Roman partagé - Le May / Mon conseil : Un nouveau personnage

Bonjour,

Aujourd'hui nous allons faire de nouvelles rencontres, les dernières avant...

Oui, parce qu’ensuite, il va falloir que ça bouge un peu, que l'on rentre doucement dans le vif du sujet.

Avec ces nouvelles lignes, je vous emmène doucement vers la fin du premier chapitre qui est prévue dans une dizaine de pages.

Mon conseil du jour : introduire un nouveau personnage.

N'hésitez pas à publier vos commentaires.

Marie-Laure

Episode 5 le may

Lire uniquement le roman – Page 5

MA DÉMARCHE - MES CONSEILS - Mon conseil en écriture d'aujourd'hui : un nouveau personnage

Un peu de fraicheur

Maintenant que nous connaissons nos deux personnages principaux, je vais les faires vivre. Les présentations sont faites, il faut que je réveille mes lecteurs dans une scène où il se passe quelque chose.

Ce n’est par pour autant que cette scène ne doit servir à rien. Elle doit au contraire apporter des éléments nouveaux sur les traits de caractère de nos personnages, sur leur avenir… Il faut qu’elle annonce un virage ou qu’elle surprenne. Le lecteur doit rester en éveil, et le mieux est de l’amener à se poser des questions. Pourquoi cette scène qui en prime abord ne sert à rien… Et bien si, vous le verrez dans les prochaines semaines qu’elle est capitale, l’épisode d’aujourd’hui aura donc son importance.

Un nouveau personnage…encore !

Celui-ci je vous en fais une description monumentale afin que vous le compreniez bien et rapidement.

Pourquoi rapidement ?

Parce que nous avons passé suffisamment de temps sur la présentation des précédents et que j’ai hâte de donner un peu de mouvement à mon récit.

Pourtant, il s’agit là d’un personnage qui comptera beaucoup dans la suite de l’histoire c’est une petite histoire dans mon histoire mais aussi dans la grande Histoire. Il m’a fallu des heures de recherches documentaires pour parvenir à ces quelques lignes.

Ce nouveau personnage s’inscrit dans le plan de mon roman. Avec un plan détaillé du projet, je ne risque pas d’oublier des choses importantes, de perdre le fil ou de devenir incohérente.

La préparation d’un plan est essentielle à la réussite d’un roman. Cette étape m’évitera de me perdre parmi les nombreuses possibilités qui s’offrent à moi.

En réalisant un plan, Je visualise mieux mon récit à l’avance. Un plan n’est pas exhaustif, je peux ajouter des chapitres ou en retirer mais il me permettre de suivre mon idée.

(Retrouvez quelques documents et illustrations de recherche sur le compte pinterest du site Pinterest)

Le roman

"Allons au bois le may cueillir
Pour la coutume maintenir !
Nous ouïrons des oiseaux le glay
dont ils font le bois retentir
Ce premier jour du mois de may". 

Charles d'Orléans (1394 - 1465)

 

 

1

mai 1481

 

 

Prière

 

 

Vrai Dieu, souverain Roi des rois, de par la pitié supernelle.

Quelle ne fut pas ma surprise ce matin de découvrir que ma porte avait été esmayée (1). Aurais-je un prétendant mystérieux ?

Aujourd’hui était la fête du May (1). Le village est très proche du château. J’ai demandé la permission à notre bon évêque de pouvoir m’y rendre. Je m’étais bien gardée de lui confesser qu’une branche avait été déposée devant ma porte. Il ne fit aucune objection disant qu’il s’agissait de célébrer la nature dont notre seigneur nous a fait cadeau.

Je dois vous avouer Seigneur Dieu, quelque désobéissance. Malgré l’interdiction du moine Guillaume et de Seigneur Geoffroy, je me suis aventurée dans les pages de Tristan et Iseult. Je m’étais tenue sage jusqu’à présent, mais à l’arrivée de la chaleur, j’ai ouvert grandes les fenêtres de la bibliothèque. Depuis ce temps, j’en avais oublié cet ouvrage, mais à la lumière du jour il m’est apparu rayonnant. Quelle émotion cet amour tragique. Tristan et la belle aux cheveux d’or, s’aimant d’une affection pure cela malgré les lois, les hommes, et malgré eux-mêmes. Seigneur Dieu, épargnez-moi cet effroyable destin.

