Manuscrits du podium - chapitre 2


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Chapitre 2


Manuscrit de la seconde place

Chapitre 2

« Heure exquise qui nous grise lentement, la caresse, la promesse du moment », la mélodie résonnait agréablement entre les tympans du jeune livreur de journaux. La représentation de la récente opérette vue la veille au Théâtre de l’Apollo illuminait encore de nombreux méandres de sa mémoire très perméable à la curiosité.

Abusant de son minois enfantin et d’une audace digne d’un cascadeur, il était parvenu à entrer dans la loge des femmes, avec leur consentement, à condition de se tenir discret. Sans en avoir conscience, Lucien portait en lui le germe d’un Arsène Lupin, le gentleman cambrioleur au charme ravageur.

Au moins, le garçon prenait soin de ne pas divulguer ses multiples expériences d’intrusions teintées de voyeurisme à ses camarades de jeu ni aux employés de La Gazette de France. Cette part de mystère demeurait enfouie derrière sa figure éclaboussée de petites taches de rousseur.

Dans l’immédiat, il se rendait vers le Pont Neuf, car le chef d’équipe essayait d’améliorer la diffusion du journal dans ce périmètre, situé entre le Palais Royal et le Châtelet. À cause de sa propension à l’étourderie et à son goût pour les distractions, Lucien n’était pas très performant, mais il savait fournir l’effort minimal de manière à conserver son gagne-pain.

Malgré la foule de passants défilant devant son champ visuel, il revoyait en boucle infinie des images de la séance de déshabillage à laquelle il avait assisté le soir précédent. Divers instants furtifs, révélateurs de féminité, s’exprimaient en lui par une saveur incomparable, apte à stimuler ses hormones en devenir.

Dans un tourbillon étourdissant, il devinait encore des parcelles de cuisses et des courbes de seins, des fragrances de parfumeurs mêlées à de subtiles senteurs corporelles. Tout juste émises par les voluptueuses chairs de femmes, ces transpirations suaves imbibaient les désirs inavoués du futur homme, telle une vague marine venant s’immiscer dans les interstices d’un sable fin.

Lucien était encore grisé de cette abondance de sensations et se faufilait dans la foule comme un furet dans les hautes herbes lorsque… boum ! Il se heurta au flanc d’une jeune femme qui lui coupa la trajectoire. En se rattrapant de justesse à un bec de gaz, elle présenta spontanément des excuses, tandis que le gamin avait roulé sur le dos sans lâcher son précieux chargement.

Vif comme un écureuil, il lança un « pardon m'dam » et s’enfuit en trombe parmi les badauds indifférents à la collision qui ne les concernait pas. Le jeune Lucien était en retard, ayant perdu deux heures et quelques sous à miser sur des coquilles de noix posées à la surface de la Seine. Son embarcation avait suivi un remous   tourbillonnant puis longé des pierres moussues pendant que le vainqueur de la régate de pacotille jubilait avec une fierté disproportionnée pour l’exploit ridicule.

Dépossédé de sa petite monnaie, Lucien repensa au cambriolage dans les locaux de La Gazette de France et particulièrement à l’ascension par le marronnier. Il s’agissait d’un arbre au tronc imposant et dépourvu de branches en partie basse. Le garçon  commença d’imaginer l’usage d’une échelle à cette fenêtre pour orienter l’accusation vers des voyous peu scrupuleux. À mieux y réfléchir, il songea plutôt à une organisation malveillante de grande envergure.

De fil en aiguille, il osa même envisager l’éventualité d’un lien entre l’arrivée de la nouvelle ménagère et le fric-frac au journal. Pour Lucien, les coïncidences n’existaient pas, tant il avait dû toujours se débrouiller afin d’arranger le hasard à son avantage. Louise lui inspirait confiance mais il décida de s’improviser détective et de fouiner en marge de l’enquête officielle, à commencer par une filature de cette mystérieuse inconnue.

Dans l'immédiat, celle-ci se dirigeait vers l'atelier de peinture d'un artiste sans succès ni panache, mais qu'il valait mieux flatter de superlatifs afin de continuer à poser pour lui. Elle savait parfaitement s’y prendre. Le simple fait d’être payée à chaque séance sans devoir se dévêtir devant lui se traduisait par « Vous êtes le plus honnête et assurément le plus doué de votre génération ».

