Roman partagé - Le réveil / Mon conseil en écriture : Pourquoi ?

Bonjour,

Alayone se réveille et avec elle un flot de tristesse...

Mon conseil en écriture du jour pour devenir un bon écrivain : répondre à la question "Pourquoi ?"

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Marie-Laure

Episode 7 le reveil

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MA DÉMARCHE - MES CONSEILS - Mon conseil en écriture d'aujourd'hui : répondre à la question "Pourquoi ?"

Pourquoi ?

C’est la question que je dois me poser sans cesse. Pourquoi se passe-t-il cela ? S’il n’y a pas de raison, c’est inutile de continuer. Ecrire pour remplir des pages va très vite ennuyer le lecteur.

Cette question anodine peut également vous éloigner du syndrome de la page blanche. Elle pourra vous faire rebondir sur un après.

Pourquoi cette question ? Parce qu'elle fait avancer le roman.

Pourquoi alors cet épisode d’aujourd’hui ? Parce qu’elle vous montre la fracture. C’est l’un des plus importants. Toutes les fondations sont posées : Les lieux, les personnages, et l’instant où tout à basculé.  A partir de là, l’histoire prend toute sa dimension, l’histoire peu donc commencer.

(Retrouvez quelques documents et illustrations de recherche sur le compte pinterest du site Pinterest)

Le roman

Nos fusils l’entouraient en sinistre croissant.
Il nous regarde encore, ensuite il se recouche,
Tout en léchant le sang répandu sur sa bouche,
Et, sans daigner savoir comment il a péri,
Refermant ses grands yeux, meurt sans jeter un cri.

 Alfred de VIGNY

 

16

janvier 1482

 

 

Journal du comte Geoffroy Soreau de Saint Géran, évêque de Chalons

 

 

Le ciel semblait porter tous les diables et nous sonnions les nonesLoup lorsqu’un grand fracas se fit entendre dans la cour du château. Je crus d’abord à des coups de tonnerre. Les villageois hurlaient. Une sorte de hargne mêlée à de la joie colorait l’aura de la petite troupe qui occupait le baille (1).

Je le vis, sous l’orage. Le moine Guillaume transfiguré par le diable, empourpré de la tête aux pieds du sang du loup, le portant, raidi, sur ses épaules. Il le jeta à terre avec violence et dédain dans la boue qui transperçait ses chausses. Il venait de terrasser l’ennemi. Mais en finalité, laquelle de ces deux bêtes était la plus enragée ?

C’est le moment que choisit Alayone pour ouvrir les yeux. Avait-elle senti la présence du moine ou de l'animal ?

Guillaume hurla « Le loup est mort ! Nous l’avons eu par la grâce de Dieu ». Et la pluie retomba de plus belle. Glacée tout comme le vent qui balayait la cours faisant remonter les relents ferreux du cruor.

À cette annonce la petite suffoqua. Elle voulut larmoyer, mais son regard était sec. Vitement, elle désira se lever, Amaury la contraria en la prenant dans ses bras. La fillette était si faible qu’elle n’exerça aucune résistance. Elle regarda son père un moment dans un souffle saccadé. La pièce était chaude et sombre, l’image de son père s’effaça lentement de l’esprit d’Alayone puis elle se détacha du monde. J’imagine qu’elle vécut de nouveau sa lutte. Elle mit ses mains tremblantes sur son visage, elle suffoqua, des sanglots restaient prisonniers de sa pauvre gorge meurtrie. Elle voulu parler, des mots s’échappaient de ses entrailles meurtries. Elle si affaiblie et cette voix si rauque.

« Soyez calme ma fille, lui dit doucement Amaury, par pitié soyez calme.

– Père, le loup, il n’était point en faute.

– Vous vous fatiguez, n'y songez pas, reprenez vie gentiment, il sera temps plus tard de pleurer votre loup.

– Vous seul me comprenez Père… J’ai mal, mon visage et mon cœur me tiraillent.

– Buvez ma fille, buvez ce sirop de miel, Dame Cunégonde vous en nourri depuis plusieurs jours, il vous faut boire pour votre mieux »

Elle absorba difficilement le breuvage que lui présentait son père. Ses lèvres étaient craquelées et le liquide lui enflammait la gorge. Elle toussota et s'assoupit doucement.

J'observais par la fenêtre, le moine Guillaume qui s’apprêtait à placé le loup en haut d’une pique, je lui intimais l’ordre de n’en rien en faire. L'animal était mort il était inutile d’y apporter plus de vaine souffrance. Il me fixa, mais son regard était vide, il semblait exténué.

