Roman partagé - Trahison/ Mon conseil : Les dialogues

Bonjour,

Il n'est pas qui vous croyez... Le titre de l'épisode d'aujourd'hui : Trahison...
Conseils du jour : 
Les dialogues

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Marie-Laure

Episode 18 - trahison

Lire uniquement le roman – Page 18

MA DÉMARCHE - MES CONSEILS - Mon conseil en écriture d'aujourd'hui : Les dialogues

Les dialogues

Pour aider à la conception des personnages, les dialogues sont importants et ils doivent refléter leurs principales caractéristiques et ils peuvent aussi nous en apprendre beaucoup sur leur caractère.

Un coléreux parlera en un ton sec et bruyant, dans de courtes phrases, un personnage sans éducation emploiera un certain argot…

N’oubliez pas : vos personnages et surtout les personnages principaux ne doivent pas répondre à la plupart des clichés auxquels s’attend le lecteur. Dans notre cas, un moine qui court la gueuse n’est pas courant. Et pour accentuer ce fait, j’ai choisi un langage très familier pour la dame de la nuit. J’ai choisi également de ne pas la rendre vulgaire ce qui aurait pu être à la vue de sa profession, et vous comprendrez pourquoi dans les prochains épisodes.

Dans un dialogue, l’essentiel à toujours garder en tête est que chaque personnage s’exprime de façon différente. Lorsqu’Alayone est en colère, elle s’oublie, par contre, Tristan reste toujours dans le cadre de la bienséance et il s’exprime toujours avec retenue.

J’ai choisi également de ne pas transposer l’ivresse du moine par le bégaiement, mais plutôt dans la confusion de ses gestes pour ne pas alourdir le dialogue.

Un dialogue doit être fluide, il ne faut pas oublier que ce sont des gens qui parlent, donc pas de longues phrases trop lourdes et indigestes à moins qu’il ne s’agisse d’un autre temps ou l’emploi des superlatifs étaient très à propos.

 

(Retrouvez quelques documents et illustrations de recherche sur le compte pinterest du site Pinterest)

Le roman

Maintenant, il y a, comme il est dit dans la bulle papale, sept méthodes par lesquelles les sorcières  infectent grâce à la sorcellerie l'acte vénérien et la conception de l'utérus : Tout d'abord, en inclinant l'esprit des hommes à la passion démesurée ; deuxièmement, en faisant obstacle à leur force génératrice ; troisièmement, en supprimant les éléments logés à la même loi ; quatrièmement, en changeant les hommes en bêtes par leur art magique…

… de saint Augustin dans le livre LXXXIII : Ce mal du diable s'insinue à travers toutes les approches sensuelles ; il se donne les chiffres, il s'adapte aux couleurs, il demeure en sons, il se cache dans les odeurs, il s'infuse en saveurs.

Malleus Maleficarum –Heinrich Kramer ou nommé Institoris - 1486

 

19avril 1486

 

Le chat

 

 

 

 

L’été fut doux à Alayone. Elle étudiait le matin et ses après-midi étaient partagées entre les bonnes œuvres de l’Abbaye soit souvent, quelques lettres à écrire pour les paroissiens. Parfois, le comte de Saint-Géran l’invitait à quelques visites dont les plus remarquables furent celles de la Sainte-Chapelle, toujours ouverte aux habitants de l’enceinte du palais. Elle put prier dans la chapelle basse, mais également dans celle réservée au roi et aux plus grands dignitaires. La beauté pellucide des verreries de la pièce haute, véritables joyaux témoignant du savoir-faire des ateliers parisiens d’une autre époque, retracent les histoires des Saintes-Ecritures. Alayone y cherchait les livres d’Isaïe, d’Ezéchiel, de l’exode du peuple hébreu et l’évêque de Chalons prenait un plaisir infini à lui expliquer certains passages. Ces occasions de complicité avec sa protégée en ce lieu, si somptueux et appelant au recueillement, étaient pour lui un véritable cadeau du ciel. Alayone aimait également se retrouver avec ce père adoptif en cet endroit, elle s’y sentait importante.

Ses moments avec Tristan se firent de plus en plus rares à l’approche de l’hiver, ce néanmoins, le tendre perdurait. Paris souffrait du froid. Les brouillards épais contraignaient les autorités à dépêcher des aveugles afin de conduire les charrettes, les ponts et leurs maisons menaçaient de s’effondrer à cause de la glace qui recouvrait la Seine. Cette même cause entraînait un trafic maritime insuffisant pour nourrir convenablement la population. Le fond de l’air, piquant, obligeait le jeune clerc à demeurer le plus souvent à l’université.