Me voici donc dès laudes au centre du village afin d’y contempler l’arbre de May qui venait d’y être planté. Bientôt, les jeunes gents et damoiselles se rendront au pied du marmenteau au dessein de le décorer de belles confections qu’ils auront réalisés. Comme je ne songeais pas à participer à cette fête, je n’avais point œuvré, je décidais donc de partir dans le pré voisin afin d’y cueillir quelques fleurs et brindilles et d’y concevoir, moi aussi, mon offrande à cet arbre.

C’est là que je le vis. Le loup. Beau, majestueux, sauvage. Il me fixait de son regard pailleté d’or, mais je n’eus aucun effroi. Mes pieds étaient figés au sol comme les autres herbes folles. J’étais pétrifiée, non, subjuguée par cet animal. Son pas était lent, il se déplaçait tête basse vers moi, sa nouvelle proie. Puis il cessa un moment sa progression. Pas un mouvement ne vint de lui ni de moi. Une de ses pattes positionnée vers l’avant, le nez face au vent à à peine une paume du sol et son regard immuablement plongé dans le mien. Ce spectacle était un ravissement et un flot d’exaltantes émotions.

Je me rappelais soudain Saint Hervé et Saint Thégonnec le premier prit un loup en place de son âne et le second en place de son cerf, tous deux afin de tirer leur attelage. Toujours debout et la tête basse, il s’assit ex abrupto. Jamais il ne m’offrit le spectacle de ses crocs reluisants ni me fit entendre un grognement. Quelle étrange réaction. Une magnifique fourrure d’un beau gris argenté discrètement bleuté brillant au soleil, des babines tombantes sans aucun signe d’animosité, puis soudain, l’animal porta sa tête de côté, les oreilles légèrement relevées. Il passa d’un air sauvage à un aspect mignonnet. Le rythme de mon cœur s’apaisa, le pécore semblait attendre quelque chose de moi. Je m’en suis approchée prise d’une irrésistible envie de sentir la douceur de son pelage. Il me fixait encore. Je me suis agenouillée tout près de lui, puis il s’est couché. Je ne sais combien de temps nous sommes restés là, inertes, juste à apprécier ce moment.

Je n’ai pas osé approcher ma main de lui, je ne lui ai pas parlé non plus. Soudain il releva le front, il dut entrevoir un bruit inconvenant car il se dressa sur ses pattes et prit la fuite dans les bois. Je suis restée encore un moment sur les genoux, il me semblait être dans un rêve que je ne voulais pas quitter. Puis j’entendis les cloches des nones. J’avais loupé la décoration de l’arbre. Je m’en revins troublée au centre du village.

Beaucoup de jeunes gens se trouvaient là. Je n’en connaissais que quelques-uns. Il m’apparut que je n’aimais que la compagnie de mes livres et du moine Guillaume de pourtant 10 ans mon aîné. Notre amour commun pour les histoires nous avait rapprochés. Les incunables sont l’unique raison qui lui fit prendre la robe de moine. Parfois, à la vue de ses lectures, je me questionne sur la façon dont il reçoit sa vie de chasteté, lui si beau, à cette fête, il aurait fait tourner la tête à plus d’une damoiselle. Pardon Seigneur Dieu, je m’égare.

La journée s’est déroulée rapidement tant je me suis amusée. C’est la première fois que je dansais, certains damoiseaux, Thomas, Jean et Audoin, intrigués par ma présence m’ont conté fleurettes jusqu’aux vêpres. Certaines damoiselles en avaient l’air contrariées. Et je m’en suis retournée sans connaître le nom de celui qui avait déposé la branche devant ma porte. Nous nous sommes quittés, promettant de nous revoir.

