La chevalière des Brigades rouges

Chapitre 4

 

Non, Mario Moretti n’était pas mort. Cette image que Nino avait de son corps perforé de toute part n’était qu’un leurre, une mise en scène. Nino était très jeune et n’avait pas suivi l’affaire du meurtre d’Aldo Moro, mais le sphinx avait été emprisonné à perpétuité. 

Et aujourd’hui il se trouvait là, devant Julienne, bien vivant et sans ses chaînes. 

Pourquoi ce prénom, Mario, était-il sorti instinctivement de la bouche de Julienne ? 
Julienne était perdue entre la peur et le désir pour cet homme. 

Elle ne le connaissait pas, pourtant il lui avait paru avoir passé sa vie à l’attendre, à espérer cet amour passionné. Il lui semblait prolonger une vie antérieure tumultueuse tellement différente de celle qu’elle a vécue jusqu’à présent. Cette idée ne lui déplaisait pas, au contraire même, elle aiguisait ses sens. Depuis qu’elle avait entendu cet homme, elle vibrait au son de sa voix. Troublée elle ne dit plus rien. Elle attendait un geste, un mot de sa part sans en être effrayée, mais juste avec une peur subtile en équilibre entre le vide de l’inconnu et le trop-plein de désillusions de son quotidien.
Dixi – 09/08/2016

Mario Moretti était un homme dur et froid qui avec toutes ces années de prison ne s’était pas attendri. Il n’avait eu dans sa vie qu’une seule faiblesse : Gisèla, qu’il avait connue enfant et dont les charmes d’adolescentes eurent peu à peu raison de l’impassibilité de ce combattant convaincu.

Aujourd’hui, c’était son grand âge qui brouillait son esprit. Une sorte de schizophrénie s’était développée durant ses longues années d’incarcération. Souvent il paraissait être un vieil homme normal, mais parfois il se trouvait être prisonnier de ses hallucinations et de ses délires. Il se voyait encore jeune, luttant dans les brigades rouges avec à ses côtés Gisèla, l’amour de sa vie.

Et Gisèla se tenait là, enfin, après toutes ces années de solitude, dans les traits de Julienne. C’est sans doute le fait qu’elle porte sa chevalière qui lui fit perdre le sens des réalités.

Quant à Julienne, elle ne savait pas vraiment pourquoi ce prénom était soudainement sorti de sa bouche, mais cette voix ne lui était vraiment pas inconnue. Ce regard également lui semblait familier. Plus elle observait cet homme, plus elle était persuadée de le connaître. Mario, Mario… où avait-elle bien pu entendre son prénom ?

Elle fixa Mario, qui la regardait comme on scrute une belle côte de bœuf griller au barbecue après une semaine de disette. « Avec ces yeux-là, on dirait franchement Nino… », pensa-t-elle.

Mais oui !! Mais oui !! Tout était devenu clair comme de l’eau de roche ! Mario était tout le portrait de Nino !! Nino avec 40 ans de plus !!

Ce qu’elle ne s’expliquait toujours pas, par contre, c’est comment elle était parvenue à cet endroit…
Evol – 11/08/2016

Pauvre Julienne ! Mario Moretti 70 ans près du double de son âge, que lui arrivait-elle ?

Pourtant, elle n’y pouvait rien, elle était là, et regardait cet homme brun, ces yeux noirs la fascinait, elle n’attendait qu’une chose, qu’il la prenne dans ses bras, qu’il ouvre la bouche pour lui dire un mot gentil, qu’il… qu’il… Mais rien de ce qu’elle supposa ne se passa.

La voix de Mario résonna comme un glas, « Gisela » cela fait combien de temps ?

Julienne qui de temps en temps reprenait ses esprits, ne savait plus où elle en était, - Mario, Nino- ces prénoms la ramenaient en arrière puis sans qu’elle ne s’en rende compte une voix lui commandait de faire certaines choses dont elle ne comprenait pas le sens. Que faisait-elle en ce lieu, devant cet homme, les pieds sur un carrelage qui représentait une étoile de cette communauté secrète, comment s’appelle-t-elle déjà ? Ah oui, les brigades rouges !

Julienne sentit ses jambes se dérober sous elle, puis elle se redressa d’un bond, attrapa un vase qui prônait sur la cheminée, et le lança vers l’homme qui se tenait devant elle, elle se retourna prête à s’engouffrer dans une autre branche de l’étoile.

Depuis le matin, la journée avait mal commencé pour Nino.