L’équilibre semblait fragile comme une planche reliant deux rochers en surplomb qui eût ployé insidieusement à mesure d’une avancée, uniquement soutenue par le frêle espoir d’un salut durable. Chaque jour annonçait un lendemain quasiment identique, à l’image de la tapisserie de Pénélope.

L’œuvre en cours de réalisation décrivait une scène de chasse de Diane en pleine action, munie de son arc bandé, juste avant le décochage d’une flèche vers un lapin empaillé. Étrangement, le simple fait de revêtir une tunique suffisait à projeter l’imagination du modèle féminin vers une époque indéfinie, où les divinités auraient côtoyé les mortels.

Parfois Louise laisser grandir en elle l’étrange désir de dévoiler ses talents imaginaires d’oratrice à un public nombreux assis dans un théâtre, redoutant le trou de mémoire pour une réplique importante. Dans ce rêve récurrent, les mots lui revenaient in extremis, presque aussi facilement qu’une averse printanière pouvait tomber d’un nuage anthracite du ciel parisien.

Elle adorait la magie de ce dernier étage où elle retrouvait le barbouilleur professionnel pour un moment hors de toute contingence prosaïque. Les roucoulements des pigeons et leurs danses amoureuses semblaient appartenir à un univers opposé à celui des ruelles. Ici l’air était en quelque sorte plus propre et sa couleur davantage bleutée.

C'était uniquement en ce lieu qu’elle avait la sensation de vivre pleinement, immortalisée sur une toile, potentiellement célèbre dans un futur si mystérieux et fuyant comme un soleil couchant. Au moins, la providence l'avait gâtée par la finesse des traits de son visage et par sa somptueuse chevelure ornant ses épaules de boucles lorsqu'elle ne les serrait pas dans un chignon discret.

En revanche son corps ne lui plaisait guère car elle le trouvait insuffisamment généreux de formes féminines. Intimement, elle considérait que la faible largeur de ses hanches et sa menue poitrine expliquaient partiellement l'absence du moindre prétendant. Ou alors son temps passé à ranger et astiquer les locaux du journal l’empêchait de trouver son alter ego. Au moins, elle ne risquait pas d'être courtisée pour son argent.

De ses petites enjambées féminines et pourtant toniques, Louise s’engagea sur le pont d’Iéna en savourant la brise qui murmurait à ses oreilles des mélodies furtives. La vue du fleuve parisien l’impressionnait car elle ne savait pas nager, alors elle détourna le regard pour s’intéresser aux passants. Elle aperçut un couple d’amoureux aussi démonstratifs que des tourterelles, instinctivement attirés par leurs différences complémentaires.

Simultanément, elle se prit à envier la chanceuse et à se demander combien de temps le bonheur des premiers émois résisterait aux outrages des années, avant de laisser l’insidieuse routine envahir leur quotidien. Ou alors un démon de midi incarné en ingénue engloutirait plus tard les économies du mari et les derniers liens affectifs du couple. Peut-être Louise cherchait t-elle à étouffer sa crainte de finir seule, happée par la grande horloge invisible qui prive de nombreuses femmes de transmettre la vie.

Le hasard injuste distribuait mal les cartes et décidait sur des critères autres que la générosité et la vertu, elle basculait irrégulièrement de l’optimisme à la résignation, vite effacée par sa jeune insouciance. Au moins, la séance de pose allait lui procurer l’effet magique à chaque fois renouvelée, à commencer par le déshabillage dans la réserve aux effluves de peinture et aux poussières nobles.

Du haut du dernier étage, elle oubliait les ménages, les pavés et les relents d’égouts. Dans son rôle de modèle, elle s’imaginait presque dans un conte pour enfants, elle s’y sentait devenir une Cendrillon invitée à un bal auquel il ne manquait plus que le prince charmant. L’artiste avait évoqué plusieurs fois l’éventuelle venue d’un apprenti à qui il envisageait de transmettre sa passion. Louise espérait encore une bonne surprise, un éventuel cadeau de la vie.

Après le Trocadéro, elle emprunta l’avenue Kléber avant de bifurquer puis de se retrouver nez à nez avec le peintre au bas de l’immeuble. Par galanterie, il ouvrit la porte, la laissa entrer et passa ensuite devant dans l’escalier, de manière à ne pas avoir les yeux au niveau des fesses de la jeune femme. Elle considéra sa chance de ne pas devoir subir les assauts d’un mâle obnubilé par un instinct de reproduction vers tous les jupons.