Puis, malgré la froidure, la foire eut lieu. Comme l’an passé, Alayone devint scriba le temps des festivités, mais elle y attrapa un mal affreux accompagné d’une très mauvaise toux. Elle resta souffreteuse jusqu’en avril. Parfois, la fièvre la menait vers des ailleurs. Lorsqu’elle revenait, elle trouvait le sourire de Tristan. L’abbé de Saint-Germain-des-Prés avait été ému par ce jeune homme qui utilisait toute sa science au profit de la guérison de la petite. Pour la première fois, il se surprit à penser à un avenir certain pour Alayone avec cet étudiant qui deviendra assurément un mire très respectable. Mais c’était sans compter sur le caractère impétueux de sa pupille.

 

15juin 1486

 

Prière d'Alayone

 

 

 

 

Vrai Dieu, souverain Roi des rois, de par la pitié supernelle.

Voici ce jour huit années que vous avez appelé à vous ma mère. J’ai souffert de son mal cet hiver et ai bien cru la rejoindre dans sa paix éternelle. Je vous remercie infiniment d’avoir mis Tristan sur mon chemin. Il a pris grand soin de moi et aux dires de l’Abbé, il s’est montré fort contristé et a fait preuve de bravoure et de sang froid afin de me mener vers le chemin de la guérison.

Je voulais aujourd’hui implorer votre pardon pour toutes les vilaines paroles que j’ai prononcées et mes suborneuses pensées. Lorsque je vais à la Sainte-Chapelle avec notre bon évêque, je vous y retrouve et ceci me transporte. Le comte de Saint-Géran me fait assavoir souvent que l’on vous trouve en tout lieu, que point n’est utile de vous chercher bien loin, mais il y est des endroits où c’est évidence d’éprouver votre présence.

Je vous remercie pour tous les bienfaits dont vous me gratifiez chaque jour et vous requière de veiller sur mon père et sur le chanoine Richard dont j’oublie peu à peu le visage.

Je vous prie également pour ce nouvel ami que vous avez mis sur mon chemin. Je vous supplie de me le laisser un temps infini.

Dieu qui êtes en Trinité, je vous promets de rester sage comme me le mande notre Abbé.

Amen

 

16 juillet 1486

 

Le chat

 

 

 

 

Et voici que les bonnes résolutions de notre Alayone fondent sous le soleil de plomb de cet été. Les quelques compendieuses et rares sorties avec Tristan autorisées par l’évêque de Chalon ne suffirent plus à étouffer la fougue de ma petite maîtresse. Emportée par des appétits de dévergondages grandissants, elle reprit chaque soir le passage de la crypte pour s’enfuir la nuit avec son ami. Je lui sens des envies d’aventures, de passions, d’extases. Tout en elle change. L’évolution de son corps se concrète en des formes plus courbées et voluptueuses, il se chauffe parfois sans qu’il n’y eût le moindre mal. Ses humeurs sont en effervescence, elle court après le temps. Elle chante, elle danse, elle rit, elle parle aux oiseaux, aux cochons. Elle pétille.

Tristan lui, la regarde et l’admire. Il aime sa vivacité de corps et d’esprit. Elle lui fait oublier les dures heures d’études où il doit faire preuve sans pause de discernement et d’intelligence. Il doit être instruit de moult maladies, apothicairerie, breuvages, potions, symptômes et noms savants. Alayone est son remède contre les angoisses de son enseignement. Mais parfois, il connaît avec elle des moments délicats. Il est de fait que Tristan est faible devant la fougue de son amie. Ma petite maîtresse a envie de passion et Tristan se doit de rester honnête homme et courtois. Il n’ira jamais au-delà de la bienséance.

Pourtant, il cède à quelques caprices. Maintenant, il accepte de s’aventurer à la nuit tombée par delà des portes de Paris. Il connaît bien la ville, ses beaux quartiers comme les plus lugubres et loin de la muraille de l’Abbaye, Alayone est vulnérable. Souvent, il lui tient la main et parfois il la plaque contre lui pour la protéger. Dieu a accordé à la jeune fille un vif esprit. Elle se musse derrière un air enfantin mais sait bien que plus elle se mettra en danger, plus il fera barrière de son corps ; et elle s’en amuse. C’est un feu ardent qui l’anime et son galant peine à garder pour lui son émoi. Il se bat vaillamment contre les fourbes tentatives amoureuses de sa Mie afin le faire plier à ses pulsions. Pas même un baiser ne fut encore déposé sur sa bouche, mais uniquement de chastes frôlements de lèvres sur ses joues et sur le dos de ses mains.

