Roman partagé - Le mal culpe/Conseil : ce que détestent les lecteurs

Bonjour,

Alayone est souffrante et dehors, les loups guettent. 

Bonne lecture et n'hésitez pas à publier vos commentaires.

Marie-Laure

Episode 26 le mal culpe

Lire uniquement le roman – Page 26

MA DÉMARCHE - MES CONSEILS : Décrire un lieu

Les erreurs que les lecteurs détestent

Pour commencer, sachez que vous ne plairez pas à tout le monde. Si si ! J’en connais qui n’aiment pas Victor Hugo !!!

Un roman c’est déjà une affaire de goût. Mais il y a des erreurs techniques à éviter, quel que soit le genre de littérature que vous proposez. 

Il existe un grand débat sur les descriptions, longues ou pas longues… Le tout est de ne mettre que le nécessaire. Comme le dit un de mes cousins : "trop tue le bien". Parfois, une scène est tellement belle que vous pouvez la décrire comme un tableau, en y mettant le temps, mais d’autre fois, il faut aller vite et à l’essentiel. N’enterrez pas votre lecteur sous des montagnes de détails. Ne décrivez pas chaque action de votre personnage, mais uniquement celles qui apportent quelque chose. Les descriptions précises doivent être portées sur votre brouillon. Souvenez-vous, vous devez être le seul à tout connaître de lui.

De même éviter les répétitions. Dire deux fois la même chose, c’est lourd. Ce qui est évident aussi est à proscrire, ça alourdit le texte. J’ai une technique, je surligne tous les mots de la même famille et je regarde si le visuel me plaît. S’il y a trop de fois la même couleur, je cherche des synonymes ou j’enlève.

Le verbiage… C’est joli ! Toute cette cumulation de jolis mots, de vocabulaire enrichi. Mais attention, ça rend votre texte lourd et pour certain illisible. De la fluidité et de la concision vous permettront de garder l’attention de votre lecteur.

Soignez le dénouement. Un bon roman qui finit en eau de boudin est une véritable souffrance pour votre lecteur. Si votre roman doit se finir mal, il est important de lui garder une part de sombre tout au long de l’histoire. Gardez le même rythme du début à la fin.

En ce qui concerne notre Alayone, le doute est permis, car je l’ai instauré et maintenu tout au long du roman. Comment cela va donc finir ? Sera-ce une fin heureuse ou non ?

(Retrouvez quelques documents et illustrations de recherche sur le compte pinterest du site Pinterest

 

Le roman

15février 1488

 

 

Le chat

 

 

 

La toux de ma jeune maîtresse me sortit de mon sommeil. Allongé à ses pieds je me suis doucement étiré avant d’entreprendre ma toilette. Chose était impossible, à chaque coup de langue je fus dérangé par un râle qui me regagnait les entrailles. Elle avait peine à respirer, un sifflement s'échappait de sa gorge. La nuit mourait pour laisser la place à l’aube claire.

Je considérais Tristan, à genoux au pied du lit, le regard fort inquiet.

– Vous êtes fort souffreteuse et je n’ai point l’apothicairerie nécessaire pour faire tomber votre fièvre. Il me faut me procurer de la moutarde afin de vous faire un cataplasme, du raisin ou de la figue séchée, de quoi préparer des onguents. Une embrocation d’essence de thym et de romarin (1) serait pareillement bien utile.

– Portez-moi mon sac de minières, surtout ne le posez pas à terre. J’y ai un galet de rivière, il me protégera. Jetez ma pierre de tête dans l’eau de mon infusion et ensuite…

– Ma Mie, ces remèdes ne vous prêteront aide, Dieu vous a donné mal aventure. Vous devez évacuer vos sécrétions, ne gardez rien en vous, même si cela vous procure répugnance. Vos décoctions de menthe et de miel doivent être bues, jetez-y votre pierre si bon vous semble. J’ai entré beaucoup de bois, ne faites pas mourir le feu…

– Il me faut comprendre que vous me mettez en abandon ! Tristan, vous ne pouvez me…

– Point d’autres choix s’offrent à nous, je criembre (2) pour vous et ne peux vous laisser courir hasard de mort. Si nous attendons sans nouveau remède, vous n’aurez plus la force de vous nourrir ou de vous chauffer seule et le mal aura raison de vous. Je mène grand duel, mais je dois partir prestement. Je vous fais foi de revenir avant la nuit tombée, avant les chiens sauvages. La ville de Senlis est tout près, j’y trouverai ce qu’il nous faut afin de bien vous soigner.

