Roman partagé - Les pierres / Mon conseil : Le plan en dents de scie

Bonjour,

Notre héroïne reçoit deux courriers qui la laissent songeuse. Cet épisode vous conduira doucement vers l'univers de la sorcellerie, il comporte peu d'action, mais il est important pour comprendre comment se façonne doucement le caractère d'Alayone.

Vous découvrirez également mon principe de "dent de scie" dans mon conseil en écriture du jour.

Bonne lecture et n'hésitez pas à publier vos commentaires.

Marie-Laure

Episode 9

Lire uniquement le roman – Page 9

MA DÉMARCHE - MES CONSEILS - Mon conseil en écriture d'aujourd'hui : Un plan en dents de scie

Nous sommes encore dans un moment de calme, mais qui nous donne des éléments sur la tempête qui arrive doucement. Nous remontons lentement la prochaine dent de scie.

Il faut que j’écrive comme si mes lecteurs ne pouvaient plus se passer de mon histoire. 

Ils m’attendent avec impatience et je ne peux plus les décevoir !

Je ne peux plus rester dans ma vague idée du début, j’ai mon plan. Mes périodes de faibles énergies doivent être de courtes durées pour ne pas tomber dans le faible intérêt. Voilà pourquoi le passage d’aujourd’hui est assez court. Pourtant, ces périodes sont importantes, ce sont elles qui vous permettront de comprendre le fond de l’histoire. Pourquoi est-ce que je parle des pierres, de la nature et des petits oiseaux dans ce nouvel épisode ? Parce que plus tard, vous appréhenderez mieux l’infamie du Malleus, qui je vous le rappelle, à réellement existé et mené au bûcher près de 30 000 personnes, essentiellement des femmes.

Pour assurer la réussite de mon roman et être certaine que l’intérêt du lecteur ne retombe pas, j’ai préparé une petite liste d’idées motivantes ou de phrases percutantes à placer dans mon plan.

Ensuite, j’établis un jeu de couleur : du vert vers le rouge. Je surligne les passages plats en vert, les petits éléments annonciateurs en orange et les tempêtes en rouge. Voici donc le graphique « dent de scie » de mon histoire : 

Dent de scie

(Retrouvez quelques documents et illustrations de recherche sur le compte pinterest du site Pinterest)

Le roman

D’après le Malleus Maleficarum, il y a quatorze espèces d’arts magiques de moindre importance quant à leurs effets, comme par exemple la nécromancie, la géomancie, l’hydromancie, l’aéromancie, la pyromancie et tous les genres de divination…

« Les pratiques des sorcières sont incluses dans le deuxième type de superstition, ce qui veut dire Divination, puisque elles invoquent expressément le diable. Et il y a trois sortes de superstitions : - la nécromancie, l'astrologie, ou plutôt l'stromancie, l'observation superstitieuse des étoiles et oniromancie. En troisième lieu, comme nous l'avons déjà dit plus haut, les opérations et les rites de sorcières sont placés dans cette seconde catégorie de superstition qui est appelée Divination ; et de cette divination, il y a trois types, mais l'argument ne tient pas bon par rapport au troisième type, qui appartient à une autre espèce, la sorcellerie est non seulement de divination, mais il est que la divination, dont les opérations sont effectuées par exprès et invocations explicites du diable; et cela peut se faire très bien des égards, comme par nécromancie, géomancie, hydromancie, etc. »

Malleus Maleficarum –Heinrich Kramer ou nommé Institoris - 1486

 

L

ettre de l’évêque de Chalons à l’adresse d’Alayone

Reçue le 18 juillet 1482

 

 

 

 

Au dos de la lettre :  À Alayone Duprés — Typographe au Château de Sarry

Ma très chère Alayone.

Pardonnez mon silence, qui je sais, vous a affecté.

Je vous ai laissée aux bons soins du Chanoine Richard, car j’ai toute confiance en lui. Il a les qualités requises pour bien vous guider. Demandez-lui de vous conter son histoire et vous découvrirez à quel point des choses vous sont communes.

