Roman partagé - Le voyage/Conseil : décrire un lieu

Bonjour,

Alayone quitte Paris... Dans quelles conditions ?

Bonne lecture et n'hésitez pas à publier vos commentaires.

Marie-Laure

Episode 25 le voyage

Lire uniquement le roman – Page 25

MA DÉMARCHE - MES CONSEILS : Décrire un lieu

Décrire un lieu

Il est parfois difficile de bien décrire un lieu et encore plus lorsqu’il s’agit d’un lieu que l’on imagine.

Si le lieu existe, je vous conseille de prendre des photographies, des images réelles, prenez tout ce qui se présente, peut-importe la beauté de l’image, tous les points de vue compte. Un ensemble et des détails, votre description n’en sera que plus réaliste.

Si ce lieu n’existe pas, vous pouvez essayer de le dessiner, de le construire avec un bout de ci ou de ça, des images prises à gauche et à droite afin de le visualiser.

Puis pensez à quel moment se situe l’action : en été, en hiver, le soir, le matin, pensez à l’ambiance, aux odeurs, peut-être est-ce un lieu historique, que c’est-il déjà passé à cet endroit… et surtout, souvenez-vous que vous avez cinq sens. Puis chercher dans vos champs lexicaux un maximum d’adjectifs qui pourraient correspondre au lieu et à l’ambiance. Notez tout, vous ferez votre tri ensuite.

Une fois bien imprégné du lieu, attachez-vous à vos personnages : comment se sentent-ils dans ce lieu ? Souvenez-vous que les décors peuvent rendre de l’intensité dans l’action.

En ce qui concerne Alayone et Tristan, je me suis attachée à rendre le lieu malpropre et inapproprié à un rendez-vous amoureux. Pourtant, en y ajoutant de la chaleur et une douce lumière, l’amour qu’éprouvent les deux personnages s’en trouve renforcé dans le fait qu’ils n’ont pas tenu compte de la saleté et de l’inconfort de l’endroit pour se donner l’un à l’autre. Si la maison avait été correcte, l’intensité du moment s’en serait trouvée peut-être moins important. Les odeurs étaient présentes avec l’humus, l’humidité, la menthe, l’alcool, le touché était représenté par la chaleur, le goût grâce au boire d’amour, l’ouïe par le crépitement du feu et peut-être le hurlement des loups et tout le reste était visuel.

(Retrouvez quelques documents et illustrations de recherche sur le compte pinterest du site Pinterest

 

Le roman

6 février 1488

 

Le chat

 

 

 

 

Depuis leurs retrouvailles Tristan paraît chaque soir au petit pré aux clercs. Lorsqu’il voit Alayone juchée en haut de ses murailles, il s’incline et repart. Ainsi il lui montre qu’il ne l’oublie pas. Ses pèlerinages et la discorde avec son père, le baron de Montfort, lui avait fait perdre le souvenir de l’essentiel : le chagrin de sa bien-aimée emprise aux doutes d’une longue absence et de nouvelles inexistantes. Le petit Filibert était également étroitement surveillé et ce rendez-vous de chaque soir ne tarda pas à en irriter quelques-uns.

Ma maîtresse faisait l’objet de suspicions de la part du comte de Chalons et il organisait le départ d’Alayone avec frénésie afin qu’il se fasse le plus prestement possible. Elle réussit toutefois à le retarder en prétextant qu’elle souhaitait une dernière fois servir son prochain lors de la foire de Saint-Germain-des-Prés. Ceci lui fut acquis à la seule condition qu’elle soit partante dès le lendemain de la fin des festivités.

Inenvisageable de prévenir Tristan et, chaque jour elle priait Dieu de lui accorder le miracle de son voyage pour Sarry.

Elle ne revit pas frère Guillaume et elle s’en voulut atrocement de l’avoir oublié lors de la fête des fous surtout qu’elle connaissait l’issue qu’il souhaitait donner à cette nuit de déraison.

L'hui (1) est le premier jour de la foire de Saint Germain et c’est sous une mal froidure que ma maîtresse dut écrire des brefs à demande. Les doigts gelés elle résistait dans l’espoir d’y apercevoir Tristan. Mais quand bien même il apparaîtrait, des moines tout dévoués à l’abbé montaient bonne garde. Un frocard sur la droite vendait miel et produits dérivés et un second  sur la gauche, proposait le vin de l’Abbaye. Puis vint le moment où les deux éventaires furent pris d’assaut par quelques dizaines d’étudiants. Les religieux, heureux de faire leur pain béni ne prêtèrent pas attention à l’un des leurs qui s’approchait d’Alayone. Le comte de Saint-Géran aurait-il prévu du renfort ?