Il était descendu, avec Julienne, jusque-là boulangerie, et là on leur apprit que la boulangère était passée de vie à trépas, il y avait des badauds éparpillés un peu partout, et aussi la police qui commençait à poser des questions.

Ayant fait demi-tour, Nino et Julienne, se retrouvèrent dans l’appartement juste à temps pour voir Gaëlle passer par la fenêtre, et s’engouffrer claudiquant dans une « deudeuche ». Voulant aller la secourir, il reçut un coup sur la nuque qui le laissa un bon moment sans savoir ce qu’il en était de son corps, puis encore endolori, il essaya de retourner à la boulangerie, un peu plus loin un couple l’examinait d’un regard trop appuyé, alors il fit demi-tour en courant ayant reconnu les policiers. Arrivé à sa voiture, il eut à peine mis la clé sur le contact, qu’il reçut un second coup sur la nuque le laissant encore une fois sans connaissance, et maintenant il se retrouvait dans le coin d’une porte cochère, non loin de l’appartement, son véhicule avait disparu ainsi que Julienne et Gaëlle.

Que faire ?

Nino alla se rafraîchir le visage et réfléchit à tout ce qui venait de se passer.

D’abord Julienne : comment était-ce possible tout ce changement ? Était-elle possédée d’un démon ? Je riais lorsque ma mère me disait : « Nino, fait attention le diable existe, je l’ai vu ! »

Eh bien ! Je ne suis pas loin d’y croire ! Car avec Julienne tout n’a pas été parfait, mais… nous avons eu nos moments, et maintenant elle est parfois méconnaissable.
Il faudrait que je puisse l’attraper et lui défaire cette maudite chevalière. Je suis sûr que tout démarre de là. Où est-elle ?

C’est elle qui m’a frappé, j’en suis certain. Il faut que je retourne à la boulangerie, c'est la source de tout. C’est là, qu’elle a eu cette bague de malheur, peut-être aurais-je un indice sur ce qui s’est produit. C’est le plus urgent…

Bon… si mes souvenirs d’enfance sont exacts, il doit y avoir un passage dans la cave du vieux monsieur. Il y a longtemps qu’elle est condamnée, mais cela ne nous empêchait pas d’aller y jouer sans trop nous éloigner, car il y faisait très noir.

Je prends une lampe, une paire de bottes, et cette grosse clé à molette, je ne vais plus me laisser avoir…
Cloclo – 14/08/2016

Nino rassembla ses souvenirs, il était tant perturbé et ce coup sur la tête le faisant souffrir qu’il marcha un long moment avant de retrouver la rue où il jouait enfant. Tout avait tellement changé depuis cette époque où peu de voitures passaient, les façades des boutiques étaient encore peintes à la main, et puis ce n’était plus les mêmes boutiques par ailleurs. Plus de chausseur, la mercerie de la vieille Germaine tenait lieu de logement, le salon de coiffure de Fernand, qui n’était qu’un couloir aménagé d’un lavabo et d’un miroir était maintenant muré et devait être l'endroit de ralliement de tous les rats du quartier.

Nino se trouvait devant une vieille porte en bois, une peinture verte écaillée n’avait pas résisté au temps, elle était sortie du gond du bas. Il la regarda plus attentivement, passa la main sur le marteau rouillé recouvert de poussière et reconnut l’étoile des brigades rouges.

Assuré que c’était le bon endroit, il fit grincer la porte et s’engouffra dans l’escalier. Il faisait sombre et humide. L’atmosphère était pesante malgré la fraîcheur qui régnait dans le dédale de couloirs où il se trouvait maintenant. « Quel chemin ? Je vais me perdre ! » se dit-il. Il observa tout autour de lui, tout se ressemblait, il décida de marquer son passage en grattant le mur avec son opinel. C’est là qu’il remarqua les inscriptions à chacune des intersections. Il suivit les traces puis plus rien. Plus aucune étoile sur les pierres…

C’est précisément à ce moment qu’un grand bruit se fit entendre au-dessus de lui, quelqu’un tentait d’ouvrir une plaque d’égout. Un pied paru puis l’autre dans un empressement tel que la personne tomba loupant les marches de l’échelle.

« Nino, vite, il faut fuir !! 
- Julienne ???
- Partons !!! Vite !!!!!
- Mais Julienne… »

Julienne ne l’écouta pas et s’enfuit dans les dédales. Quelqu’un la suivait, on s’agitait en haut. Il courut à la rencontre de Julienne et lui prit la main.

« C’est par ici, viens ! »

Traversant quelques couloirs et à bout de souffle elle trébucha. Nino prit la tête de Julienne entre ses mains et la regarda fixement, elle était horrifiée.