Quelle singulière journée ! Je vous remercie de me l’avoir fait vivre.

Mais à mon arrivée au château, mon Seigneur de Saint Géran avait l’air contrarié. J’imagine que j’en suis fautive. Je connais son projet me voir prendre le voile. Mais Seigneur, vous lisez en mon cœur ce que je vous confie chaque jour. Votre compagnie m’est essentielle. J’affectionne de vous prier, je sais que vous veillez sur moi, mais je ne suis pas assurée d’être pour vous une parfaite servante. J’aime le monde que vous nous avez bâti pour vos créatures. Je voyage grâce aux livres, et il me plaît d’imaginer qu’un jour je pourrais voir la réalité de ce vaste univers. Et peut-être qu’effectivement, entrer dans les ordres pourrait me le permettre.

Dieu qui êtes en Trinité, je vous remercie pour toutes vos bontés

Amen

 

1mai 1481

 

 

Journal du comte Geoffroy Soreau de Saint Géran, évêque de Chalons

 

 

Une nouvelle fête de May vient de se dérouler en toute insouciance. Mais il va me falloir annoncer que je suis appelé sur Paris pour y devenir Abbé de Saint-Germain-des-Prés.

Les hautes autorités souhaitent malgré cela que je reste évêque de Chalons, ce qui m’agréer. Notre Saint-Père le Pape est très contrarié des agissements de mon prédécesseur, l’Abbé Robert de Lespinasse. Sa mauvaise conduite et les dettes qu’il laisse ont obligé son parent, le Seigneur de Combronde, à le faire éloigner de Paris. Sa Sainteté me fait l’honneur de ces nouvelles fonctions, car il m'estime avoir suffisamment de vertu pour réparer ses fautes. Ma future mission est prévue pour le début de la prochaine année.

Il me faut me hâter de trouver quelqu’un pour me succéder ici, ou tout au moins pour assurer les offices et veiller sur ma petite Alayone.

 

16juin 1481

 

 

Journal du comte Geoffroy Soreau de Saint Géran, évêque de Chalons

 

 

Le chanoine Richard vient d’arriver à l’Abbaye de Toussaints. Je pressens que le clergé souhaite me faire aller sur Paris plus hâtivement que prévu, il me fallait trouver une personne de confiance pour notre paroisse durant mes prochaines absences. Cet homme d’Église me paraît tout indiqué.

Bien qu’ayant 65 ans révolus, je le pense encore bien alerte et il est fort probable que la providence nous le fasse garder un long moment. Son passé éprouvé m’a ému aux larmes.

Il me conta son parcours. Mal né et d’un physique désavantageux qui lui valait railleries et dénigrements, il commença sa vie avec les brigands de Montpillouer (2), au mont des Pillards, dans les ruines d’un château ayant été longuement investi pas les Anglais. Il n’y demeurait qu’une tour bien pratique pour faire le guet sur les villages alentours.

C’est à l’âge de 15 ans et au 14 août 1429 qu’il la vit, la Pucelle d’Orléans.

Cette rencontre devait bouleverser sa vie.

Elle ne resta qu’une matinée en ce lieu malfamé, car elle se trouvait sur le pied de guerre contre les Bourguignons. Près de 700 hommes armés dont de pauvres bougres que les seigneurs adoubaient à la hâte l’attendaient pour livrer bataille. À leur tête le Seigneur de L’Isle-Adam, Jean de Croy, Jean de Créquy, Bâtard de Saint-Pol et bien d’autres.

Elle, était accompagnée du Duc d’Alençon, du Comte de Vendôme et d’un chroniqueur du nom de Perceval de Cagny. Le roi, Charles VII était alors dans une bourgade, non loin, du nom de Baron.

Il me dit que lorsque le regard de Jeanne se posa sur lui, il ressentit un grand bouleversement. Elle s’adressa à lui comme on parle à une personne, presque à un ami, et pour la première fois sans un geste de recul dû à son apparence. Cette sensation qu’il chercha depuis longtemps, celle que l’on éprouve lorsque l’on souhaite des amitiés saines, lui réchauffa le cœur. Et c’est naturellement qu’il partit avec elle au plus haut du soleil vers Crespy-en-Valois.

