Jeu concours "l'attrape-rêves" - Avril 2017

Concours clôt.

Nous vous laissons avec ces moments de rêve.

Jeu concours "l'attrape rêve"

Histoire n°1 (Auteur : Neph)

Vivre laisse souvent des traces, des marques, et le temps achève l'usure de ma petite personne. Parfois je me pose la question, le temps existe t-il réellement ? N'est-il qu'une fuite d'idées qui se chevauchent, qui se ressemblent et, s'assemblent dans le grand tout? Le grand créateur doit bien s'amuser du haut des cieux, ou, du haut de sa tour, qui sait ? 

La vie, elle même n'est -elle pas qu'un rêve, un commencement de quelque chose d'essentiel, que l'on a oublié, mais que, pourtant, on recherche toute sa vie ? Vivre d'un rêve éveillé, ou rêver sans avoir conscience de qui l'on est réellement ? Je suis ce que l'on appelle un passeur de rêves, j’erre entre deux mondes, celui du rêve et celui de la réalité, tel qu'on la conçoit habituellement.

Prisonnier de cette dimension des "entre-deux mondes", j'aimerais parfois trouver une porte de sortie, mais la richesse de mes expériences me poussent à rester où je me trouve. Tantôt, me voilà plonger dans les rêves les plus divers et variés, tantôt, mes propres rêves deviennent réalité. Quelques fois aussi, mes pires craintes, se concrétisent devant mes yeux. Je ne suis pas libre de créer, je ne fais que contrôler, capter et vivre les rêves d'autrui. Je suis bien réel, j'existe bien physiquement, et psychiquement, ma réalité est encore plus forte, bien que mystérieusement inconnue de tous.

Souvent, je me sens bien seul, mais, effectuant de bon cœur ma mission, j'agis toujours comme un pare-feu, contre les rêves trop envahissants, ou trop cauchemardesques. Je suis le gardien du monde des rêves, je capture dans mes filets tout ce qui est sombre, tout ce qui est ténébreux. Étant à la fois un objet physique, et un grand esprit, je guide toute personne faisant appel à moi. Point d’apocalypse des pensées, je hiérarchise, je classe et je censure, pour le bien de mes protégés.

De moins en moins de personnes croient en mon existence, autrement que la croyance en mon corps physique, qui est selon certains, un peu arrondi. Attention ! Je ne suis pas "gros" ! Que les langues profanes et vulgaires s'abstiennent de me dévisager par leurs mots peu soigneux! Parez-moi plutôt de vos plus belles plumes, prenez soin de moi et je serrais le protecteur de votre logis.

Depuis des temps immémoriaux, je protège les clans, les familles, les amis, et toute personne croyant en moi. La foi est comme une montagne qui culmine, celui qui est à son sommet peut tout et voit tout. Mais, la foi est en train de disparaître de plus en plus, les contes et les légendes se perdent. Si les gens avaient conscience que la vie est magique, si précieuse et si merveilleuse, ils ne la traiteraient pas ainsi. L'être humain se perd, en quête d'une origine perdue, il ne sait plus qui il est, ni d'où il vient. Sa vie est-elle fausse, ses rêves sont-ils plus authentiques ? N'avez vous jamais fait un rêve qui a l'air plus vrai que la réalité ? Ne vous êtes-vous jamais questionné du véritable but de la vie ? Peut-être vivez-vous dans un rêve ?

Tout comme moi, je pense que vous vivez entre les mondes, entre votre vie, vos rêves, vos espoirs, vos luttes, vos aspirations et votre imagination. Je suis là pour vous le rappeler, ne vous perdez pas en cours de route, vous êtes plus que ce que ne vous pensez. Ne luttez pas, vivez ! 

Ne m'oubliez pas, comme je ne vous ai pas oublié. Apprenez que le passé, les histoires des anciens, ne sont pas à mettre à la poubelle. Rêvez, rêvez tant que vous le pouvez, vivez de vos rêves et de vos espoirs, car celui qui n'a plus de rêves n'a plus d'espoir et fini par s'éteindre. Je ne veux pas m'éteindre, je veux continuer à rêver. Faites-moi rêvez, car la vie est une histoire. Contez-moi la vôtre, et je vous conterais la mienne.

Histoire n°2 (Auteur : DelphineB)

Mamie s’est invitée chez moi

Vendredi fin de journée, il fait froid, c’est l’hiver. 

Nous sommes le 24 décembre. Cette année je bosse, je suis de permanence à l’agence. Alors les fêtes, ce sera la semaine prochaine, en famille, lors du nouvel an. J’ai déjà hâte de retrouver les miens. La perspective d’emballer encore quelques cadeaux me plait. J’aime tellement ça offrir des présents. Pas des gros mais des petites attentions personnalisées.

Je passe chez le traiteur et à la boulangerie avant de rentrer. Je suis toute seule à Noël mais j’ai tout de même prévu mon dîner, ma petite fête.
J’appelle mes parents sur le chemin. Je préfère leur faire un coucou maintenant plutôt que t’entendre tout le monde derrière le combiné et puis je n’ai pas envie de pleurer en écoutant « Petit Papa Noël » de Tino Rossi. Ma mère aime le mettre par tradition. Ca lui fait plaisir mais moi ca me noue le cœur et j’ai à chaque fois les larmes aux yeux.