Le céladon sait qu’il n’a pas le droit à la moindre erreur. L’abbé de Saint-Germain veille et déjà, les sorties nocturnes mettent en danger sa crédibilité et leur avenir commun. Perdre la confiance de l’évêque mettrait fin aux belles ambitions qu’il s’est dessinées ou tout au moins les repousserait considérablement.

 


 

15août 1486

 

 

Le chat

 

 

 

Chaque soir Alayone s’évade de sa prison dorée. Son ami reste très convenable. Et à la pointe de l’aube il la ramène en se demandant comment il a pu résister à ce buisson ardent.

Il la mène en des endroits surprenants afin de lui occuper l’esprit, mais toujours en des lieux très respectables et prenant soin de ne pas l’égarer vers des places mal famées. Ils passent la porte de Buci pour pénétrer Paris puis longent la rue Saint-Germain, la rue de la Huchette pour enfin traverser le petit Châtelet et se regagnent l’île de la Cité. Ils se retrouvent tout près du quartier des moines, derrière l’hôtel Dieu. Plus loin le cloître puis le palais épiscopal. Alayone ne put jamais y accompagner l’Abbé, ce lieu étant réservé aux hommes.

La cathédrale Notre-Dame perd ses couleurs rassurantes dans la pénombre. Elle veille sur les noctambules qui foulent son parvis. Des ombres viennent et vont, silencieuses, juste dans bruissement d’étoffe de peur d’être aperçue. Souvent elle est témoin d’abandons d’enfançons par des mères sans le sou ou nés dans l’indignité. La nuit, ici, on chuchote, on passe son chemin en secret, parfois on y entre prier ou demander asile. La Sainte-Chapelle quant à elle est fermée à l’obscurité, ses vitraux sont éteints ; elle dort, paisible.

Ce soir-là il faisait bon se promener, l’air était doux, Paris soupirait légèrement et Alayone était calme et absorbée des singulières effluves nocturnes de la capitale. On était loin du brouhaha, du fracas, des feulements, du vacarme habituel, et Tristan ne fit pas attention à son chemin tant il fut porté par ce moment suave et reposant. Chemin faisant, tous deux se retrouvèrent par erreur dans l’infime (1) rue Glatigny. Venelle nommée la plus triste voie par les rois et la plus infâme par le peuple.

Alayone tressaillit 

— Mais ! C’est frère Guillaume ! D’où sort-il ainsi ? Quel est ce tripot 

—  Qui est frère Guillaume ? Lequel est-ce ?

—  Mon ami ne soyez point sot ! Voyez le moine là-bas... Je vous estimais plus perspicace… Mais qu’est ce lieu ? demanda-t-elle en plissant les yeux tentant de percer l’obscurité.

—  C’est une étuve, me semble-t-il.

—  Une étuve m’avouez-vous ? Il m’était d’avis que ces endroits fût clos. Que diable fait cet homme de foi chrétienne dans un lieu interdit même aux gents du peuple ?

—  Certainement qu’il s’y se baigne et passe un bon moment. Venez ma Mie, ne vous offusquez pas, dans ce quartier c’est chose courante, les moines, les chanoines, les plébains, logent près d’ici. Pensiez-vous encore que le port de la robe ne fît plus d’eux des hommes ? Ne restons pas en cet endroit.

—  Et bien oui, telle est ma conviction, se vêtir de l’habit d’ecclésiastique nécessite le respect et l’obéissance aux volontés du Saint-Père ! La Sainte-Eglise Catholique leur interdit toute déviance ! J’ai même lu que les moines ayant maîtresse devaient payer un tribut à Rome.

—  C’est bien là, la preuve que l’église le tolère ma Mie. Allons, éloignons-nous prestement, ce n’est pas là endroit convenable pour une jeune et délicate Damoiselle telle que vous.

—  Je n’y crois guère. Je ne consens cela. Je connais bien le frère Guillaume, sans doute est-il occupé à rendre raison à quelques âmes perdues.

—  Si tel est votre ressenti, il n’y a aucun fait pour s’attarder ici. Votre moine reste respectable et ne risque donc la colère de Dieu.

Alayone n’était pas persuadée d’avoir trouvé l’exacte explication à la présence du frocard (2) en ce lieu. Elle demeura un bref instant le regard figé sur frère Guillaume malgré l’insistance de Tristan pour quitter la rue Glatigny. Soudain elle s’exclama :

—  Tudieu ! Mais une fille s’accroche à lui !

—  Votre verbe ! Alayone, point ne m’avez-vous habitué à de tels mots.