– Dieu y soit Damoiselle. J’aurais un bref à remettre à un miens ami, aurez-vous le courage de me l’écrire ?

– Tristan !

– Doucement ma Mie, on nous surveille de toute part… lui chuchota-t-il. Puis reprenant une voix de gaillard bien bâti, il dit : je vous dicte la missive…

– A votre vouloir mon frère…

« À l’attention de Monsieur de Troyes, vivandier (2) de son état

Je vous prie, selon les accords conclus avec notre commun ami le Sieur de Roussin (3) de préparer quelques effets personnels afin que vous puissiez, sous bonne garde et dès les prochaines sextes, prendre le départ. Sieur de Roussin vous fait savoir que les temps risquent d’être ingrats et vous conseille, sans vous alourdir, de penser à vous vêtir de chaude façon, car le voyage s’annonce pénible.

Votre escorte vous attendra munie d’un passe-droit depuis l’hôtel de Roussillon, rue du Four, c’est là que débutera votre route.

Que Dieu vous prête aide dans ce voyage.

Frère Marc »

Alayone tendit son écrit au jeune moine qui le relut.

– Damoiselle, vos doigts sont fort endoloris et votre lettre en est indéchiffrable. Il ne faudrait pas vous affaiblir. Gardez ce parchemin et rentrez vous réchauffer. Si vous allez à votre fin, vous ne serez plus utile pour quiconque.

– Je ne puis frère Marc, si point je ne reste, on m’enverra prestement faire un voyage qui ne me sied guère. Monsieur de Troyes à bien de la chance d’entreprendre de parcourir des lieux, aussi pénibles s’annoncent-ils, pour son bon plaisir.

– Damoiselle, qui vous dit que votre trimard (4) de demain ne saurait pas vous satisfaire ? Il prononça ces mots en lui tendant son bref accompagné d’une légère œillade. Elle comprit. Il partit.

 

7février 1488

 

Prière

 

 

 

 

Vrai Dieu, souverain Roi des rois, de par la pitié supernelle.

À vous ne plaise Seigneur Dieu, à sexte, j’entreprendrai un grand voyage. Puissiez-vous également prendre soin de nous. Il me faut emporter tant de choses, mes pierres à venin (5), mon encrier, mes livres, mes peignes, les remèdes d’Hildegarde, de l’épeautre. Je ne puis tout prendre, il me faut faire des choix. Seigneur, guidez-moi.

Saurais-je monter à cheval ? Je n’ai de toute ma vie posé mon séant que sur le dos d’étoupe.

Mère de Bigen avait raison, me confier à vous me procure tant de bien et pourtant je cours vers d’autres engagements. Me pardonnerez-vous ? Me soutiendrez-vous ?

Dieu qui êtes en Trinité, que ne veillerez-vous sur Tristan ? Je prie afin qu’aucun malencombre ne survienne. Vous êtes amour et bonté et je crois que vous accorderez aux deux jeunes gents qui vous supplient de pouvoir s’unir sous votre regard éternel et bienveillant.

Amen

 

7février 1488

 

Le chat

 

 

 

 

Ma petite maîtresse est sortie comme son habitude avec son peliçon de loup. Prétextant le grand froid dont elle souffrit la veille, elle superposa moult vêtements et, sous sa robe de laine, avait caché un sac contenant ses pierres, quelques herbes, diverses notes et recettes d’Hildegarde et son encrier. Elle paraissait avoir pris au moins quarante marcs (6). Mais, sous cette grande froidure, il n’étonna personne qu’elle se couvre autant.

C’est ainsi qu’elle se rendit à son étal peu avant tierce. Le temps lui sembla long jusqu’à sexte. Avant que ne sonne les cloches du déjeuner, elle se leva disant que, comme la veille, souffrir du froid et préférer retourner à l’abbaye. À ce moment précis, une dizaine d’étudiants virent perturber les deux moines missionnés de sa surveillance. Puisqu’elle affirme se mettre au chaud, autant servir bien les jeunes damoiseaux…

Elle arriva rue du Four et Tristan l’attendait avec un roussin, besaces déjà grandement chargées.

– Ce n’est pas un destrier (7) et il est plus robuste qu’un palefroi (8), il nous servira mieux. Ici, hors des murs de Paris nous ne craindrons aucun prévôt, mais il nous faut nous hâter. Montez ma mie, je le conduirais à la boucle pour nous sortir de la ville.

– Je vois Grizzli ! Il nous faut l’emmener.

– Comme bon vous semblera, mais de grâce, partons vitement.

