Le vin noir (Cape et épées)

le 14/06/2016 à 23:07

La ruelle était étroite. Seule une fine tranche de ciel, curieusement à la verticale du ruisselet qui en divise le pavé, laisse passer une lumière grise. Il fait cependant assez clair pour y percevoir les allées et venues encore rares à cette heure avant que les premières cloches fissent entendre leur voix. A cette époque de l'année, les hommes se levaient tôt pour aller aux champs préparer les moissons. Ils ne tarderaient pas à sortir. Prudence restait de mise cependant.....il ne pouvait (a suivre)
morris

le 15/06/2016 à 11:02

se laisser aller à flâner dans les rues alors que le soleil n'était pas encore vraiment levé. Mais il fallait tout de même qu'il porte se message avant l'aube, et malgré les risques encourus il était capital que ce plis soit remis à son destinataire. Bien que brave, les événements de ces derniers jours rendaient sa démarche agitée et il lui tardait d'arriver à bon port.
Dixi
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le 15/06/2016 à 14:57

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Ecrivons un livre - Marie-Laure de la Team - www.marielaurekonig.fr

le 15/06/2016 à 22:35

J'aime le début. On s'interroge sur le plis, son contenu et surtout qu'elle est cette urgence ! Une bonne histoire en perspective avec de l'intrigue et du suspense selon moi d'après le début
Accro à la lecture ;)

le 16/06/2016 à 09:35

Sortant de la ruelle assombrie par des maisons de village élevées le dominant, Jacob fut surpris d’apercevoir, ça et là, autant de monde, à cette heure pourtant si matinale, dans la rue principale de ce village de pierre lui étant apparu si froid jusqu'alors.
Les habitants se croisaient et s’entrecroisaient dans les ruelles pavés comme des silhouettes sans âme. Chacun devaient avoir une besogne à réaliser et chacun y était concentré. Qu'il eut été urgent, décisif, utile ou dérisoire, toutes ces personnes avaient un dessein précis et comptait bien le réaliser malgré la brume humide qui enveloppait le petit village de Sorenti ce matin là. Perdus dans leurs pensées, Jacob s'amusait à créer à chacun d'eux une brève histoire de vie. Tiens ! Celui ci serait un père de famille, levé aux aurores, il devait aller aider son ami proche à préparer le pain, cette dernière, avançant d'un pas rapide, sortait surement de chez son amant et tentait de rejoindre son domicile hâtivement, pour ne pas éveiller de soupçons.
Une pensée fugace traversa Jacob : il fallait pour lui traverser ce village rapidement. Il le savait, il le fallait absolument.
Les pavés étaient gris, froids et humides d'un orage qui, la veille, avait frappé Sorenti. Jacob glissait et manquait de s'écrouler à chaque pas. Il aurait du ralentir sa cadence pour s'adapter à cette humidité mais il n'en était aucunement question. Le pli qu'il tenait précieusement entre ses doigts crispés devait être remis. Le destin de trois personnes en serait probablement bouleverser. Mais Jacob n'était pas de ces personnes qui jugeaient la probabilité d'une suite à l'histoire. Ce qui devait être fait, devait l'être absolument. Au diable les suppositions.
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le 16/06/2016 à 18:26

Jacob fut brusquement interrompu dans son monologue par un grondement sourd qui fit trembler l'air. L'écho d'un orage plus loin sur la plaine. Bien qu'il ne fût pas crédule, il se signa aussitôt. Invoquer, même à la légère, le nom du Malin alors qu'il entreprenait une mission dangereuse était imprudent... au minimum. D'autres fols y avaient laissé leur existence ou leur liberté.

Jacob hâta le pas afin de rejoindre le relais de poste où il avait retenu un cheval solide et rapide. Profitant de ce bref répit, offert par la nécessaire préparation de la monture à son long voyage, il s'assit sur une botte de paille et convoqua ses souvenirs.

