Roman partagé - Une âme charitable/ Mon conseil : les personnages secondaires

Bonjour,

Une âme charitable. On ne l'attendait pas et pourtant...

Bonne lecture et n'hésitez pas à publier vos commentaires.

Marie-Laure

Episode 22 - Une âme charitable

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MA DÉMARCHE - MES CONSEILS - Mon conseil en écriture d'aujourd'hui : Les personnages secondaires

Les personnages secondaires

Les personnages secondaires ne sont secondaires que dans le titre, car ils sont également très importants. Ce sont eux qui vont donner du relief à votre histoire. Ils vous aideront par leur réplique où la place qu’ils tiennent à un moment de votre récit de donner de la couleur à votre personnage principal.

Ils peuvent aider ou au contraire mettre en difficulté votre héros, grâce à eux, vous aller montrer des éléments de la personnalité de votre ou de vos personnages principaux.

Vous avez plusieurs échelles de personnages secondaires.

Les moins importants sont les figurants qui vont apporter un peu de réalisme à votre récit. Ce sera par exemple le baron de Montfort, ou même Jeanne d’Arc qui nous permettra de mieux comprendre le chanoine. Ils ne doivent pas prendre trop d’importance dans le récit, mais comme ils passent rapidement, vous pouvez les stéréotyper afin de ne pas perdre de temps dans la profondeur. C’est un personnage qui pourra disparaître facilement du reste de l’histoire.

Vous avez ensuite les personnages mineurs, qui ont un petit rôle, qui mettent l’ambiance ou donnent un petit coup de pouce de temps à autre. Ce sera notre petit Filibert. Le lecteur s’en souviendra, il voudra peut-être en savoir plus sur lui, mais il n’aura pas un rôle déterminant dans l’histoire. Ils peuvent par exemple apporter une pointe d’humour ou être effrayants, comme notre premier inquisiteur.

Puis nous avons les personnages secondaires importants pour l’histoire, les alliés contrastés du héros. C’est là que se situera notre chanoine. Ils ne forment pas l’histoire, mais sans eux, tout serait différent. Il peut être ami, ennemi, mais il donnera la réplique au héros de votre aventure. L’idéal est qu’il contraste avec le caractère de votre personnage principal afin de rendre l’histoire attrayante. Il peut être sa conscience ou au contraire le pousser à la faute, il équilibrera ses traits de caractère, il apportera ce qui manque à votre héros.

Notre chanoine est la raison, le bon sens que n’a pas Alayone et surtout un ami fidèle. Afin qu’il contraste encore plus avec notre héroïne, j’ai choisi de lui faire adopter un langage plus « médiéval » afin d’appuyer le fait qu’il n’ait pas eu d’instruction. Pour ce, je suis allée puisée dans les dictionnaires lexicaux, les tournures de phrases médiévales en les modernisant un peu afin de ne pas rendre la lecture difficile.

Par exemple, les interrogations étaient souvent en post position du sujet : de fer est-il ? Pour répondre « oui » on utilisait « o je » ou  « o tu », « o il » ou si fait…  Non n’existait pas, on disait « je non » ou « nen je » « nen tu » « nen il » très vite devenu « neni ». Le verbe était souvent situé en bout de phrase (un peu comme Yoda) « Que mon bracelet tu portes ». Ni, était « ne » ou était «  ne » et « ne » (il prit ne le gué, ne le pont). « Maintenant » : or, ha hora, lors, dès lors, des ore mais (devenu désormais)… Des tournures également que je ne maîtrise pas tout à fait et que j’arrange à mon goût afin de vous donner l’illusion d’un langage médiéval, aussi proche de la réalité que possible. Et comme le chanoine est censé ne pas s’exprimer dans un « françois » impeccable, tout reste cohérent.

(Retrouvez quelques documents et illustrations de recherche sur le compte pinterest du site Pinterest

 

Le roman

Chapitre 4

Quand les jours sont longs, en mai, j’aime le doux chant des oiseaux lointain ; et quand mon esprit s’éloigne de là, il me souvient d’un amour lointain ; je vais, plein de désir, inquiet et songeur, si bien que ni chant ni fleur d’aubépine ne me plaisent plus que l’hiver gelé.