 

17janvier 1482

 

 

Journal du comte Geoffroy Soreau de Saint Géran, évêque de Chalons

 

 

Le moine Guillaume est souffretant. Sa nuit, semble-t-il, a été très agitée. Le médecin a diagnostiqué une grande fatigue. Nous l’avons donc asservi à son lit.

Alayone reprend doucement ses esprits. Encore faible, nous ne souhaitons pas qu'elle éprouve son reflet. Tous les miroirs ont été déplacés. Nous repoussons ce moment où elle devra souffrir de la vérité.

Elle eut une requête singulière que je n’ai pu lui refuser. La petite m’a supplié de faire confectionner un vêtement avec la peau du loup. Elle n’a de cesse de nous dire qu’il n’était pas responsable de ses blessures, que c’était un animal brave et aimable. Je pense comprendre que le moine Guillaume a défié ce chien sauvage et que la bête voulut défendre la petite. Elle ne se remémore que le moment où elle s’est interposée entre le moine et le loup, ensuite, il lui avait semblé sombrer et s'enfoncer dans le sol.

Je m’entretiendrai avec notre bon Guillaume dès qu’il sera plus vaillant.

J’ai prié le chanoine Richard d’apprivoiser doucement notre Alayone. "Apprivoiser"... Il n'y a pas de terme plus approprié. La bonté et la souffrance dont il fut victime le mèneront à mieux appréhender les futurs tourments de la petite. Que se passera-t-il lorsqu’elle comprendra qu’elle a perdu sa grâce.

 

18janvier 1482

 

 

Journal du comte Geoffroy Soreau de Saint Géran, évêque de Chalons

 

 

Quel déchirement, comment Dieu a-t-il permis cela.

La petite s’est levée et elle a vu son reflet dans la fenêtre. Un cri inhumain a parcouru les murs du château. Dame Cunégonde est accourue. Alayone à genoux se griffait le visage avec rage. Elle semblait hors d’elle-même. La soigneuse a plaqué la pauvre fille au sol en hurlant pitié et aide. J’étais dans ma chambre, occupé à diverses correspondances. J’ai paru prestement et tenté de calmer ma douce enfant. Ses pleurs auraient lacéré les cœurs les plus insensibles, son visage de nouveau ensanglanté, grand Dieu ! L’épouvante m’étreint. Je pris la pauvre petite tout contre moi et implora que le médecin arrive céans. Dame Cunégonde que le spectacle dégorgeait était satisfaite de pouvoir sortir de la pièce afin de se rendre utile d’une autre façon.

J’étais assis sur le sol, Alayone était recroquevillée sur mes cuisses, serrée tout sur mon cœur. Mes bras l’enveloppaient et je lui caressais les cheveux. Je déposais quelques baisers sur le haut de sa tête tel un père pour son enfant. Elle avait déjà tant souffert. Durant toutes ces années, je n’aspirais qu’à lui rendre la vie agréable et douce. Je n’aurai pas dû. Elle n’était pas préparée à devoir surmonter une telle tragédie. Je lui prononçais des mots réconfortants et nous sommes restés là, dans la pénombre de la pièce, la berçant jusqu’à l’arrivée du médecin.

Quelques sutures avaient cédées, le mire(2) dut reprendre son aiguille. Mais cette fois ce fut moins aisé, Alayone souffrait énormément et chaque piqûre lui faisait sortir un geignement mal contrôlé. Que de courage en cette petite !

On lui donna une décoction réconfortante et elle dormit comme une enfançonne.

Il nous fallait rétablir les cataplasmes d’argile et cette fois, agrémentés d’essence d’aloe vera.

 

20janvier 1482

 

Journal du comte Geoffroy Soreau de Saint Géran, évêque de Chalons

 

 

 

Voici deux jours que la petite est installée dans une sorte mutisme. Plus rien de la touche. Le moine Guillaume quant à lui se remet doucement et semble expier ses fautes dans la prière.

Le chanoine malgré sa patience ne parvient à rien. Il pense que sa propre laideur renvoie à Alayone le reflet d’elle-même et que cette image lui fait horreur. Elle dénie sa nouvelle apparence. Mais je crois profondément que c'est la mort du loup qui l'afflige. Son regard est le même que le jour où nous avons mis en terre la pauvre Batilde. Alayone est endeuillée, j'en suis assuré. Le chanoine pense qu'il sera plus utile lors de sa phase d’acceptation si toutefois la petite sort de ce mauvais rêve et nous revient.