Voilà, je rentre dans mon immeuble et, en prenant le courrier, je sens une odeur qui m’émeut. Une odeur que je pourrais reconnaître entre mille. Je sens la tarte aux pommes de Mamie, de Ma Mamie. La tarte qui vient de sortir du four, celle faite avec la pâte maison, avec les bords irréguliers. Celle avec le nappage à la confiture d’abricot maison, elle aussi. Celle de l’enfance, des dimanches midi après le poulet frites et l’Orangina. Celle du fait maison qui a ce goût unique et irremplaçable. De l’attention qui fera plaisir aux autres. Celle de l’amour tout simplement.
Je monte les marches, les bras chargés, et plus je monte et plus l’odeur est présente. Qui fait ce genre de tarte dans mon immeuble ? Je vais mener l’enquête car je ne compte pas attendre la « Fête des voisins » pour le découvrir !!!
Je mets la clef dans la porte et je ne sens aucune résistance, aucun tour à faire, la porte s’ouvre. Quelqu’un est entré chez moi. 
C’est Mamie. Mamie est là ! Je n’en crois pas mes yeux. Un regard, je la prends dans les bras. Je la serre fort. Elle m’embrasse avec ses bises à deux sons rien qu’à elle. Je sens la peau fine de ses joues toutes douces. Je sens son odeur de Mamie, son parfum rassurant, bien à elle. Je sens aussi l’odeur de la laque, le spray doré qui faisait tenir sa mise en plis. Mamie est de sortie, Mamie s’est invitée chez moi…
Quelle surprise, quel bonheur, je suis si émue de l’avoir près de moi. 
L’odeur de la tarte que j’avais reconnue dès le rez de chaussée c’est elle.
Je me mets à l’aise, je vois qu’elle s’est installée. Elle a mis sa belle robe aux tons gris, son gilet mauve et porte un petit foulard violet. Elle est coquette. Elle est toute belle. Elle a mis son rouge à lèvres, fait « sa ligne d’eau », comme disait Papy. Elle est en collant car mes chaussons sont trop petits pour elle… Heureusement que j’ai de la moquette !

Tout est rangé, elle a installé de quoi se poser sur la table du salon.
Je reste sans voix. Mamie, depuis tout ce temps où tu n’es plus, te voilà chez moi, à me rendre une visite surprise. Je n’ai pas parlé jusqu’ici, elle non plus. Le silence règne. Je suis curieuse et je lui demande: « Comment as tu fait pour arriver ici ? ». Elle sourit, son sourire est une énigme, comme celui de la Joconde. Je ne pose plus de questions, je profite. Je ne sais pas quoi dire, j’en ai les larmes aux yeux. 
Je me sens apaisée. Je sors 2 flûtes à Champagne, on va trinquer. Nous levons nos verres et je dis « A la nôtre et Joyeux Noël ».
Mamie reste silencieuse. C’est curieux. Je n’ose pas parler à haute voix, alors je me mets à chuchoter et je me lance dans un monologue : 

« Mamie, tu ne peux pas savoir comme ça me fait plaisir que tu sois là. Je suis surprise et si heureuse. Je n’aurais pas pu imaginer une chose pareille.
Depuis que tu es partie, tu es toujours près de moi. Je pense souvent à toi. Avec Johan (mon cousin), nous ne cessons de t’avoir avec nous lors de nos coups de téléphone. Ce sera à celui qui dira à l’autre en premier : « Alors ? Quoi de neuf ? » pour que l’autre réponde : « Ben ! La moitié de 18 ! ».

Je la vois sourire. Elle sort son mouchoir de sa poche et s’essuie les yeux.

« Cette phrase c’est celle que tu lui disais quand il venait vous rendre visite à toi et Papy le dimanche midi. Après s’être rasé, la seule fois de la semaine, pour ne pas te piquer en t’embrassant. Depuis Johan s’est marié, il est tiré à quatre épingles et se rase tous les jours. Il a délaissé son bermuda entre le 15 mars et le 20 octobre et ne le porte plus que l’été, le vrai celui du calendrier, pas celui qu’il s’est fixé !!!
A chaque Noël je lui offre un paquet de Figolu, c’est une tradition, tu lui en mettais dans son paquet du dimanche soir avant qu’il ne regagne la pension. C’est l’occasion pour nous de nous regarder et de nous sourire et de faire un clin d’œil entendu. Et lui de t’adresser cette phrase : « Tu vois Mamie tu es avec nous ».
Avec Johan on parle souvent de toi. 

L’an dernier, le jour de ton anniversaire, nous étions au téléphone ensemble, il m’a dit soudain. Aujourd’hui c’est l’anniversaire de Mamie. C’était un dimanche. Il y a eu un silence, j’ai eu le nez qui pique et j’ai souri. Je lui ai dit que je savais. On s’est dit que tu aurais eu 96 ans et que les bougies auraient coûté plus cher que le gâteau ! On a parlé de toi, quelques anecdotes : les parties de cartes, les tartes aux pommes et les iles flottantes, l’argent de poche le dimanche, tes virées au Bourg avec ta 4L, en accompagnant tes voisines et copines, pour faire les courses. Le covoiturage n’avait déjà pas de secrets pour toi ! 
J’ai confié à Johan que depuis de nombreuses années déjà, à chaque fois que c’est ton anniversaire je me fais un restaurant ou je me fais un cadeau ! Et à chaque fois je dis : « A nous Mamie ». Oui c’est comme ça, j’ai trouvé que c’était une bonne idée, une pause dans l’année, un anniversaire improvisé et un secret rien qu’à nous. Ce jour là je n’étais pas au restaurant, mais le lendemain, je nous ai invitées au japonais. J’ai fait une photo et je l’ai envoyée à Johan, qui était en pleine formation. Lui qui ne répond que très rarement aux texto, nous a souhaité « Bon appétit », j’ai souri.

Depuis tout ce temps où tu es partie tu fais partie de nous. Tu nous manques toujours autant, même plus de 20 ans après. J’imagine que ta présence ici doit rester un secret. »

Mamie sourit mais ne dit toujours rien. 