Dieu met parfois ses créatures à l’épreuve sans que nous en comprenions le sens. Rien n’est le fruit du hasard. Comme le dit l’Ecclésiaste « Ce qui a été, c’est ce qui sera ; et ce qui a été fait, et ce qui se fera, et il n’y a rien de nouveau sous le soleil ». Il faut vous en remettre au jugement de Dieu, car un jour, il vous donnera la réponse que vous attendez. Les petits cailloux qui rendent pénible notre chemin peuvent un jour nous servir dans de belles occasions.

Je pense que, comme pour notre Chanoine, Dieu a de grands projets pour vous et que ce n’est pas sans raison qu’il vous a placé à la croisée de son chemin. Écoutez votre cœur et faites confiance à ceux qui vous veulent du bien et à notre Seigneur.

Je ne pourrais être sur Chalons qu’à l’entrée de l’hiver, l’été va passer bien vite, surtout que je sais que vos nouvelles occupations ne vous laissent guère de loisir.

Vous me feriez grande joie que de retourner dans notre petite Chapelle et d’apprécier de nouveau à la paix que procure ce lieu en la grâce de Dieu.

Votre bon évêque de Chalons et ami.

Geoffroy Soreau de Saint Géran - Écrit à Paris le 10 juillet 1482

 

L

ettre du moine Guillaume — Chroniqueur auprès de Geoffroy Soreau de Saint Geran, Abbé de Saint-Germain des Prés et Évêque de Chalons à l’adresse d’Alayone Duprés

Reçue le 18 juillet 1482

 

 

Au dos de la lettre :  À Alayone Duprés — Château de Sarry

Très chère Alayone.

Je regrette sincèrement. Je regrette mon geste ainsi que ses conséquences.

J’ai présumé que le loup allait vous tuer et je n’ai pas imaginé un instant qu’il put en être autrement.

Parfois les apparences sont trompeuses. Vivre avec le poids de ce remords m’est intolérable.

Aurais-je un jour le grand bonheur de votre absolution ? Peut-être alors, réussirais-je à me pardonner moi-même.

Votre sincère et dévoué Moine Guillaume

Écrit à Paris le 29 juin 1482

Guillaume de Saint Firmin - Moine chroniqueur auprès du vénérable Geoffroy Soreau de Saint Geran, évêque de Chalons et  Abbé de Saint-Germain des Prés - Écrit à Paris le 7 mai 1482

 

18

juillet 1482

Alayone sur la tombe de sa mère

 

 

 

 

Ma tendre mère, j’ai reçu ce jour deux courriers. Que n’êtes-vous point là pour me conseiller ?

Je ne sais que penser et je ne sais que faire. Je suis en réalité perdue.

J’attends maintenant un signe de vous ou un signe de Dieu qu’il puisse se souvenir encore de moi.

Mes amis me manquent même si ma colère pour le moine Guillaume est toujours aussi vive. Je ne lui répondrai pas. Est-il de noble famille ? Je ne connaissais point son nom. Je ne sais comment réagir à sa cantilène. Mérite-t-il mon pardon ? Ce n’est pas pour moi, mais pour cette pauvre bête qu’il a sacrifiée. Je ne me souviens plus de rien, quelques images me parviennent parfois, le loup entre nous deux, les pouces du moine pénétrant la chair de mes avant-bras, lorsqu’il me poussa sur le sol sans doute pour m’éloigner de l’animal, et mon loup venir renifler mon visage puis plus rien. Pourquoi Dieu cette bête m’a-t-il maltraité ? J’ai encore grand-peine à y croire.

Quant à l’absolution de Dieu, je dois avouer que je m’en moque un peu. Quelque chose s’est brisé. Est-il possible que mon cœur se soit durci ? Je n’ai point de haine, juste une grande colère. Jusqu’à quand serais-je dans cette rage tranquille, mesquine, mais si persistante ?