– Je ne puis, vous devez me prêter aide et me libérer de mes impedimenta. (9)

– Évidemment, que ne suis-je nice (10) et malhabile homme. Mais où les portez-vous ?

Alayone souleva sa jupe en rougissant. Tristan, pour qui la surprise fut agréable lui répliqua :

- Il est vrai que ce doit être mal savourant que de garder ce sac entre vos jambes.

Elle monta sur le cheval et me serra tout contre elle. Tristan me regarda sans doute envieux et tenu la bride du jeune roussin jusqu’à l'orée de Saint-Germain-des-Près. Au sortir de la ville, il se mit en selle et je dus changer de position tant Alayone se serrait contre son cavalier. Et c’est ainsi que nous quittâmes cette ville infâme dans l’espoir de ne plus jamais y commettre une patte... et ce vœu fut pour moi une réalité.

 

14février 1488

 

Le chat

 

 

 

 

Tristan connaissait cette première partie du périple pour l’avoir parcouru lors de ses pèlerinages. Il semblait serein, mais je le sentais contrarié. Ils voyageaient trop lentement et il s'inquiéta que l’on ne suivît leurs traces. Alayone était très fatiguée et elle souffrait beaucoup du froid. Les auberges temporisaient l'atonie de sa mie, mais il lui fallut faire un autre choix. Aussi après sept jours de badauderie il décida de s’enfoncer dans la forêt et de quitter le confort et la chaleur des hostelleries. Il avait remarqué une maison d’ermite dans les hauteurs d’Ermenonville. Elle semblait inhabitée et surtout, ce serait un bon poste de guet. Il savait également que les loups ne tarderaient pas à les sentir, affamés par la rudesse de l’hiver, on pouvait déjà entendre leurs hurlements.

L’endroit était à l’abandon. Une vieille porte en bois, haute, épaisse, et vétuste, tenant à peine de ses gonds, en cachait l’ouverture. Le logis était fangeux, humide et sombre. Une forte odeur d’humus alourdissait l’air, seules deux petites fenêtres obstruées par de larges planches non jointes laissaient apparaître un filet de lumière. Mais il valait mieux rester dans l'obscurité de l’endroit plutôt que de servir de repas aux loups. Le logement étant malpropre, Tristan, par précaution, prit la liberté d'y introduire le cheval. Une table poussiéreuse, un banc crasseux et une paillasse qui semblait être la chacunière (11) de nombreuses bestioles n’étaient que seul confort de ce bouge. Mais il comportait une chose essentielle : une belle et grande cheminée. Le jeune homme étendit un drap de lin épais sur le lit et y fit s’allonger Alayone toute tremblante de froid.

– Je vais chercher du bois, tenez-vous blottie là, je fais aussi preste que possible.

Lorsqu’il revint, elle grelottait repliée sur elle-même. Il posa sur elle son mantel doublé de peau de lapin, chargea la cheminée et battit foisil (12). Dès que le feu fut à sa convenance, il se recoquilla autour d’elle. Lorsqu’elle fut réchauffée, elle s’endormit.

Bien du temps plus tard, Tristan se releva dans la noirceur de la nuit afin d’attiser l'âtre. Ma petite maîtresse ouvrit les yeux et le contempla assis devant la cheminée, il était pensif. Elle regarda autour d'elle, l'endroit aurait dû lui sembler austère, mais il n'en fut rien. Elle se leva, prit une buire (13) qui se trouvait là et après l'avoir méticuleusement nettoyée y versa quelques herbes.

– Pouvez-vous un peu d’eau chauffer ? Hildegarde me dit que c’est bon pour lutter contre le mal de l’hiver.

– Que sont-ce ces herbes ?

– De la menthe poivrée.

– Il est vrai que c’est un remède approprié. Je ne vous connaissais point ces talents de guérisseuse. Mais il manque un ingrédient indispensable à votre breuvage.

Il se leva et ramena une mignonnette.

– Puis-je en humer le parfum ? … Mais c’est de l’eau frelatée !

– Si fait, avec cela le froid ne nous atteindra pas cette nuit.

– Ma parole devant Dieu, chercheriez-vous à m’enivrer ?

– Ma merveilleuse, je souhaite juste vous garder en vie jusqu’à Sarry et doux Seigneur,  nous en sommes encore loin. Nous avons déjà tant souffert de cette attente qu’il serait dommage d’avoir les yeux virés maintenant (14).

