Roman partagé - Les retrouvailles / Mon conseil : Des chiffres ou des lettres ?

Bonjour,

Guillaume revient à Sarry et notre évêque est très en colère...

Mon conseil en écriture d'aujourd'hui : des chiffres ou des lettres ?

Bonne lecture et n'hésitez pas à publier vos commentaires.

Marie-Laure

Episode 13 les retrouvailles

Lire uniquement le roman – Page 13

MA DÉMARCHE - MES CONSEILS - Mon conseil en écriture d'aujourd'hui : Des chiffres ou des lettres ?

Des chiffres ou des lettres

Souvent dans un texte, on trouve plus joli d’écrire les chiffres en lettre et les rois et siècles en chiffres romain. Mais y a-t-il une règle ?

Et bien oui ! ou peut-être pas…

On écrit les chiffres en chiffre dans un texte pour les heures, les poids et les mesures. On écrira ainsi : Elle perdu 2 kilos en allant prendre son bus de 10h10 qui parcouru plus de 50 kilomètres sous une chaleur étouffante de 30 degrés.

On les écrits également de cette façon pour marquer une date, une adresse ou un rang. Si l’on continue notre histoire, cela donnera : Elle fini par arriver au 19 de la rue Chantepie, le 17 juin 1970. Elle fut la 10e à arriver sur les lieux.

Les chiffres romains sont exclusivement réservés aux siècles et aux souverains : au XXe siècle, si Louis XIII était encore en vie il serait vraisemblablement ami avec le pape Benoit XV. Mais on peut les employer également pour les arrondissements d’une grande ville, les subdivisions d’une pièce de théâtre (Acte II, scène 3), sur les cadrans d’une horloge ou sur les plaques de monuments.

Et les chiffres en lettres, et bien, c’est pour tout le reste. Mais il est à noter que tout ceci est un us car aucune règle de grammaire n’est écrite à ce sujet. Il est vrai pourtant que dans un texte, il est plus élégant d’écrire les chiffres en lettres.

Pour les chiffres romains, si vous êtes comme moi, nuls en mathématiques voici ce qu’il faut savoir :

  • I = 1
  • V = 5
  • X = 10
  • L = 100
  • C = 500
  • D = 1000

On les lit de gauche à droite

  • On écrit les écrit les uns à la suite des autres et ils s’additionnent : 20 = XX, 200 = CC
  • Un chiffre ne peut être répété plus de trois fois. 3 = III mais 4 = IV, 40 = XL
  • Si un chiffre moins fort est placé avant, on doit le soustraire au chiffre suivant : IV = 4
  • Si un chiffre moins fort est placé après, on doit l’additionner au chiffre suivant : VI = 6

C’est pourtant simple !

  • Alors, dîtes-moi à quoi correspond MDCCCXCIX ? 

(Retrouvez quelques documents et illustrations de recherche sur le compte pinterest du site Pinterest)

Le roman

Il est d’ailleurs une question concernant les loups, qui parfois, sortent les hommes et les enfants de leurs maisons afin de les manger, avec une telle finesse et sans qu’aucune prédisposition ou force ne soit usée pour les blesser ou capturer. Il est à dire que cela a parfois une cause naturelle, mais que c’est aussi parfois grâce à l’enchantement des sorcières. Quant à la question de savoir si ce sont de vrais loups, ou des démons qui apparaissent dans cette forme, nous disons que ce sont de vrais loups, mais sont possédés par des démons.

Malleus Maleficarum –Heinrich Kramer ou nommé Institoris – 1486

 

20

juillet 1483

 

Le chat

 

 

 

Je savais que votre condescendance n’avait d’égal que votre bêtise. Vous pensiez avoir bon droit ? Effectivement vous n’avez pas déçu VOTRE dieu, celui que vous servez, celui qui vous moque. (1)

À exiger le bien, vous avez débusqué le mal. Ne vous souvenez-vous pas de ce nom : Le malin ? Un patronyme qui sied bien à votre nouveau maître. Il est beaucoup plus aisé de le suivre que d’écouter les paroles restrictives de la vraie foi, car celui-là est beau et tentant, il ne vous oblige à aucun sacrifice. Il vous plaît tant que vous agissez selon ses désirs avant qu’il ne vous le demande.

Qu’elle est l’expression que vous employez lorsque vous parlez de sorcière ? « Vendre son âme au Diable… » ? Mais vous lui offrez la vôtre sans aucune réserve, vous lui ouvrez même votre cœur.