Hélas, une triste découverte ponctua l’ascension : l’atelier avait été visité et la plupart des toiles dérobées. L’artiste voulut croire à un cauchemar. Dans un élan de déni, il fit le tour de la réserve en répétant à maintes reprises « Non ! Non ! » avant de s’affaler, résigné, sur un tabouret. Les plus belles œuvres n’étaient plus là, dont la dernière en phase de retouches finales. Cela signifiait autant une privation financière qu’affective, une part de lui-même arrachée, du jour au lendemain, brutalement.

Louise voulut réconforter l’homme déjà prostré le visage dans les mains. Elle posa les mains sur ses épaules en lui assurant qu’il produirait d’autres tableaux encore plus réussis. Elle s’interdit de trembler, d’imaginer l’arrêt de leurs séances, la perte de son revenu d’appoint et surtout, la fin de ses rêves épisodiques. Elle se vit alors mourir lentement, dans un destin de nouveau réduit au maniement de la serpillière et à celui de la brosse de chiendent.

Pourtant encore sous le choc, le peintre eut un élan de fierté bienveillante. Pour trouver la force de rassurer son modèle, il se leva tel un vieillard et amena une toile vierge sur le chevalet. Elle se dirigea vers la pièce qui lui servait de vestiaire, désormais souillée par le passage des pillards. D’une certaine façon, elle se sentait violée, son image emportée vers des destinations inconnues contre son gré. Pire, elle commença de frémir, à s’imaginer reconnue par des voyous du quartier qui risqueraient de la suivre jusque chez sa cousine Hortense.

Sitôt habillée en chasseresse, elle prit la pose, quasiment comme la fois précédente. L’artiste retrouva sa gestuelle et entreprit le nouvel ouvrage, hésita plusieurs fois, ferma les yeux de longues minutes, inspira profondément, observa son modèle, mesura les proportions le bras tendu tenant un pinceau et les reporta sur la toile. Malgré tous ses efforts de concentration, il dut se rendre à l’évidence : son inspiration était désormais hantée par le fantôme de ses tableaux volés. La séance fut écourtée, mais le rendez-vous suivant maintenu.

De nouveau sur les pavés gris et tristes, la jeune femme sentit l’air pesant et poisseux. La rue était vide de vie et déjà sombre car le soleil avait quasiment parcouru sa trajectoire quotidienne. Louise se sentait enfermée dans un labyrinthe aux issues condamnées par la faute des hommes les plus malhonnêtes. Dépitée, elle en déduisit que la richesse des cambrioleurs se construisait finalement aux détriments de la classe sociale vouée au labeur.

Révoltée par l’injustice, elle se prit à rêver d’une enquête menant aux tableaux volés. L’espace d’un instant, elle repensa au commissaire Théophile Lebrun et à son éventuel soutien. Puis elle creusa davantage la voie de l’enquête et des ressources insoupçonnées mobilisèrent son courage naturel, à tel point qu’elle se sentit poussée par l’envie de mener une investigation, avec ou sans le policier.

Pareil à un arc en ciel chassant des nimbes obscurs, le désir de vaincre l’adversité illumina l’espérance de la jeune femme. Revigorée par cette énergie interne, elle perçut au plus profond d’elle une forme de capacité à aider son entourage, telle une bénévole au chevet des malheureux. En son for intérieur, la décision s’ancrait fermement, tandis que les crispations desserraient leur emprise sur ses muscles maxillaires.

Sur le chemin du retour, ses enjambées devinrent plus souples, une amorce de sourire lui vint à la commissure des lèvres lorsqu’elle aperçut une mamie jeter les miettes d’un quignon de pain à un couple de bergeronnettes élégantes. La grâce des deux oiseaux lui fit spontanément savourer l’instant. Étrangement, un rai de lumière plus intense éclaira l’endroit où picoraient les innocentes créatures.

Tout juste rentrée dans la loge de sa cousine, elle découvrit le chat indolent très occupé à dormir sur un coussin déjà maculé de ses poils fins. Quelques tics nerveux lui firent trembler les vibrisses et le minet se couvrit alors le museau de sa patte veloutée. Un petit croc dépassait, rappelant aux éventuels rongeurs égarés le danger à s’aventurer chez lui.

En réalité, le matou ne brillait pas du moindre talent de chasseur, préférant quémander bruyamment aux moments des repas. Le reste du temps et hors de ses longues siestes, il scrutait parfois un pigeon, à l’abri derrière les vitres de son poste d’observation favori, mais il descendait en trombe lorsque le redoutable volatile venait à se poser sur le rebord de la fenêtre. Lorsqu'il fuyait ainsi, Louise se plaisait à le réprimander affectueusement : « Ne soyez pas couard, mon ami Édouard ».