Jaufré Rudel — Troubadour et croisé du XIIe siècle

2juin 1487 

 

 

Le chat

 

 

 

Je vis arriver un cheval, sur lequel était posé une sorte de pouacre (1) disgracieux et c’est sans peine que je le reconnus. Même s’il n’était pas sur le dos d’étoupe, il en avait égale allure.

Recevant la missive de l’évêque de Chalons et malgré qu’il est usé de son temps, le chanoine Richard est accouru. Le voici donc arrivé ce matin à l’Abbaye de Saint-Germain-des-Près où personne ne l’y attendait. Il reçut un accueil très enthousiaste et chaleureux, mais pareillement teinté de douleur. Le comte de Saint-Géran venait de prendre dix ans, il était à grand ahan (2) et terne.

– Mon profond Ami, c’est Dieu qui dans sa bienveillante charité vous envoie jusqu’à nous. Comme je vous sais gré d’avoir parcouru ces lieues, mais vous parvenez trop tard pour faire la connaissance de notre pauvre Gertrude. Quel mésaise ! Soyez sans déception, rien de ce que vous puissiez faire n’aurait eu écho.

–  De quoi vos sert (3) ? Autre si de leur vilenie les amender (4)

– N’y croyez rien, on vous aurait tenu chaitif (5) et brûlé sur le même bûcher. C’est ainsi que cela se produit. Si amentevez (6) vous faites, ils vous estiment contre leur foi. Maintenant, vous pouvez au moins prêter aide à l’afaitement (7) des cœurs d’Alayone et de Frère Guillaume qui sont grandement bléciés (8).

– Alayone est-elle céans ?

– Celée (9) dans sa chambre, non contre son grès, mais comme à son habitude en pareil chagrin, elle se cloître. Elle s’enferme dans une ardre haine (10) et je le crains, elle m’y compte également.

Le chanoine laissa là sa bougette (11) et après s’être enquis de la chambrée d’Alayone la rejoignit prestement.

Il trouva son huis clôt, alors il appela doucement :

– Alayone ?

Il attendit et reprit :

– Alayone ?

Il entendit une chaise crisser sur le sol.

– Alayone, y êtes-vous ?

Elle actionna la clé dans la serrure et la porte s’ouvrit. Elle demeura prostrée devant lui, des larmes perlaient sur ses joues sans couleurs. Il ne l’avait vu depuis près de trois années, elle avait bien changé et malgré la souffrance qui marquait son visage elle était restée très belle.

La surprise passée, l’émotion la lança dans ses bras et elle oppressa le chanoine avec force.

– Vous ! Vous ici ? Comme je suis en joie de vous revoir. Dit-elle en éclatant en sanglots.

Même si la convenance était outrepassée, il répondit à son étreinte. L’instant n’était pas à la réprimande et à dire vrai, il appréciait de sentir les cheveux d’Alayone sur son vieux museau. Tout lui revint : son amour paternel pour cette enfant n’avait pas faibli.

– Mon petit, mon petit, me laisser entrer ferez-vous ?

– C’est que je suis si heureuse de vous revoir, comment se porte père ? J’avais tant besoin de vous et vous voici.

– Infortunés chaitifs dans les serres des bourreaux. Haute justice ! Justice de sots et de cornards ! Parlesambieu, por coi, ce que est-ce tout ce char occis  (12) ? Quand l’évêque, vos peines m’a comander (13), mon palefroi ait sellé, ne de peine, ne d’ahan mon moutier je quittais pour vous porter aide (14). Et me voici céans, mais trop tard.

Elle fit entrer le religieux et sa face déconfite puis se blotti dans ses bras de vieillard tremblant et las. Elle déversa tout ce qu’elle avait sur le cœur dans un flot de larmes. Elle parlait sans retenue sachant qu’il ne la jugerait pas. Elle lui conta tout par le menu : son arrivée à l’Abbaye, la foire et sa rencontre avec Tristan, ses sorties clandestines, Gertrude et la tragédie. Elle se confia également sur sa dispute avec son céladon, mais passa sous silence le baiser de Guillaume qu’elle avait mis sous le compte d’un égarement sans importance.

Le chanoine écouta religieusement, elle pleura beaucoup et il la consola tout autant.