Même si parfois elle arrive à se faire oublier, ma nouvelle amie, comme une vicieuse créature elle se rapproche de moi, sournoisement, jusqu’à s’installer. Aurais-je le courage ou bien la volonté, un jour, de tuer, de massacrer à coups de talons cette colère vipérine ?

La peau du loup me la rappelle également, mais j’aime tant la caresser, c’est comme s’il vivait encore, cet ami éphémère, mais déjà tellement cher mon cœur. Je revois chaque jour ses yeux d’or et cette lueur hypnotique, j’entends son souffle dans le vent, il me semble sentir sa chaleur près de moi.

Souvent je retourne dans la forêt et les prairies où nous jouions. J’y emmène maintenant mon chat qui me suis en tout chemin, comme s’il savait que j’avais besoin de lui. Je le regarde s’ébattre avec les insectes ou les papillons. Et comme avec le loup, je m’allonge près de lui et il ronronne.

J’ai trouvé une autre amie en la guérisseuse. Ma mère, elle est si sage ! Elle m’enseigne les bienfaits de la nature, qui, si nous savons l’écouter, parfois nous guide et nous parle. Nous sommes entourés de vies et d’énergies. Elle me dit qu’il existe des sciences qui nous permettent de faire corps avec elle, mais qu’il faut garder au secret, car incomprises de l’église. Pourtant, la nature est un don de Dieu et il nous faut savoir l’écouter. Quelques pierres peuvent nous guérir ou nous soulager d’un mal, les plantes sont des miracles si l'on y est instruit. La guérisseuse parle également aux astres.

Le jour échu, elle fabriquait une pierre noire, elle n’a pas voulu me cailleter (1). Je l’ai trouvée troublée, c’est la première fois qu’elle ne me confie pas l’une de ses clartés. Depuis, Grizzli ne m’y accompagne plus. Qu’a vu ce chat qui lui créa tant d'effroi ?

Je pense de nouveau me rendre à la bibliothèque du Seigneur de Saint Géran, car je sais que j’y trouverai des ouvrages parlant de médecine et de remèdes. La théologie du chanoine Richard m’ennuie et j’ai grandement envie d’autres lectures.

Ce Chanoine que notre bon Évêque apprécie. Peut-être devrais-je écouter son histoire comme j’en ai reçu le conseil dans mes courriers.

 

20

juillet 1482

Alayone sur la tombe de sa mère

 

 

 

 

Ma tendre mère,

Le Chanoine Richard m’a raconté le chemin qu’il a parcouru avec sa Jeanne, pauvre femme !! Encore une que Dieu a oubliée, et pourtant, elle lui a tout alloué, jusqu’au bûcher. Comment le Divin Seigneur peut-il permettre ceci en son nom ? Menterie, mauvaiseté, vilénie, brûler une si pieuse providence comme une maudite. Seule la nature vraie est belle. Les animaux tuent pour se repaître, l’eau nourrit les plantes, les plantes les chenilles, les chenilles les oiseaux, les oiseaux les petits mammifères, et les petits mammifères les plus gros jamais pour une faide (2) ou répondre à une contumelie (3).

Ma mère, je m’en vais en forêt apprécier ce que Dieu a fait de mieux, car je me lasse de ce que j’entends ou dois lire sur lui. Il faut y croire, donner foi en ses bontés, mais quelle piété a-t-il pour nous ? Je m’en vais caresser l’écorce des arbres, sentir le sable sous mes pieds et la fougère, voir le soleil au travers les branches, profiter de la douceur du vent, cueillir et savourer tous les bienfaits qu’elle peut m’apporter, m’approcher de la vérité. Je m’assiérais sur la mousse attendant le cri du loup.