L’absence d’Hortense intrigua la jeune femme et lui fit se souvenir du drame qui s’était déroulé pratiquement sous le même toit. À peine eût elle posé son sac à main, elle entendit les pas de quelques personnes en pleine discussion. Elle reconnut la voix de sa cousine qui parlait du commissaire Lebrun. Malgré son envie de sortir pour se mêler à cette affaire, elle se retint, afin de ne pas placer Hortense en situation inconfortable.

La conversation prit rapidement fin, la concierge eut la bonne surprise de retrouver sa Lisou et s’empressa de lui confier les indices troublants alors que l’enquête n’avait pas réellement débuté :

«  Il paraîtrait que l’autopsie révèle un empoisonnement par du cyanure.

- Un empoisonnement ! Madame Dubreuil avait-elle un ou une ennemie ?

- Figures toi qu’en façade, tout le monde fait semblant de l’adorer.

- C’était peut-être le cas, fit timidement Louise.

- Pas du tout ! Son mari l’avait épousée pour son argent et la trompait sans vergogne. Cela lui valait des scènes durant laquelle il était menacé de finir à la rue. Il avait une bonne raison de l’assassiner.

- Est-il le seul suspect ?

- Non, madame Dubreuil avait aussi des biens immobiliers et elle portait la réputation de faire expulser les locataires dès le premier loyer impayé. Presque toutes les victimes voulaient se venger.

- Et comment était-elle avec le personnel ?

- Abjecte, le ménage n’était jamais assez bien fait et elle critiquait la cuisine de Lucie, trouvant qu’il n’y avait pas assez de ceci ou trop de cela. Franchement, j’ai l’impression que personne ne la regrettera.

Louise ajouta :

- Dis-moi, j’ai cru t’entendre parler de Théophile Lebrun, non ?

- C’est lui qui est chargé de l’enquête, tu le connais ?

- Il m’a questionnée sur l’affaire du cambriolage de La Gazette de France. Il m’a fait très bonne impression, celle d’un homme perspicace et intègre.

- En effet il possède une bonne notoriété. Hormis sur une affaire d’alcool de contrebande qui n’a jamais été résolue, il a toujours fini par retrouver les coupables, avec assez de preuves pour les faire avouer.

- Intéressant !!

- Pourquoi donc ?

- Curieuse ! On va se préparer un bon petit dîner et je vais te raconter mon après-midi… »

En cette fin de journée, Théophile Lebrun s’éclipsa très tôt commissariat, juste après avoir laissé des consignes à son assistant, lui déléguant la tâche ingrate de dactylographier ses notes relatives au cambriolage du journal, puis d’archiver des dossiers anciens. Au risque d’entacher une réputation irréprochable, l’homme fit un détour par un estaminet, où une insidieuse habitude l’attirait, telle une sirène incitant les équipages à venir faire sombrer leurs navires.

Au fil des années, « Monsieur Lebrun » venait de plus en plus fréquemment dans cet établissement qu’il avait découvert au gré d’une affaire d’absinthe illégale. Le patron du bar avait su habilement se disculper de vente interdite, mais il avait flairé l’avantage à ajouter ce fonctionnaire influent à sa clientèle. Désormais, le commissaire venait régulièrement chercher du réconfort en se faisant offrir un verre de quinquina à sa table préférée.

Surtout, cette pause ne manquait pas de faire s’approcher une personne de compagnie fort agréable, accessoirement bien plus jeune que lui. Avec le temps, elle l’avait amadoué en lui laissant l’impression valorisante qu’il décidait du déroulement des heures suivantes. À commencer par le kir royal que la belle se faisait payer à chaque fois, elle entraînait ensuite « Monsieur Théophile » vers une destination peu lointaine qui lui apportait la sensation d’un voyage extraordinaire.

Mille fois l’homme avait décidé de ne plus revenir et pourtant, une alchimie interne plus forte que la raison lui dictait une loi intransigeante. Le sens du devoir qui commandait sa carrière ne suffisait pas à le détacher de son addiction pour ce chaleureux rendez-vous. Jusqu’à présent, seule la discrétion l’avait épargné d’une rumeur disgracieuse et de conséquences professionnelles désastreuses. Cela risquait de ne pas durer.