Il y a de cela un mois, de curieux visiteurs vinrent toquer à la porte de sa demeure en plein après-midi. Etrange duo constitué d'un bateleur de foire et d'un opulent commerçant de la cité. Ceux-ci désiraient qu'il se fasse leur postier afin de remettre plusieurs plis en mains propres. Pas plus d'informations que cela... mais quatre louis d'or pour sa peine. S'il acceptait, il devait se rendre en un lieu-dit pour récupérer les plis en question et la bourse nécessaire à son périple. Intrigué, Jacob suivit les instructions et se mit en route. Quittant le pays de Flandres, il partit vers le nord et traversa la frontière qui séparait le Royaume des Lys des Pays-Bas Espagnols. Il avait toujours sur sa personne un passeport en règle afin de ne pas perdre de temps. Cependant cette mission banale...
morris
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Modérateur

le 16/06/2016 à 18:43

Morris, peux-tu nous préciser l'époque où tu situes le récit ? J'aime beaucoup le fait que ce ne soit pas contemporain
Ecrivons un livre - Marie-Laure de la Team - www.marielaurekonig.fr

le 17/06/2016 à 09:11

(juste pour vous dire que si je m'amuse à écrire dans l'histoire n°1, je vous lis aussi et que je suis bien curieuse de connaître la suite. Où va mener cette histoire de foire et de commerçant…?)
“Le pluriel d'un maréchal, c'est des maraîchers. Le pluriel d'un général, c'est des générés.” Boris Vian
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le 17/06/2016 à 22:28

Ce récit se passe au XVIIème siècle au Royaume des Lys et dans les Pays-bas Espagnols. Du moins, à ce stade......

Merci pour les compliments, cela me fait plaisir. Toutes les contributions sont bienvenues. J'espère pouvoir suivre l'imprévu apporté par les plumes des co-auteurs.
morris

le 17/06/2016 à 23:00

......lui fit emprunter des sentiers bien imprévus. Il lui fallu aussi, à l'occasion, se rappeler certains de ces talents qu'il voulait oublier. Ne tenant pas compte du curieux trio qui le mit sur cette affaire, les premiers jours furent sans caractéristiques marquantes. La première missive, une enveloppe du plus beau papier d'étoffes à l'adresse finement calligraphiée et scellée cire parfumée. A remettre à Dame Aliénor de La Vega. On pouvait trouver celle-ci à l'hostellerie Saint-Jacques size à la Maison de Citeaux de Thorembais en Brabant. Celle-ci le reçu en personne mais il ne put en distinguer le visage couvert par un voile de lin à l'exception du regard d'un vert émeraude de la plus eau. Ce qui suffit à faire perdre à Jacob son impassibilité de commande. Heureusement, la transaction fut rapide et le messager se remit en route non sans avoir remarqué que la Dame possédait aussi de très jolies mains...
morris

le 18/06/2016 à 20:04

Il reprit la route pour aller plus au sud non sans avoir copieusement souper et prit un repos nécessaire à l'auberge pour son voyage du lendemain. Il lui fallait aller plus au sud et traverser une nouvelle frontière vers la Champagne. Jacob était en effet, malgré les apparences, homme de lettres. Il remit son second plis, sans difficulté à un moine logeant à l'Abbaye Saint Arnoul, dans la capital de Valois.

Mais aujourd'hui, tout était différent. Il se trouvait en plein coeur de Paris avec sa dernière missive se demandant quel rapport il pouvait y avoir avec la Dame Aliénor de La Vega, ce petit moine et...
Dixi

le 18/06/2016 à 23:37

Ce jour même où Jacob accepta la course, un événement plutôt mystérieux mis les troupes en poste dans la citadelle de Lille sur pied de guerre. En pleine nuit noire, quatre brasiers furent allumés successivement sur le pays entourant la forteresse. Chaque feu placé à l'un des points cardinaux d'une rose des vents dont le bâtiment figurerait le point central. Les patrouilles envoyées aussitôt ne purent que constater les faits. Le Haut Etat-Major décida de faire surveiller les lieux et de poster des sentinelles sur tous les points stratégiques de la ville. Il craignait un coup de force des Espagnols. Ce curieux manège se reproduisit plusieurs nuits se suite. Exacerbant la nervosité des soldats et instillant la crainte des bourgeois.

Finalement, les feux se dissipèrent et la cité retrouva sa quiétude. Nul ne sut le fin mot de l'histoire. Cependant, si les murs pouvaient partager leurs confidences, celui de la porte nord vous dirait que suivant la première patrouille, une silhouette de noir vêtue, sur un étalon noir comme le charbon de bois passa le seuil et prit le chemin de l'Empire...