—  C’est que je suis indignée Tristan ! Voyez ce coquin de moine et si l’on m’en croit c’est une professionnelle des sens qui lui tient le bras ! Ce n’est pas Dieu possible !

—  Ici, personne ne s’en choque. Ma Mie, de grâce, quittons cette rue malfamée. Alayo…

Il eut sitôt prononcé ces mots qu’elle avait déjà rejoints l’infidèle.

—  Mais que diable faites-vous céans avec cette créature ? J’en ai les sangs tous retournés !

—  Je vous pose la même question jeune fugueuse. Notre évêque sait-il que vous courrez les rues de Paris à pareille heure et en galante compagnie ? Dit-il en regardant Tristan s’avancer vers eux.

— C’est un gentilhomme, pas comme votre gaupe (3) !

—  Restez respectueuse de ma Mie.

—  Votre Mie ? Je me gausse ! Êtes-vous ivre frère Guillaume au point de partir en gogue avec la première bagasse (4) venue ?

—  Non pas je me suis juste éclairci le gavion d’une petite liqueur raffinée. Rien de plus.

—  Il n’y a pas que votre gosier qui semble avoir été ravi…

—  Cela ne nous regarde aucunement, Dame Gertrude, ici... —  il lui présenta le mur puis se retourna — non, ici céans, est délicate et je vais la prendre en dignes épousailles.

—  Votre bon sens est aussi dans l’aveuglement ma parole ! Avez-vous perdu l’esprit ?

Il fit alors de grands gestes qui le déséquilibrèrent et se retrouva le fessier sur le sol.

— Tristan, mon ami, ne restez pas là bras ballants, aidez-moi à le relever. Il nous faut le ramener à l’abbaye prestement avant que scandale ne le fasse prendre.

Ce à quoi l’impudique compagne du moine répliqua :

—  M’nez-le sous mon toit.

—  Mais vous n’y pensez guère ! Je ne le laisserais point retourner dans ce tripot rêver de canaillerie. C’est un homme d’église que vous venez de pervertir dans vos bras !...  Mais c’est qu’il est lourd ce coquin.

—  Non dame, j’loge là, dans un' p’tite chacunière (5) à l’entour. J’vous jure que j’lui souhaite que du bien à vot’ moine.

—  Pour ça, je ne doute point que vous ne lui briguiez que du bon temps dans votre lupanarde !

Frère Guillaume était aussi pesant qu’un corps mort et quelques nuitards (6) commençaient à faire foule autour d’eux. Certains riaient, d’autres murmuraient mais aucun ne passa son chemin sans intérêt tant le spectacle étant distrayant. Tristan convainquit Alayone, dont la colère était prête à éclater en un violent orage, de laisser le moine dans les bras de la belle-de-nuit, afin de quitter au plus vite les pavés de Paris. Après tout, il semble qu’il y serait bien soigné et que ces vœux, auprès de Gertrude, seraient exaucés. Ce n’est pas de gaieté de cœur qu’Alayone se plia aux exigences du moment. Eux, devaient partir avant que la nuit de s’écoule et que l’aube claire n’apparaisse.

Ils s’en retournèrent donc sans le religieux, le laissant ivre mort dans les bras de sa destinée. Le chemin du repli fut parcouru dans le silence. Ma petite maîtresse était inquiète, stupéfaite et surtout, elle se sentait trahie.

© Le roman a fait l'objet d'une procédure de protection des droits d'auteur auprès de l'INPI 

18 trahison

 

Illustration : Sandra GADRET


 

  1. Infime : Pour l'époque, traduire par infâme (Retour à la lecture)
  2. Frocard : Moine (Retour à la lecture)
  3. Gaupe : Prostituée, souillon, mal-propre (Retour à la lecture)
  4. Bagasse : Prostituée (Retour à la lecture)
  5. Chacunière : Maison ou logement (de chacun), chez-soi (Retour à la lecture)
  6. Nuitards : personnes qui aiment sortir la nuit (Retour à la lecture)

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Commentaires (1)

misslou
  • 1. misslou | 05/07/2017
Eh bien, il s'en passe des choses, même en 1488, dans les rues de Paris !
Alayone se sent trahie, mais pas par son Tristan et je suis contente que ces deux-là aillent donc bien ensemble.

Très bel épisode dans la lignée des précédents, très vivants, où il est captivant de suivre toute la nouvelle vie d'Alayone depuis qu'elle est près de Paris. On imagine que ces sorties nocturnes vont peut-être la rapprocher de notre sujet de sorcellerie, va-t-elle faire quelques curieuses rencontres ?... à mercredi

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