 


Manuscrit de la 3ème place

Chapitre 2

« Mais qu’est-c’qu’c’est qu’ça ?

- Un corset.

- Mais où t’as eu c’truc là ?

- J’l’ai acheté à la Samaritaine

- Ça a dû t’couter d’l’artiche ! T’as pas un sou ! dit-il stupéfait.

- On s’en fout, on va lui mettre ça à la vieille bique.

- Bah pourquoi tu veux mettre ça à la morte ?

- Pour l’humilier.

- C’est vraiment du blé foutu en l’air, t’es vraiment louftingue.

- Aide-moi plutôt à la déshabiller.

- Pas question, j’respecte les morts

- Abrutit, c’est toi qui l’as tuée, aide-moi j’te dis !

- Mazette elle pèse son poids la Gâcheuse !

- Avec tout ce qu’elle bouffait, ça m’étonne pas. Allez, on lui met ça. Aide-moi à la tourner… La vache, qu’elle est lourde !! …

Puis elle commença la périlleuse entreprise d’enfiler ce nouveau corsage au cadavre.

- Arrête de serrer comme ça, ses tripes vont lui sortir par la bouche.

- Ah, tu voulais une taille fine, la jeannette, une taille de guêpe comme c’est la mode dans le Tout-Paris, regardes, je t’accorde ton dernier vœu »

Elle dit cela en tirant de toutes ses forces sur les ficelles du corset, son pied poussant sur les reins de la dépouille pour donner un maximum de puissance dans son action.

Non sans mal et le méfait accompli, ils admirèrent le spectacle.

Madame Dubreuil gisait sur le ventre, la taille serrée à l’extrême, en jupon, sur le tapis de sa chambre.

« Ça n’va pas. C’est pas assez spectaculaire. Viens, on va la mettre sur son lit. » Dis la femme.

C’est avec grande peine et usant de peu de respect et de précaution qu’ils l’allongèrent sur son lit.

« Attends, on va lui mettre les bras à l’horizontale, comme Jésus, puis elle lui dénoua le chignon.

- Pourquoi tu fais ça ?

- Regarde, on va lui faire un soleil avec ses cheveux. Puis elle se mit à rire.

- Mais tais-toi, tu vas nous faire repérer !

- Sainte Jeanne, te voilà auréolée !!

- Bon, on y va maintenant, j’en ai marre de tes conneries, les cabestans vont débouler et on aura l’air fin. Tu me fout la frousse avec…

- Non, non, ça va pas, c’est pas encore assez spectaculaire j’te dis, et puis elle est trop belle comme ça, on l’a prendrait presque en pitié la garce.

- Démerde-toi, moi j’y touche plus.

- Faudrait que quand on rentre, on ne voie qu’elle, attend… Là ! On va la mettre là !!

- Où ça là ? Sur la fenêtre ? Tu dérailles.

- Oui, c’est bien là, on va l’accrocher aux rideaux, aide-moi. »

Puis elle approcha son visage de celui de madame Dubreuil et lui murmura à l’oreille : « Hein, ma Jeannette, tu voulais prendre de la hauteur, tu vas être servie. »

« Comment tu veux qu’on l’accroche là haut ?

- Avec la corde à pompons des rideaux, on va lui glisser sous chaque bras et la pendre à la tringle.

- Elle va se casser la gueule !?

- Non, c’est solide ces machins-là quand c’est chez les bourgeois, ils ont des sous pour les gros clous. »

Ils prirent chacun un fauteuil, elle prit le banc du pied de lit et lui dû aller en chercher un dans le salon. Ils passèrent d’abord le milieu de la corde derrière la tringle à rideaux pour former un « U ». Puis, avec hargne et acharnement, ils allèrent poser le menton de la morte sur la base du « U » afin qu’elle garde la tête bien droite le regard fixant la porte d’entrée de la chambre. Ensuite ils enroulèrent chaque extrémité de la corde autour de chaque épaule et ils nouèrent bien fort le cordage à la barre.

« Attends, attends, j’ai une idée, regarde, on va lui mettre les pompons qui dépassent sous les oreilles… Ohhhh, mais que vous avez de jolis bijoux Jeannette ! »

Il commençait à se prendre au jeu, à ce jeu macabre dont il ne mesurait pas encore l’importance.

Elle attacha chaque poignet à l’un des anneaux du rideau afin que le pauvre corps de Madame Dubreuil soit configuré en position du Christ, mort sur sa croix.