La cruauté d’abord abolie puis tolérée, acceptée, pardonnée, acquittée, validée et maintenant légalisée, notifiée, écrite par procédure par les honorables défenseurs de la foi du royaume. Savante machination ourdie par quelques-uns, avides de pouvoir, frustrés parfois, ou d’autres misogynes.

Gents du peuple, il y a bien longtemps que l’on ne vous donne plus de bibles à lire, mais des passages parfaitement choisis, récités pour vous et en traductions bien menées. Mais bien tôt, un nouvel ouvrage va naître dans l’esprit de quelques-uns, un livre plus pernicieux encore, un écrit rempli de tant de mensonges et d’irréalités que vous y croirez aussi durs que le fer.

La bête fait son nid sournoisement dans vos âmes faibles et lorsqu’elle y aura trouvé le coin chaud et confortable, à sa démesure, elle s’y installera, et verrouillera la porte pour que vous ne puissiez plus l’en déloger.

Un nouveau fléau vient de voir le jour à Sarry : la rumeur qui mène à la peur et à l’oublie de tout ce qui est honorable en soi.

Je vous observe et le calme paraît être revenu. Pour votre paix et votre bonheur, l’hiver dernier fut doux, vous avez eu un peu faim, mais une fois de plus votre bon évêque et la fille au loup ont veillé à remplir vos ventres. Les fleurs du printemps promettent de beaux fruits et vous vous persuadez que rien ne s’est jamais produit. Vous oubliez rapidement, la vie quotidienne vous offrant vos propres soucis mesquins, car chacun aime mieux soi qu’autrui.

Lorsque ma petite maîtresse sort Dame Cunégonde sur le dos d’Étoupe, vous détournez votre regard, la culpabilité sans doute, sinon, quoi d’autre ? Certaines bonnes âmes disent « pauvre femme », ceux-là ont eu la sympathie de ne pas la dénoncer, mais ils sont restés aveugles et sourds lorsque l’on a prévenu l’inquisition. Aussi Alayone prend bien garde de ne jamais aller au village comme le Chanoine lui en a intimé l’ordre.

Étoupe comprend bien que la femme que l’on pose sur son dos ne peut que très mal maintenir son équilibre. C’est donc brave et fier qu’il adapte sa démarche. On ne lui a jamais appris, mais il sent, même au point de quelques crampes, que se tenir bien droit à chacun de ses pas aidera cette bien gente dame. L’âne est bon. Le mir qui est sage s’avoue être contre l’enfermement des âmes que l’on dit folles, il estime plutôt qu’il leur faille du grand air. Alayone l’a bien compris et elle mène son amie chaque jour en promenade à dos d’âne. Ainsi l’animal se sent utile et la petite imagine avoir de belles chances d’accompagner Dame Cunégonde sur la voie de la guérison. Elle le croit si fort qu’elle en garde un espoir immuable. Mais la pauvre martyre a perdu toute qualité existentielle, ma maîtresse refuse de se dire que tout ce qu’elle lui offre est pour néant. Même si son regard est vide, peut-être qu’un jour, une heureuse circonstance se trouvant là, sur le chemin, un petit animal, le bruit dans les feuillages, le vent… Alayone y mets roide guise (2) et reste bienveillante. Elle se consacre à son amie dans le respect de la dignité humaine.

Tout semblait suivre un cours serein. Alayone allait très bientôt entrer dans sa quinzième année et avait presque vécu tous les drames d’une vie. Le Chanoine Richard avait retrouvé plus de calme, mais pas sa candeur. Il avait pris l’habitude de scruter son environnement. Si bien que lorsqu’il conversait, il observait au-delà des gens, ceci ajouta des couleurs à ses airs fallacieux, son regard fuyant n’aidait pas à ce que l’on apprécie ce personnage déjà délaissé par la nature. La damoiselle avait depuis bien longtemps fait abstraction de son physique, la méfiance ayant laissé place à une sorte de tendresse pour ce petit homme bourru depuis que, pensa-t-elle, il lui sauva la vie.

 

1er mai 1484

 

Le chat

 

 

 

Oui, tout allait plutôt bien jusqu’alors. Mais ce matin, en ce premier jour de mai, ma maîtresse a découvert que sa porte avait de nouveau été esmayée.

Pourquoi donc a-t-il fallu qu’il revienne maintenant qu’elle l’avait presque oublié ?