Je ne sors de l’enceinte du château que pour me rendre dans le pré, en forêt ou auprès de mon père. Le regard des villageois m’oppresse, ils se gaudissent (4) de moi. J’imagine bien leurs murmures « Voici la fille au loup et son visage squalide (5), voici la fille au loup qui ne va plus aux offices, cette fille éhontée, impénitente. Fuyez-la, amis, que votre regard ne se pose plus sur elle de peur que le malheur ne vienne s’abattre sur vous ! »

Je fais fi de leurs jérémiades et les méprises tant ils sont sots. J’aime de beaucoup plus me promener avec la guérisseuse, et toujours en secret, car elle se méfie d’eux. Ils savent la trouver lorsqu’ils sont souffretant, mais elle sent leur flagornerie. Elle a un mauvais pressentiment. Elle a lu dans des os leur mesquinerie. Elle est si savante. Je lui ai mandé de voir pour moi, mais elle me parut troublée, elle ne souhaite me confier aux astres, ni aux minéraux. Elle m’a juste tenu propos sur ma vie qui sera bien remplie. Je suppose donc qu’elle sera longue. Grâce à elle et ses remèdes, ma peau est moins rugueuse. Mes cicatrices sont toujours apparentes, mais ne sont plus croûteuses.

Mais qu’importe… Ou que n’importe pas. J’ai tant de questions ma mère que vous n’y êtes pour me répondre et me consoler.

Ma mère, je n’ai que douze ans. Les enfants de mon âge sont joviaux et vivent en toute insouciance. Pourquoi n’ai-je eu que très peu le loisir de goûter à ces moments de fraîcheur et pourquoi Dieu permet-il que je sois déjà si tourmentée ? Mon esprit ne trouve point de repos. Ma mère, que la vie m’est pesante, ouvrez-moi vos bras que je vous rejoigne dans votre paradis.

 

© Le roman a fait l'objet d'une procédure de protection des droits d'auteur auprès de l'INPI 

Episode 9 les pierres

Illustration : Sandra GADRET

 


  1. (1) parler  (Retour à la lecture)
  2. (2) vengeance (Retour à la lecture)
  3. (3) outrage grave (Retour à la lecture)
  4. (4) se moquer (Retour à la lecture)
  5. (5) rugeux (Retour à la lecture)

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Commentaires (2)

mlkonig
Bonjour Misslou,

En fait, vous avez raison en ce qui concerne la fin d'un chapitre. J'ai construit mon roman un peu comme un film à épisodes, mais à la fin de chaque épisode, je laisse tout de même des interrogations et une porte ouverte sur le prochain. Car effectivement, si l'on conclut un chapitre sans laisser présager de suite, ou laisser le lecteur sur quelques interrogations (d'où également l'attente d'une réponse concernant la lutte avec le loup...) la lecture risque de s'arrêter moins loin que prévu.

Il est également de coutume de dire que c'est aussi le lecteur qui écrit l'histoire : ne pas trop en dire afin de faire fonctionner son imagination...

Merci pour vos commentaires et je serai vraiment déçue si un jour vous n'en mettiez pas !

Marie-Laure
misslou
  • 2. misslou | 03/05/2017
Merci pour le schéma des "dents de scie", et nous sommes donc, ici en zone d'accalmie, avant une tempête... Dans cette optique, le passage nous apporte quelques informations. Très peu encore, sur ce qui s'est réellement passé et ces blessures, lors de la scène avec le loup, mais le chemin, l'avenir d' Alayone se dessine, puisqu' elle se sent déjà rejetée des hommes et attirée par la nature, les plantes et leurs pouvoirs...
Je pense qu'il doit y avoir plusieurs schémas de construction pour écrire un livre ? et que cette option des dents de scie pourrait même ne pas être utilisée pour l'ensemble du récit ? Pour ma part, j'aime bien aussi les fins de chapitre qui ne sont pas vraiment des conclusions, mais qui relancent mille interrogations, poussant ainsi le lecteur à se rendre illico au chapitre suivant... A mercredi prochain, pour que la tension monte donc, d'un cran...

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