Nos deux coupe-jarrets se postèrent près de la porte pour admirer leur œuvre, lorsque lui dit :

« Ça me gène quand même de la voir en jupon, c’est pas respectueux.

- T’en es encore là ? Dis la femme.

- Attends, j’sais c’que j’vais faire »

Il prit les ciseaux qui étaient posés sur la coiffeuse de Jeanne Dubreuil et coupa un des rideaux en sa moitié. C’était un velours vert très épais, encore assez brillant, mais qui avait vécu. Il était galonné d’un ruban doré du même fil que les cordages. Il attacha ce bout de tissus ainsi récupéré à la taille de la morte avec la seconde corde à rideau et prit grand soin de placer les pompons de façon élégante. Il reprit, par-ci par-là quelques plis disgracieux, fit en sorte que ce textile, qui tombait jusqu’aux genoux soit parfaitement droit sur les jupons brodés du cadavre.

« Un beau tablier pour la baronne ! » s’exclama-t-il.

Mais malgré tous ces efforts d’esthétisme, la scène était terrifiante : Madame Dubreuil se tenait bien droite, le regard livide face à la porte. Les bras bien à l’horizontale et les cheveux tombants sur les épaules laissant entrevoir deux magnifiques pompons en fils de soie dorée. Elle avait la taille serrée à l’extrême ce qui lui donnait l’air d’un sablier. Son corset rouge, très vulgaire tranchait avec le vert du rideau et ses jupons soyeux relevés d’une broderie raffinée. On y voyait ses pieds nus.

La femme reprit alors :

« Te voilà belle ma Jeannette, espèce de « va-nu-pieds » de Montmartre, vas-y maintenant, pousse ta chansonnette… te voilà rendu à la case départ. Avec tes grands airs, tu nous as tous oubliés sur ton chemin pavé, écrasés comme de la vermine, tu nous as traité pire que tes larbins. Comme le crottin des chevaux dans les rues de Paname, on te salissait tes beaux escarpins. Elle a été belle l’histoire pour toi ma belle, bah voilà, elle aura pas une fin heureuse ton histoire. Elle sera comme la nôtre, elle n’ira que d’une fesse. T’es bien perché là haut, t’es à ta place, dans le velours et dans la soie, mais les pieds et les mains sales. »

Disant cela, elle alla chercher de la suie dans la cheminée et en badigeonna copieusement les pieds et les mains du cadavre. Elle recula et regarda de nouveau Jeanne Dubreuil. Elle la regarda longuement comme pour savourer sa victoire sur cette femme qui l’avait trahie et abandonnée. Elle voulut s’imprégner de cette scène afin de ne jamais l’oublier.

Puis son regard se porta sur l’ensemble de la pièce :

« Bon, j’voudrais pas rôtir là, mais y’a encore du boulot, t’as vu tout c’bazar, faut y mettre bon ordre avant de partir, et pas laisser de traces, t’entraves !

- Faut qu’j’me mette au ménage maint’nant ! J’suis pas l’cabot d’la baronne !

- Pas d’discutaille, allez, au boulot !

Puis il la suivit jusqu’à la coiffeuse de Madame Dubreuil. Il y avait là des essences parfumées et du savon à grand prix. Elle donna à son compagnon le broc d’eau, le savon et une serviette brodée aux initiales du couple :

- Tiens, nettoie-moi toute cette suie.

- Ah non, j’ nettoie pas tes salop’ries, débrouilles-toi avec ça, moi, j’ramasse la casse et j’remets les choses en place. Pour finir, j’veux bien r’faire le lit, mais pas plus.

Puis il s’activa dans la pièce la laissant avec son matériel de nettoyage improvisé.

- Rhooo, regarde le Cadichon ! Jamais rien vu de tel !

- Poses cette montre, on n’est pas là pour la cambriole, on prend rien t’as compris !

- Même pas une petite compensation ?

- Tu l’auras d’t’à l’heure ta compensation, maintenant au turbin ! Allez, faut qu’on décanille avant l’retour du père Dubreuil. On a trop traîné.

- La faute à qui ? Dit-il en remettant le banc au pied du lit.

Tout en nettoyant la pièce, elle ne pouvait pas s’empêcher de regarder Jeanne, sa Jeannette, sa compagne de galère. Quand à des moments son cœur la serrait, elle retournait à son ouvrage abject, se disant sans cesse de ne rien oublier, pas un petit indice qui pourrait faire monter le quart d'œil jusqu’à elle.