Elle ne semble être apaisée qu'en la présence son père qui fait bonne figure. Amaury est anéanti, le médecin lui prodigue également quelques soins. Dame Cunégonde fait de son mieux, mais est aussi très affectée. Elle est avec la pauvrette comme une mère oie.

Il m’apparaît qu’une amitié sincère soit née entre la petite et sa soigneuse. Lorsqu’elle est présente, l'enfante semble plus sereine. Mais ma brave Cunégonde me l’a confirmé : Alayone ne parle plus, pas même à elle.

 

 

1

février 1482

 

Journal du comte Geoffroy Soreau de Saint Géran, évêque de Chalons

 

 

 

Après de longues hésitations, je tins ma promesse.

Le peaussier chargé de dépecer la bête me dit qu’il n’avait jamais vu plus belle peau. Le pelletier m’avoua ensuite qu’il avait eu vent de l’histoire de la jeune fille survivant au loup. Il trouva drôle qu’un évêque ait telle requête, mais la fourrure était si remarquable qu’il mit du cœur à l’ouvrage et confectionna avec grand soin un peliçon(3). Il présumait également que la petite serait émue de porter un tel trophée. Par ce grand froid, il tombait à point nommé. Ces vêtements sont portés par les damoiselles de qualité et j’ai pensé que ce serait plaisant à ma protégée que d’en posséder un.

J’apportais donc ce nouvel habit à Alayone l’informant que je gardais une partie de la fourrure non utilisée afin que cette parure puisse grandir avec elle.

Les pleurs que retenait la petite depuis des jours dévalaient ses joues. Elle accrocha mon regard et prononça ces mots : « Jamais ce loup ne m’aurait fait de mal » puis elle écrasa son visage dans le pelage gris-bleu de la bête sacrifiée.

Alayone venait de rompre son silence.

 

23

février 1482

 

Journal du comte Geoffroy Soreau de Saint Géran, évêque de Chalons

 

 

 

Alayone semble se porter mieux, elle se lève, parcourt les couloirs du château et se promène dans la cour. De temps à autre elle se rend aux écuries ou sur la tombe de sa pauvre mère. Le médecin a ôté tous les fils qui maintenaient ses plaies. Deux longues cicatrices sont très visibles et lui balafrent tout le côté gauche du visage. À droite elle a été plus épargnée, seule une petite boursouflure est perceptible au coin de la bouche. L'homme de science m’a soutenu qu’en grandissant elles se feront plus discrètes, mais elles resteront néanmoins bien présentes. Ces beaux yeux verts devraient nous les faire oublier et son merveilleux sourire ne sera pas altéré par la fine entaille à l'angle de ses lèvres... si peu qu’elle affiche de nouveau de la joie sur son visage.

Ce qui m'attriste profondément est qu’elle ne prie plus. Elle si pieuse auparavant, n’a pas encore foulé le parvis de notre petite chapelle. Et je dois partir bientôt. Elle ne fréquente plus la bibliothèque. Elle ne prononce que très peu de paroles.

Le moine Guillaume est revenu parmi nous tel qu’il était avant ce tragique événement. Sa dernière confession a été bouleversante. Il m’a de nouveau conté les faits, mais en y ajoutant son ressenti. Il semblait possédé, et par la grâce de Dieu, il a retrouvé le chemin de la parole divine. Je l’ai assuré le garder avec moi à Paris, que point je n'avais changé d'avis. Il m’en a montré une grande reconnaissance. Il n’a pas cherché à revoir Alayone et la petite n’a pas émis le souhait de le rencontrer non plus. En plus de se détourner de Dieu, je pense qu’elle nourrit inimitié naissante envers notre moine.

Les tragédies changent les hommes, en mieux ou en pis. Je crains qu’Alayone ne se perde dans les méandres de la peine avec tout son flot de colère et d’incompréhension. Il me faut la ramener sur le chemin de notre Seigneur avant mon départ pour Paris. Ceci s'annonce insoluble, mais pas sans espoir. Je crois en la puissance Divine.

 

5

Avril 1482

 

Alayone sur la tombe de sa mère

 

 

 

Bien le bon jour ma Mère, j’espère que vous êtes heureuse dans votre paradis…

L’évêque de Chalons est parti hier très contrarié. Je ne parviens plus à me rapprocher du Seigneur Dieu. Ma colère ne décroît pas. Il était accompagné du moine Guillaume que je n’ai pas revu depuis le jour funeste. Grand Dieu, comme Messire de Saint Géran va me manquer !