Au même moment, le gouverneur espagnol des Pays-Bas recevait discrètement la visite d'un envoyé du Cardinal de Richelieu. Qui lui apprit avoir du faire face à une attaque de bandits sur son chemin vers Bruxelles. Bandits qui parlaient le castillan et se en soldat bien entraîné. Il devait son salut à l'arrivée d'un convoi de céréales bien gardé. Cet entretien, nul au palais n'en eut connaissance. De son objet, il n'est point temps ici de le dévoiler. Sachez seulement que cinq individus partageaient ce secret : Louis XIII, Richelieu, Philippe IV, le messager incognito et le gouverneur de la place de Bruxelles. De ce qu'il advint par la suite fera partie intégrante de notre récit.
morris

le 20/06/2016 à 16:07

Jacob était ce qu’il était convenu d’appeler à cette époque un descendant de marrane, c’est-à-dire un de ces juifs espagnols convertis de force au catholicisme. Sa famille ibérique avait décidé de quitter ce pays plutôt belliqueux et méfiants à l’égard de ces gens ayant adopté la vraie religion pour sauver leur vie. Aussi, le mieux lorsque l’on était dans le commerce et toujours victime des préjugés était de partir vers des contrées lointaines et néanmoins plus hospitalières. Jacob n’avait pas connu cette migration mais il savait par la bouche de son grand-père, de son père ensuite, combien il avait été difficile de quitter son pays, de laisser ses biens, ses amis pour rejoindre un pays lointain, froid, rude et pas toujours hospitalier.
Mais les flamands étaient d’abord des hommes d’affaire, de grand voyageurs également : aussi eurent-ils tôt fait de faire la part des choses. Jacob avait certes garder quelques us de ces ancêtres mais l'essentiel était ailleurs : se fondre dans le paysage et aller jusqu'au bout de sa mission.
Il savait que les temps étaient durs, que Marie de Médicis, mère maudite du roi français, était maintenant réfugiée à Bruxelles et complotait contre son fils...
Canopé

le 20/06/2016 à 23:30

La mission de Jacob s'acheva avec la dernière livraison. Il s'avéra que seule cette missive était de quelque importance. Les deux autres, de nature strictement privée, ne servaient qu'à brouiller les pistes pour d'éventuels indiscrets. Le destinataire, un certain Sieur Bonaventure, marchand d'épice de son état, lui expliqua de quoi, il retournait. Il s'agissait d'une lettre de change confirmant le dépôt d'une certaine somme en or auprès d'une banque de Florence. Cet or, réuni par une coterie de riches bourgeois, devait servir à acheter incognito des terres dans les Amériques Anglaises. Pestant contre l'indiscrétion de l'homme, Jacob empocha le prix de son travail et s'en retourna sur les chemins. Où, nous l'abandonnons pour un moment.

Revenons maintenant sur nos pas. Bruxelles. Le Palais du Gouverneur Don Alessandro Gimenez. Un bureau discret et inconnu de la majorité des habitués du palais. En fait, la pièce se trouvait en dessous du bureau de son Excellence. On y descendait par une trappe indétectable à l'œil nu.

"Je vous sais prudent, Votre Excellence ! Mais que justifie ce surplus de précautions ? "
L'homme, qui venait de parler, se nommait Roberto Etcheverry. Il était le confident de Don Gimenez et le chef de son service de renseignement.

- La situation est grave, Roberto. Très grave ! Il nous faut être très prudent ! Rien ne doit transpirer ! "
- Je vous écoute, Monseigneur !
- Je viens de recevoir un messager du Cardinal de Richelieu. Me faisant part d'une menace susceptible de mettre la totalité des royaumes à feu et à sang !
- Richelieu... mais...
- Tous les souverains sont face à la même menace. Il est temps de celer nos querelles. Tu vas porter ce message au roi, en mains propres. Sa majesté se réservera de te mettre au courant si elle l'estime utile. Fais vite ! Et voici une lettre de la Reine de France à son frère.
- A votre service, Don Gimenez. Je pars de suite.
- Et sois prudent... nous aurons grand besoin de toi, El Capitan !

Etcheverry prit le chemin de l'Espagne avant l'aube. Il prit soin cependant de se faire suivre à distance précise par mes meilleurs cavaliers. La précaution ne fut pas vaine.
morris