Il quitta la chambre alors que le soleil avait laissé place à la sombre nuit prétextant une grande fatigue et une aussi grosse faim. Il partit en cuisine où il rencontra le jeune Filibert. Ils prirent choses bien odorantes, sucrées et bien grasses, car « c’est bonne vérité que de nourrir les langueurs de mets gouleyants, riches qui le corps tiennent saint et dru ». Il fit monter avec lui l'oblat les bras chargés de victuailles huileuses et lourdes jusqu’à la chambre d’Alayone. Tous les trois mangèrent ensemble dans une totale inconvenance : il était grand temps de remettre de la belle couleur dans cette chambre. Demain il s’occuperait de Frère Guillaume, de l’évêque de Chalons, mais surtout, il souhaitait rencontrer le jeune Tristan qui à tous semblait plaire. Il comprenait que c’était un être élégant, intelligent et méritant. Son courage, sa ténacité et son audace face à une Alayone capricieuse et autoritaire étaient les signes d’un digne chevalier et ceci avait attisé sa curiosité.

 

3juin 1487

 

 

Le chat

 

 

 

J’aimai beaucoup ce vieil homme. Il était une des rares personnes à me considérer et à m’accorder une caresse de temps à autre.

– Ah te voilà, bête du Diable ! Votre merci sir chat de veiller sur Alayone. Tu es en vérité plus digne de Dieu que toutes ces perfides âmes par le démon visité de qui, de sang, remplissent leurs étoles.

Puis il se dirigea vers la chambre de Frère Guillaume. Je le suivais espérant d’autres gentillesses.

L’entrevue entre le vieux prêtre et Frère Guillaume fut courtoise et convenable mais également teintée d’une grande émotion. Régulièrement le moine se rendrait à Sarry avec l’évêque de Chalons et il en résulta un immense respect entre les deux hommes. Voir le chanoine entre ces murs, preuve de son affection et de son dévouement toucha le jeune moine.

Le père Richard entendit les propos de Guillaume. Le moine avait en mains le Marteau des sorcières, le fameux « Malleus Maleficarum ». Il le fit découvrir au vieillard qui en fut effaré, atterré puis empreint à une incommensurable colère lorsque Guillaume lui signifia que l’invention de l’imprimerie avait grandement bénéficié à la propagation de cet ouvrage grotesque et nauséabond.

Guillaume savait Gertrude perdue. Il était au fait également que toute intervention, non seulement vaine, rendait suspect celui qui la menait. Il était impossible de faire passer le moindre message à une sorcière enfermée à la tour Bon Bec. L’évêque avait tenté la chose et fut éconduit comme un manant.

Dans ce vent d’amitié sincère, il confessa son amour et son déni de Dieu.

Le jeune moine conta également avoir entendu un craquement dans le cou de Gertrude au moment ou le bourreau lui posa le sac sur la tête. Il surprit son regard porté vers l’évêque de Chalons qui se tenait tout près et compris aussitôt que ce dernier avait pu obtenir la seule chose qu’il était en espoir de lui être accordée. En cela, il lui resterait éternellement reconnaissant.

Mais Guillaume était meurtri dans son âme. Il aimait cette jeune femme, ce qu’elle était, ce qu’elle devenait, elle était remarquable de bonté et de courage. De sa passion première pour la chair était née une tendresse infinie. Il était maintenant imprégné de souffrance, de sa souffrance et de la souffrance de Gertrude qu’il vécut et ressentait encore. Et aujourd’hui il endurait le manque d’elle.

Dieu n’avait pour lui jamais été d’un grand réconfort, il portait la robe comme un modeste habit pour exercer son métier. Telle était la différence essentielle entre ces deux hommes. L’un suivit Dieu grâce à Jeanne, l’autre le perdait par la faute de Gertrude.

 

6juin 1487

 

 

Le chat

 

 

 

Tandis qu’Alayone reprenait lentement goût à la vie, ceci se traduisant par la reprise de la lecture dans sa chambre, Guillaume n’était qu’une ombre ne quittant son dortoir que pour suivre les offices sans plus de foi.

Alayone découvrit enfin une lecture prometteuse de savoir scientifique.  Le "Liber divinorum operum simplicis hominis" d'Hildegarde de Bingen. Il s'agissait des visions de la religieuse bénédictine, mais surtout c'était un mélange de théologie et de médecine, ce dernier art maintenant interdit à la douce gent et qu’Alayone adorait. Elle se dit qu'elle irait interroger l'évêque à ce sujet lorsque son ire envers lui sera moins âpre.

De son côté, le chanoine voulut rencontrer Tristan.