Il mena sa route la plupart du temps avec Perceval qui lui donnait doucement le goût de l’écriture. Ce dernier bien heureux d’avoir cueilli une âme parfaite pour s’occuper convenablement de son cheval, et bien malgré ces temps difficiles, ce scribe trouva toujours un moment pour lui en enseigner quelques rudiments de notre bon français.

Messire de Cagny comprit relativement vite que le roi abandonnait doucement celle qui l’avait mené jusqu’au trône. Notre Chanoine Richard était présent également lorsque les Bourguignons capturèrent Jeanne à Compiègne le 23 mai de l’année suivante. 6 heures après le midi, elle avait été prise avec plusieurs capitaines, chevaliers, écuyers dont lui. Libéré, il continua de marcher avec elle. Il vécut ensuite sa vente, l’acharnement de l’évêque de Beauvais afin qu’elle soit jugée et condamnée, son procès et son calvaire de martyre.

Il en voulut à Dieu de ne l’avoir pas sauvé des flammes de l’enfer. Notre Sainte Église Catholique lui apparut dans tout ce qu’elle avait de plus ignoble.

Il la suivit jusqu’à Rouen, lieu où l’évêque de Beauvais demanda que sa cause fût entendue. Il y fut assisté de frère Jean Magistri, de l’ordre des frères prêcheurs, vice-gérant de frère Jean Graverant, inquisiteur général de la foi et de messire Jean Estinet, évêque de Bayeux.

Notre pauvre Jeanne étant tant investie de la parole de Dieu supplia d'assister à la messe, ce qui lui fut refusé, car elle portait des habits d’homme. On lui demanda si elle avait vu des fées, elle dit que non, que c’était Sainte Catherine qui se présenta à elle ainsi que Sainte Marguerite et qu’elle prenait conseil d’elles.

Le moine Richard était très affecté au moment où il me conta le procès, mais cette émotion n’était en rien comparable à celle qu’il me montra lorsqu’il parla de son supplice.

On l’exposa en premier lieu sur un chafaud public, où après avoir été sermonnée elle annonça dignement qu’elle se soumettrait au jugement de Dieu et de notre Saint-Père le Pape. Voyant que l’on ne l’écoutait point, elle fit une abjuration publique ce qui lui valut une nouvelle sentence. Elle fut condamnée à vie à la prison. À ce moment-là, il se dit que Dieu n’avait point abandonné cette femme et qu’un autre espoir était permis. Mais sa joie fut de courte durée. Dès lors elle reprit ses habits de femme, mais ce qu’ourdirent ses juges fut machiavélique.

On la renvoya dans une prison les fers aux pieds avec ses vêtements d’homme près d’elle. Dès qu’elle fut seule, elle fit pénitence de son abjuration et reprit son accoutrement masculin, investie de la pensée de Dieu et conseillée par les Saintes qui l’accompagnaient encore.

Elle fut aussitôt déclarée hérétique et relapse et fut condamnée en toute hâte. Comme la morsure des flammes ne suffisait pas aux Normands pour l’assouvissement de leur haine, ils lui firent mettre une mitre avec les inscriptions « Hérétique, relapse, apostate, idolâtre ». Au-devant d’elle un écriteau empli d’injures et de contumélies. Un pieu de plâtre sur le chafaud fut placé afin de ralentir sa combustion. Sa robe brûla rapidement pour ne laisser entrevoir que son corps nu. Lorsque cette vision eut assez duré, l’exécuteur des hautes œuvres raviva le brasier de justice.

Puis le chanoine se tue un long moment

Il m’expliqua ensuite que sa décision d’entrer dans les ordres fût prise pour de mauvaises raisons. Non pas par amour pour notre Dieu divin, mais pour trouver réponse à cette question : « Pourquoi le Très-Haut a-t-il permis cette injustice ? ».