Tristan lui servit son infusion, ils en goûtèrent tous les deux. Alayone se souvint du boire d’amoureux de Tristan et d’Iseult et elle fut troublée. Le jeune homme aperçu cet émoi qui la rendit un bref instant si désirable. Elle se mit à tousser « Parlesanbieu (15) ! ça vous réveillerait un mort ! ». Tristan, d’abord surpris par ce propos, fut très vite emporté par un fou rire et Alayone l’accompagna dans sa frénésie. Depuis combien de temps n’avaient-ils pas éprouvé une telle joie ? Les occasions de s’esclaffer furent si rares depuis l'arrestation de Gertrude. C’était un moment de grâce, de bonheur et de volupté et cet endroit fétide se trouva subitement fort chaleureux.

Alayone n’avait plus froid, elle était en compagnie de l’homme qu’elle aimait. Tous deux se turent et se dévisagèrent. Dans leurs yeux, mélancolie et joie battaient duel. Seul le crépitement du feu restituait un mélodieux faux silence. Les flammes illuminaient le visage et les iris verts d’Alayone. Les cheveux lâchés sur les épaules et son regard envoûtant la rendaient irrésistible.

Il s’approcha délicatement et posa ses lèvres sur les siennes. L’air était chaud et l’humidité des murs se faisait ressentir, Alayone avait une odeur suave et sa bouche semblait si douce à Tristan. Il prit sa tête entre ses mains et lui dévora la lippe. Elle répondait à ce baiser avec non moins de fougue. J’ai alors remarqué un moment de doute chez Tristan. L’espace d’un instant, il dut se dire qu’il n’en avait pas encore le droit. Elle éprouva sa réticence et rapprocha son corps du sien. Il sentait sa poitrine tout contre lui et sa respiration saccadée trahissait le désir qui montait en elle. Je ne suis qu’un chat, mais certaines odeurs nous dénoncent et il y avait un bon moment que je n’avais plus de doute sur ce qui allait se produire.

Tristan dit soudain :

– Inutile de mener grand duel : au diable la bienséance !

Et il la porta jusqu’à la paillasse faisant fi de l’inconfort et de la crasse. Emportés par leur passion commune rien ne leur importait plus que de s’aimer. Ce délit (16) sembla doux. Ce fut donc la mort de leur amour chaste et la naissance d’un sentiment nouveau : celui de l’appartenance.

Je quittais le logis. C’était le bon moment pour partir à la chasse.

 

© Le roman a fait l'objet d'une procédure de protection des droits d'auteur auprès de l'INPI 

25 le voyage

Illustration : Marie-Laure KÖNIG

 

 

  1. L'hui : aujourd'hui  (Retour à la lecture)
  2. Vivandier : intermédiaire qui vendait des vivres  (Retour à la lecture)
  3. Roussin : un roussin est un cheval qui porte les bagages  (Retour à la lecture)
  4. Trimard : route, chemin  (Retour à la lecture)
  5. Pierres à venin : au moyen-âge on les appelait « pierres à guérir »  (Retour à la lecture)
  6. Un marc: un marc représentait 245 grammes actuels. Donc ici, elle paraissait avoir prit 10 kilos  (Retour à la lecture)
  7. Un destrier : cheval de combat  (Retour à la lecture)
  8. Un palefroi : cheval de voyage  (Retour à la lecture)
  9. Impedimenta : Charrois, bagages  (Retour à la lecture)
  10. Nice : stupide  (Retour à la lecture)
  11. Chacunière : Maison ou logement (de chacun), chez-soi.  (Retour à la lecture)
  12. Battit foisil : sorte de fusil à silex dont on se servait pour allumer un feu.  (Retour à la lecture)
  13. Une buire : cruche munie d’un bec et d’une anse.  (Retour à la lecture)
  14. Avoir les yeux virés : mourir.  (Retour à la lecture)
  15. Parlesanbieu : juron : par le sang de Dieu.  (Retour à la lecture)
  16. Délit : plaisir amoureux.  (Retour à la lecture)

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Commentaires (2)

mlkonig
Aussi ai-je choisi le 14 février pour cet événement... Et vous avez raison, c'est le calme avant la tempête. Le vent va commencer à souffler dès vendredi prochain.
misslou
  • 2. misslou | 04/09/2017
Joli épisode qui me plait beaucoup, tout y est à mon goût, changement de lieu, dialogues, on va de découvertes en nouveautés. On remercie l'auteure d'avoir permis à Alayone de découvrir les plaisirs de sa vie de femme avec son Tristan, avant le terrible destin qu'on lui devine.
Je situe mieux cette fin de roman et on dirait bien que nous sommes dans l'épisode de calme avant la dernière tempête que va devoir affronter Alayone. A bientôt pour le prochain épisode ...

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