Maintenant que la chose était faite, que Jeanne était trépassée, elle ne pouvait souffrir d’aucun regret, elle devait juste se concentrer sur ses gestes et ne laisser aucune trace.

Sûr qu’on ne pourra jamais remonter jusqu’à elle. Jeannette Dubreuil, maintenant qu’elle était devenue baronne, ne traînait plus dans leurs anciens quartiers.

Personne ne connaissait la vie de cette malheureuse femme devenue bourgeoise, cette vie décousue de pauvrette, vivant au jour le jour, au sein d’une communauté de brigands et de filles de rien. Elle, avait eu de la chance, elle était née avec un bel organe qui lui permettait de vivre de ses chants de rue. Son amie portait le chapeau pour les piécettes et le garçon qui les accompagnait faisait les poches des spectateurs pendant la chansonnette. Ce trio infernal vivait heureux malgré tout.

En ce temps, ils n’avaient pas d’envie, pas d’ambition. Les jours meilleurs on verra après, ils viendront bien un jour. Le temps défilait comme ça en toute insouciance jusqu’à ce fameux jour de 1870 où ils décidèrent tous les trois d’aller voir ce nouveau lieu où l’on pouvait acheter ses vêtements sans les faire soi-même ou sur mesure, jusqu’au jour où la Samaritaine ouvrit ses portes.

Ce magasin mi fin à toute candeur tant tout y était grandiose. Il naquit ce jour-là chez nos trois enfants un nouveau sentiment : l’envie. Une envie plus ou moins forte pour chacun, mais dans la tête de Jeannette ce fut une révolution.

Chaque jour, elle se rendait devant le magasin pour chanter et chaque jour elle nourrissait l’espoir de pouvoir y être vendeuse. Elle regardait les vitrines, les belles femmes y entrer, les enfants aux mains propres. Elle n’avait pas encore l’âge, mais elle fut d’une grande patience jusqu’au jour de son embauche.

Le directeur, Monsieur Ernest Cognacq, la connaissait bien, il laissait souvent une pièce dans le chapeau. Elle était devenue la chanteuse de rue attitrée du magasin. Lorsqu’il la reçut, surpris de son souhait de vouloir une audience, il pensa d’abord à une demande d’un article ou une proposition de venir chanter dans les locaux de la Samaritaine. C’était en décembre, il faisait froid, Noël s’annonçait à grands pas, il n’aurait pas été contre une petite animation au sein du bâtiment. Surtout que Jeanne était ravissante, un peu mieux apprêtée et propre, elle n’aurait pas dénoté dans cet endroit.

Mais Jeanne voulait simplement être vendeuse et pouvoir gagner suffisamment d’argent et se loger convenablement. Monsieur Cognacq, nous l’avons dit, fut très étonné de sa requête, voir même un peu déçut. Cette jeune femme ne savait pas lire, mais comptait très bien, et puis il la savait très courageuse. Il la prit à l’essai pour la période de Noël.

Elle y resta plus d’un an. Année pendant laquelle elle accueillit gracieusement ses deux amis chez elle. Privés de sa voix, ils avaient grande peine à gagner leur vie depuis que leur compagne de mauvais chemin travaillait bien au chaud. Mais logés et nourris aux frais de la princesse, ils ne portaient aucune rancune à leur Jeannette.

Le temps passait doucement, Jeanne était très heureuse, elle apprit beaucoup au contact de la clientèle aisée du magasin. Elle les observait, leur comportement, leur tenue, et elle fini par user du même langage. Elle rencontra un jeune étudiant qui voulut bien lui apprendre à lire et à parler convenablement.

Ceci fit beaucoup rire ses deux colocataires de mauvaise fortune : « Pourquoi tu veux apprendre à lire, tu n’en n’as pas besoin !! T’es pas bien comme t’es ? » ou bien « Que Madame m’excuse de ne savoir bien parler ! ». Ces propos l’exaspéraient au plus haut point. Elle avait de plus en plus de mal à les supporter. D’ailleurs ses amis devinrent des camarades, des gens qui partageaient son toit et pour finir de nuisibles sangsues.

Elle ne les supportait plus, ni leur mentalité, ni leur idiotie, ni leur manque de maturité et surtout, elle ne supportait pas de les voir se complaire dans cette médiocrité dont ils ne souhaitaient pas sortir.