Mon téléphone sonne, c’est Johan, je décroche, en regardant Mamie avec un sourire. Je mets le haut-parleur. Je me doute qu’il s’est isolé et qu’il ne va pas ma faire écouter « Petit Papa Noël », il sait...
Moi : « Salut mon cousin ! Quoi de 9 !?!
Lui : Salut ma cousine ! Ah Ah ! Ben je te dirais la moitié de 18 ! Je suis à St Pimpon, tout le monde est à table. Je suis sorti me fumer une petite cigarette entre « la poire et le fromage » et je me suis dis : Tiens si j’appelais ma cousine… ! Il fait un peu froid mais ça va, « J’ai caché mon cou comme nous disait Mamie ». Le ciel est dégagé et il y a plein d’étoiles, je pense à ceux qui ne sont plus avec nous mais qui nous regardent peut-être de là-haut, on ne sait pas.
Moi : Quelle bonne idée, ça me fait plaisir. Oui ça doit être sympa. Moi à Paris, les étoiles et le ciel dégagé, je peux toujours courir. J’ai hâte de débarquer la semaine prochaine pour me rattraper ! J’espère que tu n’as pas oublié mon cadeau !!! Tout se passe bien chez vous ?
Lui : Oui c’est sympa et puis les petits sont sages en attendant le Père Noël. On va faire les cadeaux vers minuit. Mais ne t’inquiètes pas je garde ton paquet pour la semaine prochaine !!!
Moi : Ah je te reconnais bien la. Moi aussi j’ai ton paquet.
Lui : Ok ma cousine. Alors plein de bisous on pense à toi et à très vite. »

Je raccroche et regarde Mamie, qui a de nouveau sorti son mouchoir. Je lui dis que je suis bien contente d’avoir eu l’appel de mon cousin et que je ne suis pas sûre que ce soit une coïncidence…
Je dis à Mamie que je vais nous préparer une petite assiette de fête et qu’on va se poser tranquillement et profiter de la soirée. 
Je pense que je vais faire avec les moyens du bord pour mettre les petits plats dans les grands. Je suis contente de lui préparer un dîner, ça a toujours été l’inverse. En plus elle aime tellement les petites attentions. Je suis heureuse, c’est elle mon cadeau ce soir. Merci Mamie. 

Je me lève, elle me sourit, toujours étrangement silencieuse.

Soudain, j’entends un bruit. Je me réveille en sursaut. C’est la sonnerie du réveil. Je me rallonge. Je ferme les yeux. Je me dis que j’ai passé une bonne nuit et que Mamie s’est invitée dans mon rêve…
Je souris, je suis détendue. Je me lève et vais dans la cuisine. Rien n’est rangé, les emballages du traiteur sont en vrac ! Je regarde dans le salon, il n’y a qu’un couvert de mis sur mon plateau. Et il n’y a qu’une flûte à Champagne. Il y a mon livre et mon ballotin de chocolat entamé.
Mon rêve me paraissait tellement réel que je me surprends à ouvrir le four et le réfrigérateur pour voir si, par hasard, il n’y a pas un morceau de tarte aux pommes de Mamie… Rien. 

J’ai tout simplement rêvé !

Histoire n°3 (Auteur : Delco)

La course effrénée du matin. Lever le petit, l'habiller, s'habiller, prendre le petit déjeuner, refermer les fenêtres des chambres, prendre la liste de courses, le sac, l'attaché case, mettre ses chaussures, manteaux, fermer l'appartement et enfin partir. 

Mathilde, jeune responsable commerciale en produits cosmétiques, poursuit sa vie parisienne comme beaucoup d'autres, à un rythme qui ne laisse pas beaucoup de place au hasard. Le père de Matthéo est régulièrement en déplacement en tant qu'interprète. Mathilde tâche donc organiser tant bien que mal les journées, prévoir les activités du petit qui, à 8 ans, suit déjà un programme de natation digne d'un grand sportif, penser à prévenir la nounou en fin de semaine car le travail s'accumule toujours, penser aux courses, acheter les tickets de cantine -tiens d'ailleurs combien en reste-t-il ? -, répondre aux courriers, payer les factures, surveiller les comptes, et faire le ménage quand le temps et la motivation seront là... 

Sur la route vers l'école, Mathilde pense déjà à sa journée à venir. Nourrir le chat ! Mince ! Voilà ce que Meredith a oublié. Grisou, un gentil matou de 9 ans qu'elle pense pourtant tous les jours à nourrir, après que celui-ci soit venu lui dire bonjour en ronronnant et se frottant contre ses jambes... Elle s'en veut de l'avoir oublié comment est-ce possible dans les rituels matinaux si méticuleux ? 

"Maman qui vient me chercher ce soir à l'école ? S’inquiète Matthéo alors qu'ils arrivent à l’arrêt de bus.
- Ce sera moi mon chéri, et je t’amènerai à la piscine ensuite. Mince le sac de piscine ! Tu l'as avec toi ? S’enquit-elle
- Ben non maman d'habitude tu le mets dans l'entrée à côté de mes chaussures pour pas l'oublier...
- Zut mais qu'est qu'il m'arrive ces temps-ci !! Bon écoute on achètera un maillot et un bonnet à l'entrée de la piscine ce soir..."

Voilà qui commençait à sérieusement inquiéter Meredith. Deux oublis aujourd'hui. Et hier, elle avait loupé le rendez-vous avec la professeure de son fils. Mais le plus étonnant est qu'elle ne se souvient plus avoir reçu ce coup de téléphone pour prévoir ce rendrez-vous et elle ne se revoit pas le noter dans son agenda. Pourtant, l'annotation y figure bien, de sa propre écriture "Mardi 12 Avril : 18h- RDV école Matthéo". 

Arrivés devant l'école Jules Ferry, Meredith embrassa alors son jeune garçon et pris la direction BioCosmétiques à quelques rues de là. Plongée dans ses pensées, elle eu une vision étrange. Il y avait beaucoup de monde dans la rue, tous pressés, avec leurs écouteurs, concentrés. Elle vit alors, au loin, sur le même trottoir qu'elle, une petite fille habillée de fripes, les cheveux ébouriffés, un bras ensanglanté, pleurant toutes les larmes de son corps. Elle la voyait par intermittence car des personnes passait devant la petite sans même s’arrêter. Étrange. Meredith se mit à courir dans sa direction, poussant quelques personnes qui attendaient le bus, mais une seconde plus tard, la petite fille avait disparue. Choquée, Meredith resta sur place, chercha tout autour d'elle mais pas de traces de cette fillette. Face au stoïcisme des passants aux alentours, elle se raisonna et après un moment comme en suspend, elle décida de reprendre sa route vers son entreprise...