– Les loups ne me font pas peur, je les connais, ils ne…

– Mon aimée, ces loups sont en tout point différents du votre. Ils ont faim et sont décharnés, ne vous aventurez pas hors de ces murs en mon absence, faites-m’en le serment.

– Je vous attendrai… Dieu y soit.

– Je reviens prestement avec des fruits secs, de l'épeautre cher à votre coeur, la venaison (3) et les remèdes nécessaires. Puis nous poursuivrons notre chemin afin de nous unir, comme il doit être fait,  sous le regard bienveillant du Créateur.

Il étreint Alayone comme s’il faisait doute de la revoir, il posa ses lèvres sur son front brûlant et parti sans se retourner.

 

16février 1488

 

 

Prière

 

 

 

Vrai Dieu, souverain Roi des rois, de par la pitié supernelle.

La nuit est venue et Tristan n’est toujours pas paru. Puis il y a tous ces loups qui hurlent dehors. Dois-je comprendre que vous nous punissez, Seigneur, du péché d’amour ? Mais mon Dieu, Sauveur du monde, plus que pour moi, je prie pour mon adoré. Point est normal qu’il ne soit revenu…

 

16février 1488

 

 

Le chat

 

 

 

… Puis elle s’adressa à moi : « Mon doux Grizzli, je crains que nous ne soyons bientôt séparés ».

Son regard était humide, larmes et sueur perlaient sur ses joues creuses et laiteuses. Il ne restait que cendres et quelques braises éparses dans l’âtre. Elle ne chargeait en bois la cheminée que lorsque ces forces le lui accordaient puis elle s’infusait miel et menthe.

Je lui apportais le fruit de ma chasse, un petit oiseau gris dont les hommes raffolaient. Elle me remercia et sans vigueur elle le pluma, le vida et le mit à bouillir avec les quelques graines d’épeautre qu'il lui restait. Seul son instinct de survie guidait ses gestes inconscients et elle mangea très lentement avant de s’endormir pour un temps infini.

 

17février 1488

 

 

Le chat

 

 

 

Malgré mes ronronnements, coup de pattes et de langue râpeuse, elle ne se réveilla pas. Un froid moribond s’était installé dans le logis. Dans la cheminée ne restait plus que cendres. Plus aucune ombre ne venait égayer ce triste logis. Alayone demeurait pourtant brûlante et parfois tremblante. Je tirai sur elle régulièrement sa peau de loup. Inutile de lui apporter d’autres oiseaux, les derniers gisaient sur la table et étaient déjà raides.

Le vent sifflait en s’engouffrant dans la vieille maison par les interstices des murs. La charpente était rompue et à quelques endroits on pouvait entrevoir le ciel gris et maussade. Ainsi pénétrait le froid. Dans la forêt, la neige recouvrait chaque branche et les traces de loups fraîches arrivaient jusqu’aux abords du logis.

Plus tard, lorsque tout fût sombre, je les entendais hurler à la lune. Ils étaient tout proches. Ma jeune maîtresse parlait à l’un d’eux dans son sommeil. Elle ne semblait pas effrayée, bien au contraire. Un moment elle voulut se hisser hors du lit, attirée par le cri des bêtes.

Je restais là et je veillais. Que faire d’autre ?

Dans la nuit, les loups se mirent à gratter à la porte et à geindre. Elle parvint à se lever et appela le sien. Elle semblait heureuse de le retrouver et avança vers l'huis. Des grognements atroces, des cris stridents, certains chiens se disputaient le privilège du premier coup de croc. Je me suis rapidement faufilé entre les jambes d’Alayone, elle perdit l’équilibre et s’écrasa sur le sol. Le bruit sourd de sa tête cheyant sur la terre battue résonne toujours dans la mienne. Elle ne bougea plus.

 

18février 1488

 

 

 

Le chat

 

 

Ma jeune maîtresse est encore immobile, allongée de tout son long sur le pas de la porte. J’ai tiré du lit le drap, son épais paletot et sa peau de loup afin de l’en recouvrir. Sa respiration était faible et encombrée. Les chiens étaient à l’affût du moindre bruit.