Mon père va mieux, il taille de plus belle. Son travail l’empêche de songer, mais je le sens perturbé. Je me suis rendue hier sur le chantier. J’avais besoin de retrouver quelques une de mes habitudes et celle-ci était l’une de mes préférées. Il a fait poser une gouttière à l’effigie d’un homme terriblement tourmenté et de tête hideuse. Sa bouche était invraisemblablement ouverte. Soit le personnage se trouvait dans un excès de folie soit il était effrayé. Les gargouilles sont par définition horribles, mais celle-ci en plus d’être particulièrement abominable tenait tout contre lui une sorte de figurine dont la tête était fixée sur un bout de bois.

Je suis retournée au village pour la première fois depuis longtemps, depuis Le May, je crois. Je songeais à y rencontrer Jean ou Thomas. J’appris de leur bouche que le père d’Audoin avait été tué par le loup lors de sa traque. Mon désarroi à l’annonce de cette nouvelle n’a pas semblé émouvoir les jeunes garçons.

Ils avaient les yeux portés sur mon peliçon. Ils pensent que je l'exhibe comme une sorte de trophée, et je ne les sens pas à l’aise avec cette vision. Je les laisse imaginer que c’est mon droit de le revêtir puisque j’en ai été la première à en souffrir. Ils ne comprendraient pas mon amour pour le loup.

Rien n’est plus comme avant ma Mère. Les jeunes damoiseaux n’attendent plus rien de ma compagnie, les feux galants du mois de mai sont bien éteins. Je suis celle qui leur rappelle la mort du fermier, celle qui en porte les stigmates sur le visage, celle qui porte la peau de la bête. Je suis la fille au loup.

 

© Le roman a fait l'objet d'une procédure de protection des droits d'auteur auprès de l'INPI 

 

Episode 7 le reveil

Illustrations : Sandra GADRET


(1)  Le baille : Terme médiéval. Cour entourée d’une enceinte. (Retour à la lecture)

(2) Le mire : le médecin (Retour à la lecture)

(3) Peliçon : Vêtement fait de peaux conservant le poil, destiné à garantir du froid. Sorte de cape à capuche, avec manches. Portés courts ils étaient généralement doublés d’hermine.​ (Retour à la lecture)

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Commentaires (2)

mlkonig
Un autre commentaire peut-être ? Pour savoir si je me suis vraiment plantée sur ce passage ou si c'est juste le manque de dialogue (ou peut-être la mort du loup) qui fâche notre Misslou ?

C'est effectivement la fin de notre premier chapitre et la réponse à vos questions n'arriveront qu'à la fin du livre sous peine de trahir quelques une de mes intentions. Je ne suis pas fan des dialogues et il peut y avoir de longs récits importants pour le déroulement de l'histoire. Ici, nous sommes dans le creux de ma "dent de scie" c'est pourquoi la tension se fait moindre (lecteur, reprenez votre souffle...), mais la dernière phrase nous laisse penser à un "après" différent. J'ai bien entendu ce que vous me dîtes Misslou, je pense juste qu'il faut que j'ajoute un peu de tonus à cet épisode, mais pas forcément dans des dialogues.

Je vous livre ici la version "bêta" du roman qui serait vraisemblablement remaniée.

À bientôt

Marie-Laure
misslou
Alayone se réveille et avec elle, un flot de tristesse.... en effet, il ne s'en passe guère plus dans cette page... Sans doute est-elle nécessaire pour comprendre le profond changement qui s'opère dans la tête de notre jeune héroïne (en même temps que sur son visage) ?
Mais c'est quasiment toujours le Comte Geoffroy qui raconte, pas de dialogue. On n'apprend pas ce qui s'est réellement passé car on suppose bien que ce n'est pas le loup, la cause de ce désastre. On ne l'apprend pas et on n'a pas droit non plus au début de l'histoire de "notre nouvelle Alayone", meurtrie, transformée.... L'auteur fait bien patienter le lecteur !! Le style, la langue sont toujours recherchés, mais cela ne suffit plus à nous captiver assez... Est-il fini ce premier chapitre, que vite reprenne un second chapitre, où l'on s'éloigne un peu du château, un autre lieu peut-être, où les questions trouvent leurs réponses, on l'espère et où l'avenir d' Alayone commence un peu à se laisser deviner.... A mercredi prochain...

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