Il fut annoncé à la porte de l’hôtel particulier du baron de Montfort qui le reçut en quelques mots bien posés :

« Mon hoir est brillant et honnête homme, je vous prierai de ne point vouloir le gâcher avec une fille sans nom qui fréquente ribaudes et sorcières. Notre haute lignée ne sera point souillée par des bâtards de genre. Passez votre chemin mon père, votre démarche est inconvenante et indigne de votre robe. À ne jamais vous revoir ».

Il comprit tout et passa son chemin comme lui intima le baron.

 

10 juin 1487

 

Lai de Tristan à Alayone

 

 

 

Remis en discrétion par Filibert

Tristan souffre de sa Mie

Si elle rit n’est point sa compagnie

Si elle pleure, c’est par sa faute

Amour ce jour me fait défaut.

 

Pleur mon cœur du mal traité

Que vous et Dieu m’infligez

De votre ire si mérité

De votre charité, mande la pitié.

 

Je suis maubaillis (15), presque mort

De votre amour je songe encore

Ma colère m’a tout ôté

Vos yeux, vos bras, votre côté

 

Pardonnez ma Mie ma sauvagerie

J’ai oublié la chevalerie

De votre vie souhaite être apôtre

De cet amour qui fut le nôtre.

 

Je pars sans écu et sans lit

Où que je vais par temps fleuri

Mon cœur restera sombre d’être vide

Que le temps apaise ou amour finisse.

 

Je suis aussi empli de chagrin

Croyez-m’en j’ai supplié en vain

Rien n’y puit contre le martyre

N’y portez pas ici votre ire.

 

Mais plus dans ma faiblesse

Dans ma colère et ma bassesse

Pardonnez ce premier baiser

Point n’est ainsi que je l’eu espéré.

 

Je suis comme vous en deuil

En cette tragédie ai perdu deux linceuls

Celui d’une amitié et d’un fol amour

Pour qui aujourd’hui me voici troubadour

 

Je reviendrai fort d’espérance

De vous revoir que bien y pense

Dans le pardon de votre âme

Et ferai de vous ma Dame.

 

© Le roman a fait l'objet d'une procédure de protection des droits d'auteur auprès de l'INPI 

Une âme charitable

 

Illustration : Marie-Laure KÖNIG

 

  1. Pouacre : Personne laide ou sale. (Retour à la lecture)
  2. Grand ahan : avec beaucoup de peine (Retour à la lecture)
  3. De quoi vo sert : a quoi ça sert (Retour à la lecture)
  4. Autre si de leur vilenie les amender : les châtier de leur vilenie (Retour à la lecture)
  5. Chaitif : prisonnier (Retour à la lecture)
  6. Amentevez : avoir de l’esprit (Retour à la lecture)
  7. L’afaitement : La réparation (Retour à la lecture)
  8. Bléciés : meurtis (Retour à la lecture)
  9. Celée : cachée (Retour à la lecture)
  10. Ardre haine : haine brûlante (Retour à la lecture)
  11. Bougette : besace (Retour à la lecture)
  12. Parlesambieu : par le sang de Dieu, devenu parbleu. Por coi (pourquoi), ce que est-ce (qu’est-ce que c’est) tout ce char (chair) occis (Retour à la lecture)
  13. Comander : confier (Retour à la lecture)
  14. ne de peine, ne d’ahan mon moutier je quittais pour vous porter aide : avec beaucoup de peine et de fatigue, je quittais mon monastère (Retour à la lecture)
  15. Maubaillis : mal au point (Retour à la lecture)

 

 

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Commentaires (1)

misslou
  • 1. misslou | 08/08/2017
Le Malleus se poursuit dans une langue de plus en plus enrichie du style et des tournures moyenâgeuses, bravo ! et le lecteur doit "s'accrocher" surtout au tout début, mais la lecture est ensuite plus facile et finit par un très joli poème, ce lai fort bien tourné.

On est dans cet épisode encore sous le choc et la tristesse qui fait suite au malheur de Gertrude. A demain, pour découvrir peut-être quelle direction va maintenant prendre Alayone et quels sont les évènements qui vont animer tous les personnages de l'Abbaye de St Germain...Je pourrais faire un souhait également, puisqu'il est question des personnages secondaires, c'est que le chat, qui sert le plus souvent de narrateur, soit à un moment, acteur dans le destin de notre jeune héroïne....

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