Elle salua ses collègues et s'installa à son poste, toujours sous le choc. La journée se déroula sans accroches, entre réunions et coups de téléphone. Elle alla ensuite chercher son petit garçon à l'école et l'emmena à la piscine. Une journée somme toute banale, une fois celle-ci finie, elle alla se coucher. Le sommeil la gagna rapidement. Un sommeil troublé, les images de la petite fille vinrent la troubler à nouveau dans ses rêves.

Six heures, le réveil sonne. Le même rituel. Lors de petit déjeuner, Matthéo a pris l'habitude de raconter ses rêves à sa maman, une façon de dédramatiser certains cauchemars. Une course entre copains dans la cour, avec beaucoup de rires. Il continua à le détailler quand soudain, Meredith eu un flash. Une vision très nette. Cette même petite fille, en pleine forme, riant devant une scène de bagarre dans ce qui semblait être une cour de récré. Meredith voulut s'approcher mais elle n'y parvenait pas, elle se sentait trop déstabilisée face à cette fillette qu'elle n'arrivait pas à comprendre. Au loin, elle entendit une voix de garçonnet. Que disait-il ? La voix se rapprochait et elle entendit “Maman ! Maman qu'est-ce qu'il t'arrive ?”
Elle revint soudain à elle. 

“Maman pourquoi tu ne me réponds pas ? Et toi tu as rêvé de quoi cette nuit ? 
- Je ne me souviens plus mon ange... Répondit-elle”

Que lui arrivait-il ? Cette absence l’inquiéta beaucoup, ces visions qui revenaient sans cesse. Avait-elle des hallucinations ? Et tous ces oublis ? Un début d'Alzheimer avec des périodes de désorientation, comme tante Hilda ? Elle était très renseignée sur cette pathologie car elle avait dû aider sa mère à s'occuper de cette tante, qui sortait faire son marché à trois heures du matin, qui ne mangeait plus, qui était désorientée et pensait voir des gens passer chez elle. 

Ce devait être cela... Mais ça ne peut durer, elle finira par mettre son enfant en danger ? Et si cela lui arrive quand elle sera au volant ? 

Elle regarda la petite horloge au dessus du frigo et il était déjà l'heure de partir. Elle pressa son fils et alla se brosser les dents. Ils prirent la direction de l'école, puis Meredith partit vers son travail. Elle fut vigilante au moment de passer là où elle avait vu la petite la veille mais elle n'était pas présente ce jour... Une fois installée à son bureau, elle se mit au travail. Elle était au téléphone lorsqu'une sensation particulière la traversa, comme un frisson, accompagnée d'une douleur brutale dans la nuque. Elle était toujours à son poste. Elle vit alors son patron, Mr Voce passer dans l'open space, et tomber à même le sol, comme pris d'un malaise. Cette même sensation d'ignorance des personnes présentes dans la pièce la déstabilisa. Elle voulut se lever pour aller l'aider mais n'y parvint pas. Un seconde frisson la parcourut, elle réussit à se lever mais son supérieur n'était plus là. Un rêve ? Une autre hallucination ? Mathilde sentit son cœur battre rapidement, inquiète. Elle se dirigea vers le bureau de Mr Voce. Celui-ci avait pour habitude de laisser sa porte ouverte. Il était assis à son bureau, concentré sur son écran d'ordinateur avec de nombreux dossier ouverts devant lui. Perdue, Mathilde ne sut que faire. Elle retourna s'asseoir et repris son travail. 

La fin de journée approcha, mais toujours inquiète, elle décida d'aller prendre un thé dans la salle de pause. Elle y retrouva Joséphine, une collègue de longue date, devenue une bonne amie.

“Ah Mathilde ! Dis donc tu fais une drôle de tête tu as l'air fatiguée, c'est encore Matthéo qui te réveille avec ses cauchemars ?
- Non pas vraiment, c'est plutôt moi qui fait des cauchemars, enfin c'est bizarre on va dire que je suis fatiguée...
- Comment ça ?
- J'ai l'impression d'avoir des sortes d'hallucinations et d’absences dans la journée... Toute à l'heure j'ai cru voir Mr Voce s'évanouir dans mon open space et 2 min après je le vois dans son bureau entre train de travailler... Et ce n'est pas la première fois que cela m'arrive...
- Il n'a pourtant pas bouger de son bureau aujourd'hui ! Tu n'as pas l'air en forme Math, tu devrais vraiment aller voir un médecin je pense... Tu ferais pas un burn-out ? Avec le petit, ses cours, et ton planning surchargé entres autres ? Promet moi de prendre rendez-vous chez ton médecin Mathilde, je te trouve bizarre depuis quelques temps ...
- Oui je vais le faire ça vaudrait mieux...”

Elle repartit alors dans son bureau et appela le secrétariat de son médecin pour prendre rendez-vous. Coup de chance, un désistement de dernière minute lui permettra d'y aller ce soir. Cela tombe bien, Matthéo est accompagné par la maman d'un copain pour la piscine ce soir. 

A dix-huit heures, Mathilde quitta alors son bureau pour se rendre chez son médecin. Elle s'installa dans la salle d'attente. Elle se demanda alors ce qu'elle faisait là. Que va-t-elle lui dire ? “Bonjour, je suis victime d'hallucinations, enfin c'est ce que je crois, avez-vous des cachets contre cela ?” “Bonjour, je crois que je déraille...”
Enfin ce fut son tour. Elle s’installa sur le siège en face du bureau. Mme Hoda était une femme vraiment charmante, qui la suivait depuis déjà quelques années. 