le 21/06/2016 à 10:21

De son côté Don Gimenez ne décolérait pas : mais qu’est-elle venue faire ici ? Que croit-elle ? Que nous allons prendre fait et cause pour elle, contre le Cardinal ? Contre le roi de France ?
Toutefois il fallait malgré tout la ménager, cette femme était encore redoutable, elle avait de puissants alliés, ne serait-ce que sa fille, l’épouse de Philippe IV et même le gendre anglais ne serait pas mécontent de mettre quelques bâtons dans les roues de frère ennemi français.
Non, il fallait la voir, lui parler, faire des ronds de jambes et chercher à savoir ce qu’elle avait dans la tête. Toute la vie de cette reine déchue n’avait été qu’intrigues. La Florentine aimait les bijoux, le pouvoir à la même hauteur qu’elle détestait son fils et qu’elle haïssait le Cardinal qui l’avait trahi.
Elle était capable de tout y compris soudoyer quelques puissants en leur faisant passer des plis vides de sens pour les non initiés mais oh combien dangereux pour ceux qui savaient lire entre les lignes.
Il fallait qu’Etcheverry arrive au plus vite à destination, puisse être reçu par le roi Philippe lui-même et lui dire quel danger résidait dans sa bonne ville de Bruxelles.
En attendant, Don Gimenez pris son chapeau, interpella un serviteur et s’apprêta à affronter cette italienne au sang chaud.

Ps : Petite note : Richelieu, Louis XIII et Marie de Médicis sont décédés à quelques mois d'intervalle. Toute sa vie, cette mauvaise mère a combattu son fils, complotant contre lui et trouva même refuge à la fin de sa vie dans le Hainaut ! Rien ne s'oppose donc à ce qu'elle soit inclus dans la trame de cette histoire
Canopé

le 22/06/2016 à 13:49

Roberto Etcheverry était un bel homme brun, la trentaine qui plaisait beaucoup aux dames. Cultivé, il appartenait à une famille bourgeoise de Saint Jean de Luz qui avait fait fortune dans le commerce de la pêche. Mais la peste, la fréquentation de ce modeste port par de multiples malfrats, avaient poussé la famille à s’installer plus au sud, de l’autre côté des Pyrénées. Toutefois, le père de Roberto, basque convaincu était resté dans cette région qu’il aimait tant. Il transmit l’amour de ses racines à ses enfants. L’histoire en serait restée là, si le plus jeune d’entre eux n’avait pas décidé de s’acoquiner avec un groupuscule décidé à combattre le roi d’Espagne. Les membres de groupe furent démasqués, traduits en justice et exécutés.

La famille en fut très affectée. Surveillée, elle adopta profil bas mais l’un des fils né un peu plus tard, comme pour remplacer le précédent et qu’on prénomma Roberto, n’oublia jamais la souffrance endurée par les siens. Il grandit, se forgea un caractère bien trempée, rongea son frein et d’attendit son heure. Cette dernière arriva lorsque de passage dans la mère patrie, Don Gimenez remarqua ce jeune homme brillant, ami de son fils, étudiant tous les deux à Madrid. Cet homme important, qui avait les oreilles du roi, décida de prendre ce basque sous son aile, de le former aux arcanes de la politique et de l’emmener avec lui à Bruxelles. L’habilité de Roberto fit le reste : il sut se rendre indispensable. Et c’est ainsi qu’un matin d’hiver il se trouvait à galoper sur les routes à destination de Madrid.

Toutefois, il savait qu'il lui fallait effectuer une première halte à Paris.
Canopé

le 22/06/2016 à 18:20

A Paris, Roberto repris contact avec une vieille connaissance : le Comte de Rochefort, agent très spécial de son Eminence le Cardinal de Richelieu. Ensemble, ils prirent la direction de l'Espagne. Pour s'arrêter juste au deçà des Pyrénées en un lieu nommé Roncevaux. Une voiture vint les y chercher pour les mener à une petite maison isolée dans une des vallées du pays basque. En cette humble demeure attendait Philippe IV. Son escorte parfaitement invisible. Les mondanités et marques de respect effectuées,on passa à l'essentiel.
Voici le récit que le Roi fit aux deux agents :
morris

le 22/06/2016 à 19:33

« Un document scellé, découvert par hasard dans les restes d'une carriole, mis les autorités royales de France et d'Espagne au courant de l'existence d'un complot visant à l'élimination physique des familles royales catholiques ainsi que de leurs maisons nobles les plus hautes. L'objectif étant de déclencher une guerre civile européenne permettant aux instances de l'Eglise Réformée Ecossaise de prendre le pouvoir afin de bâtir le règne du Seigneur sur cette terre. La Paix d'Alep de 1629, permettant la fin des guerres de religion et une nouvelle entente, on pu penser que cette affaire n'était plus d'actualité. Malheureusement, il fallu déchanter très vite. L'interception d'un convoi d'armes illégales, près de Tolède, mit les services espagnols sur la piste d'une bande d'hérétiques vivant d'extorsions et de rapines aux environs de la frontière avec le Royaume du Portugal. Leurs interrogatoires confirma qu'ils n'attendaient qu'un signal pour sortit par milliers de l'ombre et frapper partout où cela se justifiait. Ironiquement, ils ignoraient la nature et l'apparence dudit message. D'autres arrestations en France et en Espagne permirent d'identifier un petit cercle d'individus. De bons bourgeois voyageant pour leurs affaires entre la France et l'Espagne uniquement par voie d'eau. Ils semblaient constituer un cercle autour d'un nommé Aaron Flint, négociant anglais en vins de Bordeaux. Et connu des services de la Couronne Anglaise comme faisant partie des commensaux d'Olivier Cromwell, parlementaire influent. »