 

Même jour

 

Prière d'Alayone

 

 

 

Vrai Dieu, souverain Roi des rois, de par la pitié supernelle.

Par foi ! Je l’ai vu revenir avec notre bon évêque, et à peine aperçu que tous les sentiments enfouis, pensais-je les avoir oubliés, sont réapparus dans un battement de cœur pareil à un coup de tonnerre. Je me sens depuis en aventure. (3)

Je ne le déteste pas, j’en suis maintenant assurée, pourtant je lui en veux encore, ou peut-être plus...

Ce matin, je regardais une branche déposée devant ma porte et je me suis souvenue de mon premier May. J’ai couru et me suis enfermée dans ma chambre. Cette branche, était-ce lui qui l’avait mise là ? Et ce jour ? Et il y a quatre ans ? Il y a quatre ans, je rencontrais mon loup…

Le chat

Puis Alayone se tut au milieu de sa prière. Je me suis placée face à elle, elle était à genoux sur un prie-Dieu. Elle m’a regardé, mais elle était loin. Elle s’est retournée et s’est assise sur le pavé froid de la chapelle devant les premières rangées de bancs. Tandis qu’elle fixait le Christ en croix, je me suis blotti sur ses cuisses. Je sais que de me caresser la détend et la rassure.

Puis elle s’est évadée de nouveau dans ses songes. Le calme et la sérénité de l’endroit, mêlées à des odeurs d’encens étaient propices à des moments de grâce et de méditation. Dans la fraîcheur et la pénombre de ce lieu saint, ma petite maîtresse voyageait. Je le sais lorsqu’elle s’évade de cette vie à la façon dont elle glisse ses doigts dans mon pelage. Et je suis resté ainsi, longtemps, comme un vieil ami sans bouger le moindre poil, attendant le moment où elle me poserait à terre. Je pus m’endormir, car elle demeura là un passé infini.

Le grincement de la porte mit soudainement fin la félicité de notre rêverie. Un filet de lumière illumina le Saint Sauveur en croix. Alayone, regarda l’autel légèrement éclairé par la rosace qui nous renvoyait de subtiles teintes bleues et orangées. L’huis crissa de nouveau et le Christ s’assombrit.

Le cœur de ma petite maîtresse battait fort, elle savait que c’était lui. Un long silence s’en suivit, puis des pas sourds et lents se firent entendre. Je suis parti me faufiler sous les bancs de façon à ne rien louper de ce qui allait se produire et prêt à bondir. Il s’immobilisa à son nouveau, Alayone ferma les yeux et attendit le souffle court que le temps s’arrête. Elle espérait ce moment depuis le matin même.

Lentement il vint s’asseoir à ses côtés sans la toucher. Le Moine Guillaume soupira profondément comme pour se donner du courage. Cette respiration provoqua des frissons à la jeunette qui n’avait pas bougé ni ouvert les yeux.

« Nous devons assister au couronnement du prince qui aura lieu à Reims à la fin de ce mois. Messire Geoffroy m’a prié de l’y accompagner, j’ai dû faire le voyage avec lui. »

Sa voix avait changé, elle était plus mature et d’un ton plus grave. C’était la voix d’un homme. Ces quelques mots d’une banalité insultante ont réveillé les meilleurs sentiments comme les moins bons. Ce qu’il en restait n’était pas la teneur de ses propos, si neutres, si laids. Elle aurait préféré qu’il lui dise qu’elle lui avait manqué ou qu’il était heureux de la revoir ou toute autre chose pouvant trahir quelque émoi pour son insignifiante personne. Ce qu’il en restait était un trouble ineffable, sublime et coléreux, chaud et douloureux à la fois. Ceci était trop pour cette petite âme encore trop délicate et trop jeune. Une larme vint à couler sur sa joue.

Du bout de son doigt, le moine Guillaume lui assécha la peau. Elle n’ouvrit toujours pas les yeux, ce contact ajoutant à sa stupeur et sa fébrilité. Emprunt à ses démons, elle ne voulait pas voir. Elle ne désirait pas le regarder, pas encore, pas maintenant. Elle souhaitait apprécier ce moment, elle attendait qu’il lui murmure autre chose. Le temps ne l’avait pas guérie de lui. Elle pensait le haïr, mais il n’en était rien. Elle crut l’avoir oublié, mais Tristan et Iseult et leur boire d’amour (4) sont réapparus avec la même intensité que quatre ans auparavant. Elle s’en voulut de ne pas le détester, pour le respect du souvenir de son loup. Mais ce sentiment passa rapidement laissant place à une chaleur frénétique. Elle tremblait. Qu’était cette magie où l’on a tant froid que chaud ? Un second frisson parcourut son corps jusqu’à ses joues qui doucement s’ankylosaient. Puis, plus rien.