“Bonjour, alors qu'est-ce qui vous fait venir ici aujourd'hui ?
- Hum c'est assez particulier mais je vais tâcher de vous l'expliquer comme je l'ai ressentit...
- Bien sur ne vous en faites pas je suis là pour vous écouter.
- Et bien depuis quelques temps, j'ai l'impression d'avoir des absences en journées... Je fais des choses mais je ne me souviens pas, comme cette fois où j'ai reçu un appel de l'école de Matthéo pour prendre rendez-vous, j'ai noté le rendez-vous mais je ne me souviens pas de cet appel, ni de qui l'a passé... J'oublis aussi des choses qui font parties de mes rituels, nourrir le chat, prendre le sac de piscine, cela ne m'arrive jamais je m'organise pour que cela n'arrive pas ! Je ne comprends pas... Et dernièrement il m'est arrivé d'autres choses plus déstabilisantes et c'est pourquoi je suis là. J'ai comme des hallucinations. Je vois des choses à l'endroit où je suis, mais personne d'autre ne semble les voir, comme des rêves éveillés... Une petite fille blessée dans la rue, en pleurs et personne ne semblait la voir, puis elle a disparut, volatilisée !-elle commençait à s'emporter alors qu'elle racontait tout cela- Et tout à l'heure, mon patron qui s'évanouit dans mon open space, personne ne bouge, et finalement quelques secondes plus tard je me rends compte qu'il n'a pas quitté son bureau et travaille tranquillement. -Les sanglots montaient en elle-. Je me sens bête de vous raconter tout cela... Je ne sais pas ce qu'il m’arrive docteur... Je dors bien la nuit, je mange bien, je suis épanouie à mon travail ça ne peut être un burn out si ?
- Bien alors j'ai quelques questions, plusieurs possibilités pourraient justifier ces phénomènes et vous faites bien de venir mon voir. -Dr hoda lui tendit une boite de mouchoirs- Ces visions de malheurs peuvent être dues à une sorte d'anxiété qui se traduit par ses visions, si elles sont courtes et ... “

Mais Mathilde décrocha, elle ne put écouter la fin du discours du médecin. Elle sentit à nouveau la raideur dans sa nuque mais n'eut pas de vision particulière à ce moment. Quelques secondes plus tard elle revint à elle, toujours assise face à cette femme qui avait à ce moment un petit sourire en coin. Elle lui dit enfin ceci, qui fut comme une délivrance pour Mathilde :

”Je pense savoir ce que vous avez et suis contente d'avoir assisté à ce moment. Vous devez être atteinte de ce que l'on appelle communément "narcolepsie". Vous vous endormez quelques secondes à quelques minutes, en journée, et vous avez effectivement de courtes périodes de “Rêves”. Vous allez passer quelques examens, cette maladie va être prise en charge et vous pourrez enfin retrouver votre confort de vie, je peux vous l'assurer.”

Une délivrance, elle n'était pas folle, démente, une maladie qui lui semblait originale mais pas si méchante que cela finalement...

Histoire n°4 (Auteur : Haeresis83)

« Adossé à un arbre, les jambes allongées sur l’herbe fraîche, le Chasseur de Rêves contempla le paysage féerique qui s’offrait à son regard. La chaîne de montagnes qui surplombait la paisible vallée, seulement occupée par les ruines d’un château, s’habillait des multiples couleurs que les rayons du soleil couchant lui offraient. 

Le sourire aux lèvres, le souvenir de l’instant où il avait découvert le Tableau lui revint à l’esprit. Au milieu de cette petite salle de musée, perdu parmi des dizaines d’œuvres, il se souvint de la sensation que l’oeuvre lui avait immédiatement procurée : une envie d’évasion, une volonté de contemplation, un désir de chasse au rêve. Comme à son habitude, il avait alors noté les références de l’œuvre et, aussitôt rentré chez lui, s’était lancé dans des recherches sur l’artiste, ses inspirations, ses modèles. Il avait encore vu juste : le Tableau s’inspirait d’un lieu réel, il pourrait aller le contempler de ses propres yeux. 

Maintenant que le panorama réel s’offrait à lui, il le compara à la copie imprimée de l’œuvre du peintre qu’il tenait soigneusement entre ses mains et nota les différences. Evidemment, la lumière ; les couchers de soleil ne sont jamais identiques. La nature également, avec l’évolution connue pendant plus d’un siècle. Le château, lui, avait plutôt bien résisté, même si quelques pans de murs et des pierres éparses témoignaient d’un lent effondrement. Il inspira profondément et jubila intérieurement de ce plaisir privilégié qu’il s’offrait encore une fois. Comme d’habitude, il se demanda quelle était la plus belle version : celle qui s’étendait devant lui, bien réelle, ou celle qui se couchait sur le Tableau, la source de son rêve ? Il ne trouvait jamais la réponse. Une question lui effleura néanmoins pour la première fois l’esprit, sans qu’il n’en sache la raison : peut-on encore rêver du mieux lorsqu’on possède le meilleur ? Là encore, après réflexion, il ne trouva pas la moindre réponse. 

Le soleil disparaissait rapidement, mais il avait prévu de ne pas bouger de son lieu d’observation. Après tout, il avait voyagé spécialement pour cela, il avait patiemment cherché le lieu qui lui fournirait l’angle de vue idéal du Tableau ; il méritait de s’octroyer de longues heures de contemplation, même nocturne, jusqu’au lever du soleil qu’il ne souhaitait pas non plus manquer. Au moins, cette nuit, il s’approcherait au plus près de ce qu’on appelle le rêve, cette faculté dont il se sentait privé depuis toujours. Il soupira avant de s’installer confortablement. Il avait tout prévu pour ce moment. Sauf l’arrivée d’une autre personne. 