« Dieu a différentes façons d’appeler à lui ses enfants » lui rétorquais-je.

Il pensa d’abord au calvaire du Christ. Mais le martyr de notre sauveur avait pour raison de nous délivrer de nos pêchés. En ce qui concerne Jeanne d’Arc, sa mort ne servait à rien.

Il se rendit ensuite au procès de réhabilitation de la pucelle d’Orléans en l’an 1455. Bien que les vérités fussent enfin acceptées, ceci ne suffit pas à soulager sa peine.

Et le voici céans avec ses tiraillements et ses démons, demandant grâce à Dieu de lui accorder la bonté afin qu’il soit juste pour son prochain. Il se console en se disant que sans nul doute, Jeanne vécut pour appeler à Dieu quelques un de ses enfants perdus. Sans cette rencontre, il n’aurait point connu la félicité de l’amour de notre Seigneur tout puissant.

 

17juin 1481

 

Prière

 

 

 

Vrai Dieu, souverain Roi des rois, de par la pitié supernelle.

Voici trois ans que notre bon évêque s’occupe de mon bien-être. Il a choisi cette date anniversaire pour me présenter le nouveau chanoine qui dirigera l’Abbaye de l’Île de Toussaints. Il nous dira les messes et fera les confessions en son absence. Mais mon Dieu, il part ! Mon Seigneur de Saint Géran s’en va sur Paris en me laissant ce personnage de bien vilaine apparence.

Outre son physique disgracieux, le moine Guillaume n’eut pas l’air réjoui de sa venue. Il sent en lui quelque chose de malsain et m’a supplié de m’en méfier.

« Avez-vous vu cet être bas et hideux, sans, sans consistance, qui arrive afin de perturber notre tranquillité ?

– Grand Dieu oui mon ami.

– Il a des aspects bestiaires avec ses petits yeux rapprochés. Il a le visage d’une fouine.

– Frère Guillaume ! C’est un homme d’Église !

– Certes, mais ses oreilles, avez-vous vu ses oreilles ?

– Velues tout comme ses phalanges.

–  Il est ventripotent et mesure à peine 5 pieds de long. Ses mains toucheraient presque ses genoux sans qu’il ne se penche. C’est bien simple, on dirait un primate.

–  Qu’il ne croise pas mon père, ils pourraient rendre son effigie à l’une de ses gouttières. »

Puis nous nous sommes mis à rire. Mais mon ami le moine se repris rapidement et sorti prestement de la bibliothèque.

Il est très différent depuis la fête du may. Je le sens s’éloigner de moi comme si je portais la marque du diable. Parfois même je lui trouve une humeur coléreuse. Il garde ses distances, il se trouve toujours plus d’une coudée entre nous. Curieusement, depuis quelque temps, il se rend à la bibliothèque lorsque je suis en prière. Aujourd’hui cela faisait plus de 10 lunes que je ne l’avais point vu.

Seigneur, j’ai honte de m’être conduite ainsi et d’avoir été médisante au sujet du nouveau chanoine. Et il n’est pas non plus dans l’habitude du Moine Guillaume d’être aussi peu Chrétien. De fait, je pense qu’il est un peu jaloux, car il ajouta : « Il a l’honneur d’être vêtu de la pèlerine noire des bénédictins, et non, comme moi, d’une simple cuculle de laine que je suis obligé de garder également la nuit. Même sa manière de se déplacer prête à rire. À chaque pas, il penche d’un côté ou de l’autre comme s’il était vinifié. Sa voix monte dans les aiguës et déraille sans cesse. Ce n’est pas une voix d’homme honnête ».

Il est vrai que toute l’apparence de ce nouvel homme d’église que vous mettez sur ma route est grossière, pourtant il s’exprime d’une façon fort remarquable. C'est malgré tout une personne extrêmement érudite, qui a été choisie par notre bon évêque. Je me dois de faire confiance en son jugement. Cependant, mon ami moine a semé le trouble dans mon esprit, car il ajouta :

« Alayone… Il ne doit en aucun cas devenir votre confesseur.