Elle se réveilla dans sa chambre, l’évêque de Chalon à ses côtés.

« Le frère Guillaume vous a trouvée inerte dans la chapelle, il vous a portée jusqu’ici. Vous travaillez trop, la bibliothèque, vos plaques et Dame Cunégonde que vous veillez jour et nuit sans répit, il faut que vous preniez du repos.

– Dame Cunégonde a besoin de moi, elle va mieux je vous l’assure. Les promenades sur le dos d’Étoupe lui sont d’un grand profit. Laissez-moi lui rendre ce qu’elle m’a si aimablement dévoué autrefois.

– Si fait. Il est vrai que sans vous elle ne serait plus, ici, qu’un chandelier sans lumière. Je vais prier le Chanoine Richard de vous donner moins de labeurs.

– Il ne m’en porte plus guère, comme vous, il a jugé que ma présence auprès de Dame Cunégonde n’était plus à nul autre opportune. Mais je vais bien, je vous assure. Sans doute ai-je trop pris le soleil lors de ma promenade d’hier. À l’avenir, je ne partirai plus juste après nones. Je préférerai les heures fraîches.

– Soit, s’est ainsi qu’il sera fait. Mais ménagez-vous de grâce, car comme vous le dites si bien, une gente dame a besoin de vous ».

Puis il sortit. Elle s’agenouilla au bord de son lit, joignant ses mains, elle reprit sa prière où elle l’avait laissée.

« Seigneur, qu’allez-vous faire de moi ? Quel est ce tourment, ce nouveau trouble ? Je n’en veux point, je n’aurai pas la force d’affronter cette vilenie qui sommeille en moi ! »  Soudain, elle rouvrit les yeux et chuchota « il m’a pris dans ses bras… il m’a pris dans ses bras ! » Elle renifla prestement les manches de sa robe, porta ses longs cheveux à son nez et les inspira profondément. Elle se jeta sur son lit, s’allongea sur le dos et regarda le plafond. Elle se réveilla quelques heures plus tard le pouce dans la bouche.

Après nones, la fête de May était à son point culminant. Tout le village dansait et festoyait autour de l’arbre. Ma petite maîtresse était partagée entre le fait d’éveiller Dame Cunégonde en lui faisant profiter de la musique et de la joie de la foule et l’idée que ceci ne plairait pas aux habitants et risque de ternir leur banquet. « Ils l’auraient bien mérité, ne trouves-tu pas Grizzli ? Ce sont eux qui ont souhaité ce drame alors qu’ils regardent leur mauvais vouloir en face ! Je suis dans mon bon droit après tout ! Et puis la gaieté du May va lui changer les idées ». Elle laissa l’âne aux écuries et fit marcher Dame Cunégonde jusqu’au village situé juste en dehors de l’enceinte du château.

Les paysans regroupés sur la place dansaient et chantaient, certains se contaient fleurettes. Cette vision eut un effet terrible sur Dame Cunégonde, car c’est à cet endroit qu’elle y vécut son supplice avec une foule semblable. Alayone n’avait pas songé un instant qu’elle put être choquée. La gente se revit naguère, tourmentée d’horrible façon et se mit à genoux en hurlant sa folie. Tous étaient saisis, la musique et les danses s’arrêtèrent aussitôt, plus une bouchée n’entrait dans quelque gosier. Personne ne bougea plus tant la stupeur fut grande. Après l’effroi quelqu’un cria : « enfermez-la, elle aurait dû mourir cette sorcière ! » puis d’autres voix se sont subitement élevées de toutes part. Tous s’y accordèrent et y consentirent. Alayone, d’abord abasourdie puis angoissée par son impuissance, en larmes, les pria de finir tout en protégeant Cunégonde de ses bras. À terre, la dame refusait de se lever. Le cœur serré par le chagrin, ma petite maîtresse entendit : « Et toi, la fille au loup, on aurait dû te brûler aussi ».