Il vit apparaître l’Inconnu, sortant de la forêt, quelques minutes après la disparition du soleil. Il ne fut cependant pas surpris par cette présence ; l’endroit était réputé comme l’un des plus beaux des environs, et cela ne l’étonna guère que quelqu’un d’autre vint l’admirer. Il aurait simplement souhaité pouvoir profiter de ces quelques heures en compagnie de sa solitude. Un détail attira néanmoins son attention : la tenue vestimentaire du nouveau venu, qui semblait tout droit sortie de la Belle-Epoque. Il lui fit un signe de politesse, auquel l’autre répondit volontiers tout en allant se poster devant le paysage, à la luminosité faiblissante, qui entamait sa lente descente vers la pénombre. Il le vit secouer la tête d’un air désespéré et se retourner vers lui :

- Il semblerait que j’ai manqué de quelques instants le spectacle du crépuscule.

Ne sachant trop que répondre face à ce constat teinté de déception, il se contenta de rétorquer ces quelques mots : 

- En effet, le soleil vient tout juste de se coucher et de partir au pays des rêves. 

L’Inconnu sourit à la réponse et hocha la tête. 

- N’était-il pas devant vous ce pays des rêves, comme vous le nommez ? 

Le Chasseur de Rêves acquiesça de la tête tout en posant ses yeux vers le vieux château en ruines. Il réfléchit quelques secondes avant de répondre :

- Cela y ressemble probablement j’imagine, je ne sais pas à quoi il ressemble… 

- Vous parlez sans doute de votre petit souci. 

Les mots le frappèrent en plein cœur. Il se retourna avec surprise vers l’Inconnu, le regard interrogateur, incapable de sortir une parole. 

- Allons mon ami, ne prenez donc point cet air stupéfait, vous savez comme moi que vous êtes persuadé d’être dépourvu de la faculté de rêver. Pourtant je suis bien là, devant vous, et vous avez auparavant eu le privilège d’assister à un spectacle grandiose. 

Le Chasseur de Rêves, qui reprenait ses esprits, ne comprenait absolument pas ce qu’il se passait. Etait-il en train de… rêver ? Impossible, il ne rêvait jamais. Il s’entendit demander d’un air tremblant à l’Inconnu :

- Qui… qui êtes-vous ? Comment savez-vous cela ? 

Alors l’Inconnu s’approcha de lui et planta ses yeux clairs dans les siens. Il eut la sensation étrange d’aperçevoir son propre regard dans un miroir. 

- Ne faisons point de mystère, tu connais parfaitement mon identité. Je suis le peintre de ce tableau, je suis ta conscience, je suis dans ton rêve. 

- Impo… Impossible, je ne rêve jamais ! s’entendit-il encore une fois dire sans détacher son regard prisonnier.

L’Inconnu s’avança encore un peu plus et prit un air rassurant :

- Pourtant cela l’est, puisque je n’existe que parce que tu m’as créé dans ton rêve. Depuis toujours, tu crois être privé de cette faculté, alors tu chasses les rêves partout où tu peux les trouver : dans les œuvres d’art, dans les livres, dans les films, dans la musique, dans tout ce qui constitue une source d’imagination et potentiellement de rêve ! Ta quête est louable, les rêves des autres se retrouvent partout dans leurs œuvres, mais tu ne peux continuer à te contenter de traquer les rêves d’autrui. Sans le savoir, tu possèdes les tiens, là, enfouis au fond de toi, oubliés quand ton esprit est éveillé. Cela arrive, parfois on oublie ses rêves nocturnes, et d’autres fois on rejette la possibilité d’avoir des rêves à accomplir dans la vie réelle. Mais dis-moi, de quoi as-tu si peur ? Pourquoi tes propres rêves t’effraient-ils à ce point ? 

Le Chasseur de Rêves ne percevait toujours pas clairement ce qui se déroulait, mais la curiosité le poussa à en savoir plus. Il décida de se prendre au jeu et d’être sincère : 

- Je ne sais pas… Je ne l’ai jamais su à vrai dire.

- C’est là que tu fais erreur. Tu te persuades que tu ne le sais pas, mais la clef est là, juste devant toi, et je peux t’assurer que tu viens de la trouver en me créant. Tu m’as créé pour que je te donne des réponses, que je t’offre la clé des chaînes qui t’emprisonnent. Mais la réponse est simple, et tu l’as toujours connue : tu as peur de la vie. Tu crois que la vie est une briseuse de rêves, que le réel n’est que noirceur, souffrance et médiocrité, qu’il est bien fade face au goût sucré des rêves. Alors laisses-moi te dire ceci, écoutes bien attentivement. Oui, la vie brise parfois les rêves. Oui, le rêve n’est qu’une illusion, une création de l’esprit, de l’imagination, et sera toujours le mieux, même le mieux du meilleur. Et oui, de même que la lumière jaillit de l’obscurité, le rêve prend vie dans le cauchemar ; il n’existe pas sans le cauchemar. C’est pour cela qu’il est essentiel. Parce qu’il permet de se sauver de la noirceur, de la souffrance et de la médiocrité, qu’il permet de s’envoler, de se réfugier, de se projeter vers quelque chose d’autre, quelque chose de meilleur. Alors laisses tes propres rêves se révéler et s’éveiller, donnes leur ta vie, et ils feront de ta vie un possible rêve. »

Une goutte d’eau, tombée sur son front, réveilla en sursaut l’Ecrivain. L’aube qui se levait éclairait désormais le paysage d’un autre ton, le soleil n’allait pas tarder à faire son apparition. En levant la tête, il comprit que quelques gouttes de rosée s’écoulaient des feuilles de l’arbre contre lequel il s’était endormi. Il regarda autour de lui, ne vit personne. Il se frotta vigoureusement le visage avec ses mains pour émerger de sa torpeur. Comme il s’apprêtait à se lever pour s’étirer, il remarqua à côté de lui son carnet d’écriture, un stylo calé entre deux pages. Il le saisit et l’ouvrit en songeant qu’il avait encore dû se réveiller pendant la nuit pour retranscrire un de ses rêves. Il avait pris l’habitude depuis quelques années de noter ses rêves pour s’en inspirer, pour leur donner vie. En lisant celui de la nuit écoulée, il sourit. Celui-ci lui plaisait plutôt bien : il racontait l’histoire d’un Chasseur de Rêves qui se croyait incapable d’en avoir lui-même.

