lâcheté, poltronnerie. (Retour à la lecture)

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Commentaires (1)

misslou
  • 1. misslou | 07/06/2017
Un bel épisode, bien mené. Le simple fait de prendre la route et de découvrir un nouveau lieu, Paris et la nouvelle abbaye de St Germain, suffit à l'intérêt de ce passage et on peut apprécier la jolie façon dont les choses sont dites, les yeux baissés, les curiosités retenues, les descriptions très bien menées et qui ajoutent à cette ambiance, qui calment le jeu sans endormir le lecteur.

Au tout début, les préparatifs d'Alayone et toute l'histoire des différentes pierres sont intéressants (et les "os de chat noir" aux vertus curatives, c'est sûrement un fait réel..., sachant le soin qui est donné à la documentation). Et la petite histoire du chat Grizzli qui suit clandestinement sa jeune maîtresse est bienvenue aussi.
(Je signale au passage "la majestueuse porte papale...bien ancrée entre ses deux tours" et non pas "encrée", quasiment à la fin.)

Que va-t-il se passer à présent ? Le décor est planté. Le Moine Guillaume est dans les parages. Un ami. Et Alayone en a peu. On passe maintenant à une vraie ouverture du récit, tout est possible....merci, à mercredi....

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