Je sortis par l’arrière du logis, un petit trou entre deux planches suffit pour me laisser inhaler l’air frais. Et je partis dans une course folle, j’ai parcouru maintes lieues sans remarquer de village, de maison, ou d’âme qui vive. En ce temps glacé, personne n’osait s’aventurer hors du confort d’un foyer bien chaud.

Puis je le vis, au milieu des bois. Je reconnus de suite cet ami envoyé par la Providence, conduisant une petite litière (4) sans trop savoir où se diriger. Il m’aperçut, tâche noire sur la neige blanche au milieu du chemin. Il arrêta sa monture et descendit de son dos. La pierre attachée autour de mon cou lui indiqua qui j'étais.

– Tourne l’oreille et va sa voie (5) mon brave Grizzli. Qu’a-t-il pu lui advenir à tel point que je te retrouve les pattes transies céans plutôt qu’à bien dormir ?

Il me fallut trouver des chemins praticables puis nous entendîmes les loups que la nuit nous envoyait avec son flot de malencombres. Il arrêta de nouveau l’attelage, attrapa une esconce et l’alluma. Il enflamma plusieurs torches et glissa un couteau dans la ceinture de son froc. Et nous approchâmes des aboiements. Au plus près il détacha son cheval qui prit de panique, s’enfuit à travers bois.

Armé du feu et de sa lame, il se mit à hurler comme un démon, et accompagna sa voix de grands gestes. La neige lui réduisait la vision et il semblait avoir perdu tout contrôle de lui-même. Les aboiements muèrent rapidement en grognements, babines relevées, les bêtes s’approchaient ventre à terre, mais la truffe au vent. Leurs yeux perçaient la nuit et lançaient des étincelles. Comme le diable, il s’encercla de flammes ardentes. Il avançait vers la maison sans les quitter du regard, toujours en poussant des cris abominables.

– Point ne suis une donzelle, bande de chiens puants. Venez courir aventure, je vous attends avec le feu de l’enfer et ma lame. Cela fait belle heurette (6) que je vous connais. Vous finirez pareil à l’autre : sur le dos d’Alayone ! Bêtes maudites !

Les loups s’approchaient puis hésitaient. La faim les tiraillait, mais les flammes les effrayaient. Il profita de leur trouble pour s’introduire dans le logis.

Ma maîtresse gisait sur le sol et semblait avoir atteint le limbe.

– Père céleste ! Alayone !

Il se pencha sur elle. Je l’ai quittée brûlante et elle était maintenant glacée. Il jeta ses torches dans la cheminée et la porta sur la paillasse. Elle n’était pas raide comme les rongeurs que j’abandonnais. Il chercha son pouls et son coeur devait battre encore, car il la couvrit de tout ce qu’il trouva de linge. Il ralluma le feu jusqu’à ce que la cheminée gronde. Il observa le lieu « Mais dans quel bouge t’a-t-il perdu ma pauvre amie ? Quel épouvantable endroit ! » Il remarqua la bourache, l'ouvrit  puis la huma. Elle lui piqua le nez. Il se hâta de dévêtir ma pauvre maîtresse puis il lui frictionna le corps de l'alcool qu'il venait de découvrir de façon énergique. Ce n’était pas une embrocation d’essence de thym et de romarin, mais ceci sembla tout aussi efficace. Chaque membre, ses épaules, son buste, son dos, ses fesses, pas une parcelle de son corps n’échappa à sa main bienfaisante. Je restai là, tout près et espérant. Le logis dégageait de nouveau une odeur d’humus, signe d’une chaleur étouffante. L’alcool me tournait aussi un peu la tête. Dès qu'Alayone fut réchauffé, il jeta la gourde avec mépris et il lui repassa sa robe de laine et la recouvrit de son mantel.

– L'abominable, s'il la fit boire pour abus, je lui arracherai les entrailles et m'en servirai pour le pendre bien haut !

Puis il se calma en voyant mes oiseaux sur la table.

- Des grives et des perdrix ? C’est de ta chasse le fruit mon brave Grizzli ? Vous êtes merveilleux Sieur chat et c’est divine providence que de vous avoir sauvé la vie au jour de votre naissance.