En levant les yeux vers le soleil qui apparaissait derrière les montagnes, il reposa le carnet et garda le stylo. Et devant la beauté d’un paysage irréel et pourtant si réel, devant la magie d’un jour qui se réveille, il pensa comme chaque matin que le stylo qu’il tenait entre ses doigts constituait la clé de tous ses rêves.

Histoire n°5 (Auteur : misslou)

- Et toi, ce serait quoi ton rêve le plus fou ?

- Ben, j'sais pas ! Pourquoi tu m'demandes ça ?

- Mais réfléchis... Tu as bien un rêve quand même !

- J'vois pas ...

- .........

- Ah si. Je voudrais bien être un humain.

Deux pigeons discutent, perchés sur la grille d'un square, observant les piétons.

- Tu penses que ce serait bien d'être un humain ?

- Ben, quand il fait froid, ils peuvent rentrer au chaud. Quand ils ont soif, ils peuvent rentrer au bistro et...

- Quand ils ont faim, ils vont acheter du pain ! 

- Ben ouais, c'est facile !

- T'as des rêves plutôt terre à terre pour un oiseau, ça manque d'envergure ! Franchement, ça vole pas bien haut !

- Et, dis donc toi qui est si malin, c'est quoi ton rêve le plus fou ?

- Moi. Mon rêve. Ce serait de parcourir le monde...

- Pigeon -voyageur quoi ! Ou alors oiseau migrateur.

- ...et puis je raconterais. Je témoignerais de tout ce que j'aurais vu...

- Ah ! Reporter ! Journaliste qui écrit dans un canard.

- Oui, c'est ça. Journaliste. Mais aussi, j'aimerais tellement avoir une bonne plume et alors peut-être, décrocher la une !!

Histoire n°6 (Auteur : cmia11)

Je n’avais qu’à peine remarqué le nouveau stagiaire dans notre équipe de recherche, un certain Gabriel, un grand brun, la vingtaine, avec les yeux marron, tout ce qu’il y a de plus ordinaire chez un homme. À vrai dire, même en étant célibataire, je craquais plutôt sur les blonds ou les roux, petits et timides. Dès son arrivée, il nous avait salués avec nonchalance et j’étais heureuse de ne pas travailler directement sur son sujet des capteurs biologiques. Mon travail de thèse se situait principalement en microfluidique et nos domaines séparés m’incitaient encore moins à vouloir faire un pas vers lui.

Et puis une nuit, alors que je rentrais chez moi, je sentis une odeur bizarre, comme celle d’un gâteau brûlé. Je me précipitais vers le four, effrayée à l’idée d’avoir laissé le gaz ouvert. Pourtant, à mon arrivée dans l’appartement, je ne remarquais rien d’anormal, tout semblait apaisé. Je respirais une odeur de cendre, mais rien dans la cuisine ne laissait présager un quelconque problème.

Alors je décidais de me reposer dans le lit, pour oublier une énième journée déprimante, avec mes commandes de tuyaux toujours en cours et mon travail de relecture des mêmes articles qui renforçait ma mauvaise humeur. Ce soir, j’allais me prendre une longue douche et tout oublier. Pendant que je m’apprêtais à me déshabiller, je sentis de nouveau cette odeur prégnante de fumée, impossible à rater. La panique commença à s’emparer de moi. 

J’étais seule et je devais faire face à un début d’incendie. Je me forçai à respirer aussi lentement que possible tout en regardant à nouveau dans ma cuisine. Pas d’alarme de ce côté. Je me dirigeais vers la chambre et je vis une bougie allumée, sur le lit, qui commençait à propager sa cire vers les draps du lit. Je restais pétrifiée, consciente de devoir me dépêcher pour éteindre cet incendie et en même temps fascinée par le feu qui élargissait ses braises de plus en plus. Il suffisait de remplir un vase d’eau et de le jeter sur les draps. Après tout, c’était impossible de sauver les draps à présent. Pourtant, je m’immobilisais, face au textile qui s’enflammait et continuait sa lancée implacable. Mon cerveau me hurlait de bouger, de crier, l’incendie encore si petit pouvait s’étouffer à sa création.

Soudain, comme si le feu avait rencontré son âme sœur, il grandit avec une telle intensité que je fus obligée de reculer, tant la chaleur me consumait. Je sentis une main me tirer en arrière, me prendre par les épaules comme une princesse et me sortir de l’appartement, au moment où les flammes envahissaient tous les meubles. Son bras musclé m’apaisait, me rendait femme pour la première fois depuis longtemps. J’ouvrais enfin les yeux, pour remercier mon chaleureux sauveteur d’avoir sauvé la belle demoiselle en détresse et je tombai nez à nez avec Gabriel le stagiaire. Mais que faisait-il ici ? 

Alors que je paniquais et me retirais avec fermeté de ses bras, je me réveillais dans ma chambre. Le cœur encore tremblant, je me levais, prête à chercher dans tout l’appartement une trace de fumée ou du prince charmant. En vain, il s’agissait bien d’un rêve du début jusqu’à la fin. Une pointe de déception s’empara de moi. Certes, cela m’aurait beaucoup ennuyée de perdre mon appartement, que j’avais trouvé par chance et que je ne payais pas très cher, mais l’idée d’être sauvée de manière si romantique par un homme pouvait compenser la perte de mon foyer. Je soupirais. Décidément, je devais me sentir désespérée pour vouloir la présence d’un homme quitte à brûler mon studio.

Lorsque je revins au travail, le jour même, je ne pus m’empêcher de jeter des regards en coin à Gabriel, mon sauveur, le pompier de mes rêves. Il m’apparut sous un jour nouveau, beaucoup plus attirant. Je n’avais pas remarqué son blouson en cuir si viril et sa mèche de cheveux sur le devant qu’il cherchait à ramener derrière avec ses mains. Pendant les jours qui suivirent, je me surpris de plus en plus à vérifier sa présence, à me sentir tout émue à l’idée de le voir. Je ne lui avais qu’à peine parlé et à cause de ce rêve diabolique, j’avais l’impression que je tombais amoureuse de lui.