« - Que s’est-il passé ?
- Je t’en prie Nino, il faut s’enfuir… »

Elle se releva promptement et reprit sa course folle.
Dixi – 27/08/2016

« Il faut que je lui enlève cette foutue chevalière, il le faut absolument ! » se répétait Nino.

Mais comment faire? Il faut d'abord fuir, afin de parler calmement de tout ce qui vient de se passer. D'ailleurs qu'à t’elle fait, que lui a-t-on fait? Que faisait-elle à cet endroit? Bordel, que se passe-t-il?

Essayant de reprendre leur souffle, ils arrivèrent à un carrefour, et la voiture de Nino était là, portes ouvertes, clés sur le contact... comment cela se fait-il? Encore un mystère.... Un subtil parfum de rose et de musc embaumait l'habitacle, et le porte-clés n'était plus Saint-Christophe, le saint patron des voyageurs. C'était une étoile aux branches inégales....

Ils s'engouffrèrent dans les rues complètement au hasard, à toute vitesse. Nino avait l'impression d'être dans un mauvais rêve, un de celui dont le réveil n'en efface pas les souvenirs. Julienne était sur le siège passager, les yeux hagards, elle tremblait encore, elle avait tellement froid. Nino lui prit la main, mais tout ce qu'il ressentit fut un frisson glacé, comme s'il avait été plongé en une fraction de seconde dans de l'azote liquide.

Comme Julienne semblait être en état de choc, il essaya de faire glisser discrètement la bague de son doigt...

Et l'impact fut terrible! Il reçut une horrible charge électrique lorsqu'il toucha la chevalière! La voiture fit un écart sur la voie de gauche, heureusement qu'il n'y avait pas d'autre véhicule! 

Julienne le regarda avec ses yeux inexpressifs, au moment où une sirène retentit derrière eux...
Émilie Y – 02/09/2016

***

« Il ne manquait plus que ça, dit le commissaire furibond d’avoir été berné de la sorte. Aucune dignité ces bonnes femmes. Un arrêt brusque… et hop… les voilà dans les pommes ! Flavie !! Cria-t-il, d’une voix excédée, appelez une ambulance, vite ! Et occupez-vous de l’identité de notre témoin ! Elle avait l'air bien tout à l'heure, lorsque nous lui avons passé les menottes ? Allo…Sylvain ! Je vous communique un numéro d’immatriculation… Dites-moi à qui appartient le véhicule,  je ne quitte pas, j’attends (…) Nino Martin, l’adresse ? Ok vous ramenez vos fesses ici tout de suite ! »

Le commissaire remit son portable dans sa poche et inspecta la voiture. Des taches de sang séché sur la portière avant gauche et aussi sur le siège conducteur. « Que s’était-il passé dans cette voiture ? »

Une ambulance vint se garer juste à côté d’eux. Un infirmier donna les premiers soins à la femme qui était toujours étendue sur la chaussée. Un attroupement commença derrière les rubans de sécurité.

« - Quelles sont vos premières observations ? demanda le commissaire au soignant.

Celui-ci lui répondit brièvement :
- Plusieurs hématomes aux jambes, une belle entorse au pied droit, et ce qui est bizarre : son visage marque l’effroi ! C’est tout ce que je peux dire pour le moment.

- Mince, on n'a rien vu ! Prévenez-nous de son réveil ! Aucun papier n’a été retrouvé sur elle, nous devons l’interroger rapidement. »

Deux autres brancardiers soulevèrent le corps et la transportèrent dans l’ambulance qui l’emmena vers l’hôpital. Sylvain arriva sur les lieux de l’accident, à quelques mètres le commissaire et Flavie inspectaient le véhicule de Nino Martin, il se dirigea vers eux :

« - Ah, Sylvain ! L’animal n’habite pas très loin d’ici. Vous allez prendre sa voiture et la garer près de son domicile. Ensuite, nous irons nous poster un peu en arrière et ferons le guet. Je suis sûr qu’il est encore dans les parages, et qu’il n’est pas étranger à l’assassinat de la boulangère. Nous détenons peut-être une piste. Allez chasser les badauds que tous rentrent chez eux, allons dépêchons, pas une minute à perdre ! Flavie… Qu’est-ce que vous foutez ? Prenez le volant, on devrait être déjà partis ! »

Sylvain conduit la voiture de Nino et la ramena à un carrefour non loin de son domicile, suivi de près de Gontran et Flavie. Ensuite il descendit du véhicule et monta dans celui de ses deux collègues.