–  N’ayez aucune inquiétude Frère Guillaume, j’agirais avec lui comme je le fais lors de mes confessions avec l’évêque de Chalons. Nos secrets ont été épargnés des oreilles de Messire de Saint Gérant ils le seront également des oreilles de ce chanoine, qui par ailleurs ne doit pas ouïr grand-chose avec ce mur de poils qui lui cache les tympans.

–  J’espère qu’il ne sèmera pas le trouble dans l’esprit de Messire Geoffroy, j’ai eu grande peine à gagner sa confiance, je ne céderais pas ma place à cette espèce de figure primitive.

- Que dîtes-vous là mon ami ? Notre bon évêque a toute certitude en ce qui vous concerne. Votre amitié lui est chère. N’ayez aucune inquiétude à ce sujet. »

Le chanoine Richard a le regard fuyant et cela me glace les sangs. Sa façon de porter sa pèlerine, toujours bien tombante sur le front, comme s’il avait quelque chose à cacher, est inquiétante. Sa voix nasillarde est dérangeante et ne donne pas envie de l’écouter. Pourtant je ne sens aucune malice en lui lorsqu’il s’exprime, je le penserais même plutôt bienveillant si le moine Guillaume ne m’avait pas mise en garde sur la sournoiserie probable de cet individu.

Dieu qui êtes en Trinité, gardez-moi de juger mon prochain.

Amen

 

© Le roman a fait l'objet d'une procédure de protection des droits d'auteur auprès de l'INPI 

Episode 5 le may 1

 

Illustration : Sandra GADRET


(1)  Le premier jour du mois de mai, on avait coutume de planter (esmayer) un arbre appelé « may ». Les jeunes gens le décoraient. Parfois une branche était posée à la porte d’une damoiselle par un prétendant. (Retour à la lecture)

(2) La tour de Montépilloy à quelques kilomètres de Senlis dans l’Oise. Jeanne d’Arc y aurait séjourné une matinée avant de partir en Bataille contre les Bourguignons. Ce sera l’une de ses dernières batailles. Il existe des écrits de Perceval de Cagny, chroniqueur du Duc d’Alençon à ce sujet. (Retour à la lecture)

Vous procurer le roman dans sa totalité.

Vous trouverez toute une série de conseils en écriture publiés sur l’année 2017.

Les membres du site ont pu durant cette année voir illustrer ces conseils au fil de l'écriture du Malleus.

Aujourd’hui, l’auteure a publié son roman. Vous ne pourrez donc en lire sur le site que les premières pages. Les conseils, quant à eux, resteront consultables.

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Commentaires (1)

misslou
  • 1. misslou | 05/04/2017
Je commence à m'attacher à cette jeune Alayone, je partage sa fascination pour les loups et je me réjouis car celui-ci est présenté comme pacifique. J'aime beaucoup cette partie, mais "je le vis. Le loup" c'est un peu trop rapide à mon goût, on aurait dû faire "mariner" un peu le lecteur...! (à noter 2 fautes de frappe une DE ses pattes et à A peine, un peu plus loin)

Je salue le style toujours fluide, le vocabulaire recherché. Mais quelle bouffée d'air quand même, quand arrive le dialogue. J'aime bien ce passage là aussi, et on s'inquiète de voir Alayone bientôt sous la tutelle d'un aussi sombre personnage, le Chanoine Richard. Bravo pour cet apport d'un nouveau personnage.
Par contre, même si j'ai un faible pour Jeanne d'Arc, le paragraphe ressemble trop à un cours d'histoire. Ce rappel historique a-t-il son importance pour la suite ?
Pour la suite, j'aimerais imaginer que Guillaume et Alayone puissent se rapprocher... mais à cette époque ce serait sacrilège !! Et j'aimerais bien aussi qu'Alayone ait la force de partir, si ce Chanoine Richard est trop mauvais...merci, à bientôt pour la fin du 1er chapitre donc...

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