Cela ne pouvait plus durer, je me dirigeais vers lui, confiante, avec l’idée que je devais agir, le plus vite possible, avant de perdre la tête. Je me décidais donc à venir devant lui, dans son bureau, et à lui dire : « Alors, est-ce que ça te dirait qu’on prenne un verre tous les deux ? »

Je le vis sourire, et approuver du regard. C’est ainsi que commença ma belle histoire d’amour, par un rêve.

Histoire n°7 (Auteur : Naandy)

Passage étroit du cœur

Voulant regarder son cœur, elle eut peur et se braqua. Yeux dans les yeux une connexion intime se créa. 

Lorsque sa sœur quitte la pièce, elle s’empresse de me confier que depuis que sa grand-mère est décédée elle ne parvient plus à aimer avec son cœur. Son cerveau reconnaît et accepte l’amour ; cependant, cet amour ne se diffuse pas à travers son être. Elle sait qu’elle aime sa famille et ses proches mais, avec son cerveau et non son cœur. Elle ne ressent pas le besoin que son celui-ci s’ouvre à cette source infinie éternelle. Tous lui réclament sans cesse cet amour qui reste connecté à son cerveau et ne descend pas à l’organe de la vie. 

A présent, elle doute qu’elle soit une bonne personne.

A cet instant précis, je vis en elle une petite fille apeurée de cette vie ici-bas. Sa grand-mère détenait son cœur dans les cieux, et elle se sent divisée par les différentes dimensions qu’elle parcourt. L’alignement du cerveau et du cœur est primordial pour son évolution d’être humain. Son devenir est en jeu et les décisions qu’elle prendra jalonneront sa trajectoire de vie.

Aussi, a-t-elle peur d’aimer de crainte de perdre certaines parties d’elle-même car, lorsqu’elle s’est ouverte à la vie ; des parties d’elle se sont détaché afin de s’éparpiller dans un lieu plus propice à l’illusion de cette vie. Elle a décidé de les suivre avec son cerveau pour maintenir ce lien indispensable qui constitue son unicité. 
Se diviser par amour, tel a été son choix.

Bercée par la douceur de sa grand-mère elle parvient à vivre cette division, ce détachement intérieur qui en contrepartie lui vole tout sentiment réel, profond, sincère. Elle peine à ressentir la vie ; elle hurle de chagrin sans s’apercevoir que ce premier hurlement venait du cœur.

Les notes qui l’accompagnent sont meurtries, elle s’est forgé une carapace qui la protège de cette perte immense. Elle tente de prendre une grande inspiration mais elle suffoque. Voulant atteindre la fenêtre elle s’agrippe au rideau mais celui-ci s’arrache. Seule, face à elle-même elle se remémore sa vie. Elle pleure, se mord et s’arrache les cheveux de douleur. 

Elle prit subitement peur d’elle-même. Debout, elle observe furtivement la pièce et se dirige d’une démarche volontaire devant sa glace. Elle se déshabille et scrute ce corps qui lui appartient et dans lequel elle ne se sent plus appartenir.

Elle met sa main gauche sur son front puis la passe dans ses longs cheveux bruns bouclés. Elle s’approche du miroir et d’un regard transperçant, tente de s’étrangler. Elle devient rouge, transpire, son pou s’accélère puis elle explose de rire et ensuite de pleure. Ses grands yeux verts rivés fixement sur la glace s’écarquillent au fur et à mesure comme si elle essayer de transmettre un message à une partie d’elle-même. 

Son souffle se régule…

Hors du temps, elle flotte, légère, nue, elle vole. Ses sens s’éveillent et elle s’élève dans un havre de paix. Des lumières l’encerclent, elle se sent bercée et aimée d’une manière indescriptible. Elle ressent l’immensité de la vie traverser son être. Elle ne pense plus, elle vit, elle vit intensément ce moment qui paraît irréel. Une voix émanant de son cœur lui chuchote « Souviens-toi », « Souviens-toi ».

Une lumière jaillit en elle, elle dégage une telle sérénité. Elle est touchante et troublante, attachante et fuyante, douce et révoltée. 
Ce moment la propulse en phase avec l’univers, elle fait pleinement partie de son tout. Ce chuchotement intérieur a ouvert son cœur pour y activer toutes les sensations qui lui manquait. « Rappelle-toi que tu es en vie, vit là cette vie, envoles-toi, fais-le ! ».

Sans cligner des yeux je l’observe profondément, intensément. Une connexion instantanée s’est installée entre nous et elle accepte de me confier ce que recèle son cœur. Elle me confie ses maux pour que mon cœur lise dans le sien. Peut-être souhaite-t-elle que cela se matérialise en pleine conscience afin d’en d’être dans un premier temps partiellement libéré. Cet être me sublime, son regard éveille le mien. Je rêve éveillé en plongeant mes yeux dans les siens. Sans doute m’offre-t-elle une vision de son état intérieur actuel et une éventualité d’un futur plus ou moins proche…

T’est ailleurs ou quoi ? Tu veux manger du couscous ? 

Sa sœur m’extirpa subitement du voyage à travers le temps que je parcourais. J’esquisse un léger sourire en l’observant et j’acquiesce en hochant la tête en guise de réponse.

A la lumière des perles égarées.

Thiémonoor.

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Commentaires (2)

ecrivonsunlivre
  • 1. ecrivonsunlivre | 28/05/2017
Merci Delphine pour votre participation très appréciée. A très bientôt, peut-être sur un autre challenge ?
DelphineB
  • 2. DelphineB | 08/05/2017
Félicitations aux gagnants et bravo à tous les participants !
J'ai eu plaisir à participer. Les buts me font avancer. Bonne journée

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