Le Roi termina en ajoutant que le dénommé Flint venait de s'installer à Paris, non loin du Louvre. La mission des deux agents était de surveiller attentivement cette clique afin de découvrir leurs manigances et d'éliminer la menace. Ils disposaient pour cela d'un blanc-seing et de la capacité de requérir toute aide nécessaire sur les deux royaumes. Officiellement, ils venaient d'embarquer pour les Amériques à la recherche du fils disparu du Vice-Roi du Mexique. A eux de rentrer incognito dans Paris et… Chaque partie reprit ensuite son chemin. Et...
morris

le 25/06/2016 à 22:56

Trois mois plus tard, les moines du Père Joseph identifiaient les 10 marchands de ce curieux cercle. Ils semblaient venir de tous les royaumes d'Europe. Jacob Coene venait des Pays-Bas espagnol, Barnabe Bismaux de Bourgogne, Ernst Schmidt de Cologne, Camillo Gambrini de Florence,… les autres venaient de Suisse, de la Principauté de Liège, de Sicile, de Toulouse et un dernier personnage déjà connu de nos lecteurs le Sieur Bonaventure. Tous de puissants personnages dans leur commerce entretenant des contacts étroits avec le milieu des banques et celui des bateliers. Entre les allers retours des marchandises et les pérégrinations de ces messieurs, leur cercle étendait ses influences à travers tous les territoires. Cependant, les silencieuses sentinelles du royaume des lys ne parviennent nullement à déterminer ce qui se trame et le lien éventuel avec le complot tant redouté. Une information utilisable cependant : tous passent à un moment ou un autre, seul ou avec leurs compères, dans un curieux estaminet "La Flèche d'or". Lieu très particulier car peu fréquenté et toujours par une même pratique de commis .Un poste d'observation fut donc installé face au débit de vins. Le manège usuel se poursuivait sans alarme. Un seul incident remarquable : un importun expulsé avec violence qui s'avéra être comédien ambulant...
morris

le 28/07/2016 à 17:40

Rochefort, que l'on disait l'âme damnée de Richelieu était comte avant que d'être espion. Aristocrate dans l'âme, élevé à la dure par un père qui l'avait formé aux armes et à l'honneur d'un nom, il avait su voir tout l'intérêt qu'il y aurait à servir Armand Jean Du Plessis, cardinal de Richelieu. Cet homme se méfiait des Grands et de leur esprit de rébellion et avait entrepris de les mater , pensant sans doute avec raison que leurs exigences rabaissaient la France. Le père de Rochefort l'exhortait en ce sens, persuadé que le Cardinal , souvent malade, au regard aigu et à la volonté de fer, serait l'avenir de la France. Il l'était devenu, grâce à sa grande intelligence et son goût pour les intrigues qu'il préférait voir comme de la diplomatie. En ces temps-là, l'Espagne et ses immenses territoires passaient pour être le grand ennemi de la France. Le mariage de Louis XIII avec l'infante d'Espagne Anne d'Autriche n'avait guère rapproché les deux pays et il convenait d'agir. Il n'y avait pas à la cour de France que la méfiance régnait. Rochefort n'aimait pas ce jeune homme avec qui il avait dû voyager, lui rappelant trop qu'il avait été jadis mousquetaire du Roi.

- Votre Eminence....

Mais Richelieu n'avait rien voulu entendre de ses plaintes et lui avait lancé ce fameux regard avant de caresser un de ses chers chats perché sur ses cuisses. Ce qui était la marque pour qui avait affaire à lui que l'entretien était terminé.

Et puis, Rochefort s'était laissé griser par l'aventure, le danger présent et les révélations fracassantes de Philippe IV d'Espagne. Cet Aaron Flint était l'adversaire de Richelieu, donc le sien. Il s'occuperait de Jacob plus tard.

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