Puis il me blandit (7) la tête. Alayone semblait apaisée, elle dormait profondément. Parfois des râles s’échappaient de son pharynx. Il infusa du miel et de la menthe, jeta le caillou qui alourdissait la puisette (8) et versa le liquide dans une jatte pensant qu’elle pourrait y boire. Peine perdue. Il l’obligea à l'absorber en de petites gorgées à l’aide de sa propre cuiller qu’il avait toujours avec lui dans une gaîne de cuir (9). Il s’adressa de nouveau à moi :

– J’ai tant observé Dame Cunégonde faire ainsi mon brave Grizzli. Vie nous lui rendrons. Point n’est-elle grassette (10) sur son viaire (11) ne voit-on que les os. Demain, si Dieu a pitié, je retrouverai mon cheval et nous la conduirons à l’abbaye de Chaalis, très près d'ici, où elle y sera bien soignée. Prends du repos mon brave ami, car je ne fais doute que tu n’aies pas dormi tout ton dû. Dès qu’il fera clair et nous quitterons ce lieu maudit.

Et je dormis, comme il me l'avait intimé, près de ma maîtresse et du sommeil du juste. Elle était encore bien souffreteuse, mais la satisfaction d’avoir accompli mon devoir de chat fidèle et de la savoir entre de bonnes mains me promit de doux rêves.

 

© Le roman a fait l'objet d'une procédure de protection des droits d'auteur auprès de l'INPI 

26 - mal culpe

Illustration : Marie-Laure KÖNIG

 

  1. Une embrocation d’essence de thym et de romarin : suspension huileuse et antiseptique de l’époque (Retour à la lecture)
  2. Criembre : trembler de peur (Retour à la lecture)
  3. La venaison : chair de bête sauvage (Retour à la lecture)
  4. Litière : sorte de coffre oblong et bas, dans lequel on peut tenir au besoin deux personnes assises. Ces coffres sont montés sur de longs brancards devant et derrière, suspendus aux harnais d’un ou deux chevaux. (Retour à la lecture)
  5. Tourne l’oreille et va sa voie : conduis-moi à elle (Retour à la lecture)
  6. Belle heurette : belle lurette (Retour à la lecture)
  7. Blandir : caresser (Retour à la lecture)
  8. La puisette : vase de bronze ou de bois, de petite dimension, muni d’une anse et d’un ou deux goulots, servant normalement à puiser de l’eau (Retour à la lecture)
  9. Une gaîne de cuir (On fabriquait des gaînes de cuir, de métal, d’os, pour enfermer de petits ustensiles). (Retour à la lecture)
  10. Grassette : grasouillette (Retour à la lecture)
  11. Viaire : visage (Retour à la lecture)

 

Un peu de documentation... sur notre Pinterest

roman partagé devenir écrivain Savoir écrire un livre écrire son roman devenir auteur blog d'écriture roman historique Pour faire un bon livre

Aucune note. Soyez le premier à attribuer une note !

Commentaires (3)

misslou
  • 1. misslou | 10/09/2017
merci pour les explications, en effet il y a aussi le "Mea culpa" que l'on dit quand on reconnaît avoir fait une faute. Et donc, Tristan a bien disparu.... à bientôt
mlkonig
Bonjour Misslou,

Culpe signifie faute. Souillure du péché. On dit par exemple : rendre sa culpe, soit avouer sa faute. Ici, Alayone pense que sa maladie et la disparition de Tristan est une punition divine car elle a péché. C'est le mal culpe, le mal qui arrive par sa faute. A vendredi pour la suite (se sera l'avant dernier épisode...). Bonne journée.
misslou
  • 3. misslou | 08/09/2017
Encore un bel épisode, l'histoire progresse bien. Episode qui a pour titre : "le mal culpe" (ce qui mériterait peut-être explication, maladie ?) Il finit sur une sorte d'énigme, puisque celui qui prend soin d'Alayone à la fin, ne semble pas être Tristan ? il n'est pas nommé. C'est sans doute Guillaume... mais qu'est-il arrivé à Tristan ?....et ainsi, si près de la fin du livre, les deux jeunes hommes se retrouveraient-ils, tous les deux, proches de notre héroïne ?.... La suite et ses résolutions, peut-être, au prochain épisode....

Ajouter un commentaire

Vous utilisez un logiciel de type AdBlock, qui bloque le service de captchas publicitaires utilisé sur ce site. Pour pouvoir envoyer votre message, désactivez Adblock.