Alertés par un serviteur le Chanoine et le frère Guillaume firent irruption. L’Évêque les suivait de près. À la vue de cette personnalité honorable, les langues vipérines se sont tues. Frère Richard prit Alayone, et le moine Guillaume qui était bien plus fort s’occupa de Dame Cunégonde. Durant le temps où l’on raccompagna les femmes au château, l’évêque cria son courroux à la foule :

« Heureux l’homme qui ne marche pas selon le conseil des méchants, qui ne s’arrête pas sur le chemin des pécheurs, et qui ne s’assied pas sur le banc des moqueurs, mais qui trouve son plaisir dans la loi de l’éternel ! Seul l’éternel est juge de nos actes, et si vous jugez vous suivrez la voie de la perdition. N’ayez pas peur de ce que vous ne connaissez pas, mais protégez les plus faibles. Par votre faute des innocentes ont été martyrisées et aujourd’hui vous ajoutez à leur douleur en les rejetant, pis, en les humiliants. Hommes et femmes sans courage, il est facile à vous tous de déverser fièrement vos mots abjects. Faites preuve de charité chrétienne. Les caprices du temps ne sont en rien le fait des hommes ou de sorcières. Je vous connais tous, j’ai baptisé la plupart d’entre vous, je vous ai marié et j’ai enterré vos pères. L’éternel reconnaîtra la voix des justes et vos paroles sont outrageantes. Êtes-vous sots ? De ces femmes que vous rejetez, l’une d’entre elles vous a nourris alors que vous aviez faim et l’autre vous a soignés lorsque vous étiez souffreteux. Aujourd’hui vous les répudiez. La honte vous regagne. Confessez vos péchés avant que la colère de Dieu ne s’abatte sur vous. Je vous attends séant ! »

L’évêque était fou de rage, jamais on ne l’avait vu aussi fulminant. Lui toujours si calme et si posé leur a servi un sermon courroucé qu’ils n’oublieront sans doute pas. En fait si. Ils enterreront le discours, mais pas la honte qu’ils venaient de ressentir, le déshonneur qui devait de les ternir et la fin impromptue de la fête du May.

La colère que ma maîtresse refoulée depuis toutes ces années surgit alors plus violente et plus intense. Elle tremblait, elle trémulait de haine. Elle maudissait ces hommes qui venaient de détruire une fois de plus cette bonne âme charitable qu’elle aimait tant. D’elle, elle se fichait. Elle savait depuis bien longtemps qu’elle n’avait plus rien à espérer d’eux, mais Dame Cunégonde n’était que gentillesse et vertu, ils n’avaient aucun droit de la faire souffrir, pas même un peu.

De retour au château, on appela le mir Augustin afin qu’il administrât un calmant à la malheureuse Cunégonde. Le Chanoine était déconfit et en colère. Alayone venait de commettre l’irréparable, les villageois se souviendraient d’elle, et comble de malchance, ils avaient témoigné de leur médiocrité à leur si vénéré évêque. Cette humiliation, ils ne la pardonneront jamais à la fille au loup et ils glissaient doucement vers le péché d’orgueil. Elle n’était plus une enfant, mais prenait indéniablement l’apparence d’une jeune damoiselle. Bientôt, son âge ne serait plus un rempart contre leur perversité.

 

4

mai 1484

 

Journal de l’évêque

 

 

 

Toutes ces inquiétudes ajoutées à l’organisation du couronnement du roi (5) ne me laissent guère de paix.

Après l’événement tragique du premier jour de mai, il aurait mieux valu que Dame Cunégonde ne se réveilla point. Consciente de son état, elle n’a de cesse de répéter qu’elle souhaite la mort. Au lieu de guérison, elle ne gagne pas le rire et le jouer, elle perd le manger, le boire et le dormir. J’ai désiré la réconforter en lui ouvrant le chemin vers la puissance de notre Seigneur, mais elle n’y veut rien entendre. Son cœur est fermé à Dieu. Un couvent serait pour elle la meilleure perspective. Bien soignée et nul besoin de mains pour chanter les louanges, elle y retrouverait repos et sérénité. Personne ne l’y connaîtrait, elle pourrait y vivre une existence pieuse dans le réconfort de notre Saint-Sauveur. Après maintes et maintes heures, elle finit par s’y résoudre, non par foi, mais par dépit.