Ils n’étaient pas arrivés depuis 10 minutes que déjà deux hommes se glissèrent furtivement dans la voiture, Flavie mit le moteur en route prête à la poursuite. Sylvain et le commissaire avaient un pied dehors paré à bondir sur les deux individus, mais ceux-ci semblèrent se raviser, ils sortirent du véhicule et se sauvèrent en laissant les portières grandes ouvertes en même temps au loin un homme et une femme qui couraient à perdre haleine, s’engouffrèrent dans la voiture et la firent démarrer en trombe…

« Sylvain demandez du renfort, et rattrapez ces deux types, aboya le commissaire…..Nous on fonce… »

Il mit en route la sirène sur le toit, suivirent le véhicule qui fit un écart, quand Cloclo – 04/09/2016 elle vira sur la gauche à toute allure. 

« - Commissaire, pourquoi avez-vous actionné le gyrophare ? Ils nous ont repérés du coup ! Dit Flavie
- Un réflexe à la con… ne les lâchez pas !
- Mais c’est qui ces deux-là ? Ils sont fous ! »

La voiture venait de s’engouffrer dans un sens interdit, à fond, et à contre sens Flavie n’avait pas osé les suivre.

« - Mais vous faites quoi ?
- Je vais les retrouver de l’autre côté.
- Vous n’aurez jamais le temps !!
- Vous préférez qu’on se tue sur un face à face peut-être ? 
- Oui, oui, parfaitement, cette enquête me chauffe les nerfs et vous avec ! »

Flavie se trouvait à la fin de la voie prise par une rue perpendiculaire, sans doute arrivée trop tard… Mais non ! La voiture se accidentée était au travers d’un camion-benne. 

« - Ah !! Vous voyez !! On a failli se retrouver avec les ordures ménagères.
- Taisez-vous et descendez, vite ! »

Ils coururent tous les deux vers le véhicule…

« Mais où sont-ils passés encore ? Et ils sont où les renforts de Sylvain !! »

Le commissaire regarda partout, le chauffeur du camion à poubelles était assis sur le trottoir accompagné de deux de ces collègues.

« - Par où sont-ils partis ?

- J’sais pas, j’étais à l’arrière de la benne et mon gars, l’collègue là, il accrochait la poubelle au camion et on s’est tout pris dans la tronche. Alors on a gueulé après l’suis là, qui s’était assommé le crâne cont’ l’volant. Vu que ça saignait, on s’est plutôt occupé à voir l’ trou qu’il avait dans l’crâne. On y a mis un rouleau de pq, enfin, d’papier pour qui saigne pu. C’qui y avait dans la voiture, on n’en sait rien.

- Bon sang, ils ne doivent pas être bien loin, dit le commissaire en avançant dans la rue, l’arme au poing.»

Flavie le suivait et regardait elle aussi dans tous les recoins. Les deux portières du véhicule étaient grandes ouvertes, signe d’une fuite précipitée.

« - Chut… Dit Nino en mettant sa main devant la bouche de Julienne, ils ne viendront jamais nous chercher ici, regarde, ils partent dans l’autre sens…
- Ça pue la mort dans cette benne, et il faudra bien qu’on sorte un jour ! Elle est con ton id…
- Chuuuuuut… »

Le choc avec le camion avait détaché Julienne de sa léthargie.

« - Après les égouts, les poubelles… Tu parles d’une journée de merde, dit Julienne en chuchotant et en se lovant près de Nino.

- C’est vrai ! Je ne mangerai plus de gâteau à la chaussette sale. Lui dit-il en souriant et en lui caressant les cheveux. »

Ils restèrent ainsi en silence, profitant d’un moment de répit pour retrouver souffle et suite dans leurs idées pour le moins confuses.

« - Ah Sylvain ! Alors, vous les avez eus ?

- Oui commissaire… Mais il s’est passé quoi ici ?

- Notre cher Commissaire a mis le gyrophare… dit Flavie.

- Et elle, n’est même pas foutue de suivre une voiture ! Dit Gontran.

- A contre s… 

- C’est bon maintenant ! On a deux individus dans la nature et deux chez nous, c’est une bonne moyenne, mais on ne peut pas se permettre d’être moyen. Flavie, nettoyez-moi tout votre bazar, moi je cours avec Sylvain interroger nos deux lascars. 

- C’est autant votre bazar que le mien !

- Flavie ! Nettoyage !! Et on SE TAIT !!»

Le commissaire partit furibond en marmonnant des choses inintelligibles où il était question de « bonnes-femmes » de « lessive » et de « mioches ».
Dixi – 05/09/2016

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