La condition d’Alayone est aussi préoccupante. La sûreté de sa vie, ici, n’est plus pensable. Tant qu’elle restera à Sarry, elle courra hasard de mort. L’idée de la placer au couvent avec Dame Cunégonde est également une bien heureuse solution, mais je dus l’écarter devant un refus hystérique de sa part. Ceci même la détruirait. Cette petite n’est vraiment pas façonnée pour la vie de recluse. Elle est aussi pétillante que notre vin, comme lui, elle a besoin de s’ouvrir au monde. Je lui ai donc proposé de l’emmener avec moi à Saint-Germain des Près. Hors des murailles de Paris, elle y sera en sécurité tant qu’elle ne quittera pas l’abbaye. Mais je ne me farde pas d’illusions, les attraits de la plus grande ville du monde ne seront pas longs à l’emporter. J’émis donc la folle braverie de l’avoir près de moi pour la surveiller et parfaire son éducation.

Elle fut emplie de joie à l’idée de ce dépaysement, mais elle parut quelques que peu attristé de devoir quitter son père et notre chanoine… avoir de la peine à laisser notre bon Richard, qui l’eut cru ?

Lui aussi est fort affligé de voir partir la petite, mais il est soulagé. Alayone préoccupait beaucoup trop un homme de son âge.

Je vais devoir modifier mes plans de routes, je déposerai Dame Cunégonde près de Reims et reviendrais sur Chalon après le sacre de notre nouveau roi. Elle pourra ainsi faire des adieux convenables à son père. Le malheureux, l’accablement va encore s’abattre sur lui.

 

© Le roman a fait l'objet d'une procédure de protection des droits d'auteur auprès de l'INPI 

Chapitre 13 - les retrouvailles

 

Illustration : Sandra GADRET


 

  1. Qui vous moque : qui vous ment  (Retour à la lecture)
  2. Roide guise : rigide guise, elle ne se détourne pas de ses attentions  (Retour à la lecture)
  3. En aventure : en danger  (Retour à la lecture)
  4. Boire d’amour : philtre d’amour  (Retour à la lecture)
  5. Geoffroy de Saint Géran, comte et évêque de Chalons, Il fut présent aux sacres de Louis XI en 1461, de Charles VIII en 1484 et de Louis XII en 1498. En février 1487 (1488), il assista à la chambre suprême de justice contre le duc d’Orléans.  (Retour à la lecture)

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Commentaires (2)

ecrivonsunlivre
  • 1. ecrivonsunlivre (site web) | 31/05/2017
Effectivement, un hiver s'est passé (c'est ce qui dit le chat... la fille au loup vous a encore nourrit cet hiver)... Par contre il faudrait que j'appuie peut-être un peu plus ce fait afin que le lecteur comprenne bien le temps infini du silence de Dame Cunégonde.

Vous aviez souhaité depuis longtemps que l'on change de décors et depuis plus longtemps encore c'était prévu (le plan de mon roman étant établi dès les premières lignes d'écriture). Lorsque vous me faites ce genre de remarques, je suis heureuse et j'enrage à la fois. Je suis heureuse, car je réponds aux souhaits du lecteur. J'enrage parce que je réponds aux souhaits du lecteur. Difficile à comprendre ? Pas tant, car mon souhait est de vous emmener où vous ne le pensez pas et lorsque vous me dites qu'il serait bien de quitter un peu le château, c'est un peu comme si je vous emmenais là où vous pensez aller. Mais il est un adage qui dit que l'auteur d'un livre est en grande partie le lecteur, car ce que l'auteur ne dit pas, c'est le lecteur qui l'imagine. D'où l'intérêt de ne pas trop en dire ou de réduire les descriptions.

Merci, Misslou pour votre suivi toujours fidèle
misslou
  • 2. misslou | 31/05/2017
Cet épisode commence le 20 juillet 1483 et puis on passe au 1er mai 1484, je ne l'ai compris qu'après. De fait ce 20 juillet ne m'a pas trop parlé. Dans la continuité du chapitre, ce serait sans doute plus facile pour se repérer.
Par contre ce 1er mai entre les retrouvailles avec le Moine Guillaume et la situation de Dame Cunégonde confrontée à nouveau à la foule, l'histoire avance bien. Et puis, il semble qu'Alayone va quitter le château bientôt pour suivre son protecteur à St Germain et j'applaudis à ce changement de lieu.

Pour la réponse à l'énigme du chiffre romain : je répondrai sous forme d'énigme aussi, je pense que c'est l'année de naissance d' Alfred Hitchcook ! ainsi je ne dévoile pas tout à fait la réponse, pour les lecteurs qui souhaitent chercher ....

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