À plusieurs reprises elle leur proposa de venir travailler avec elle, elle reprenait souvent leurs écarts de langage, leurs attitudes malséantes. « Ça va, t’es pas notre mère ! » ou des propos similaires lui étaient alors rétorqués.

Elle prit sur elle autant qu’elle put.

Un mardi, un charmant jeune homme s’arrêta, timide, à son rayon. Elle crut d’abord que c’était à cause des articles qu’elle proposait : elle était chargée de la vente de corsets et de panties. Pour un jeune homme, il était fort délicat de demander des conseils sur les sous-vêtements féminins à une charmante jeune fille.

« Pardon Mademoiselle, mais…

- Bonjour, Monsieur, que puis-je faire pour vous être agréable. N’ayez crainte, vous n’êtes pas le seul homme que mon rayon embarrasse, je suis habituée et je ne me moquerai nullement.

- C'est-à-dire que… enfin, c’est… comment dire…

- Mais dites, Monsieur, Dîtes…

- J’aurais aimé, si vous le permettez, vous offrir une tasse de thé à la fin de votre service, si vous ne jugez pas ma démarche un peu trop cavalière ?

- Une invitation ? Je ne sais, Monsieur, si je le puis.

- Alors, Mademoiselle, je passerai chaque jour renouveler ma demande, et peut-être qu’un jour… Bien à vous, Mademoiselle. »

Lorsqu’elle rentra le soir dans son appartement, elle raconta son aventure à ses deux compères. Lui rit de bon cœur, elle un peu moins, elle avait flairé la mauvaise fortune. Si Jeanne tombait amoureuse, c’en était fini de leur vie bien tranquille.

« Ah non, Jeannette, ça ne se fait pas, ce n’est pas… comment ils disent les bourgeois déjà ? Ah oui : ce n’est pas bienséant ! Il faut que vous soyez présentés.

- Tu crois ?

- Pour sûr ! Si tu dis oui tout de suite, il te prendra pour une fille facile.

- Tu as peut-être raison. Je vais attendre alors.

- Oui, et il faut que vous soyez présentés, c’est ce qui correct »

Le lendemain, le jeune homme était, comme il l’avait promis, au rendez-vous de 16 heures.

« Bonjour, Mademoiselle, comment vous portez-vous aujourd’hui ?

- Comme un charme Monsieur.

- Vous illumineriez ma journée en acceptant de prendre un thé en ma compagnie à la fin de votre service ?

- Ah non, Monsieur, pas dans ces conditions ! »

L’homme fut surpris :

- Vous aurais-je offensée ?

- Que nenni, Monsieur, seulement nous n’avons pas été présentés.

- Suis-je bête ! Mais vous avez raison. Votre grâce me fait perdre toute respectabilité. Bien à vous, Mademoiselle. »

Puis il partir d’un pas guilleret.

Jeanne s’en rendit compte et n’était pas mécontente de son effet. Cet homme était vraiment charmant et il pourrait, si elle s’avait s’y prendre, être celui qui mettrait fin de cette vie médiocre.

Elle décida de ne pas en parler à ces deux nuisibles qui partageaient son appartement. Ce bonheur naissant, elle voulait le garder intact et ne pas le voir sali par des propos émanant de ces deux hypocrites.

Le lendemain, lorsqu’elle prit son service, elle fut convoquée par Monsieur Cognacq. Cette perspective lui fit peur. Elle monta fébrilement au dernier étage de la Samaritaine et frappa à la porte de son directeur.

Lorsqu’elle entra, elle vit un homme assis face au bureau de son patron. Il se tenait de dos.

« Bonjour, Jeanne, je voudrais vous présenter Monsieur Dubreuil, Baron de Chevrillère. Il m’a dit le plus grand bien de votre service et je voulais vous en féliciter devant lui. »

Le baron se retourna et elle reconnut le charmant jeune homme qui lui présentait ses hommages depuis deux jours. En cet instant ils venaient d’être présentés l’un à l’autre par le directeur de la Samaritaine. Elle ne pouvait plus lui refuser ce thé.

Qui plus est, il s’agissait d’un baron !

« Monsieur le Baron, je vous remercie infiniment pour ce geste qui me va droit au cœur. Il est bien rare que des hommes de votre rang s’intéressent à de simples employées comme moi.

- Vous me vexez Mademoiselle, nous savons reconnaître le mérite et la grâce lorsque nous la rencontrons. Nous ne sommes pas tous des monstres d’indifférence.

- Pardon si je vous ai offusqué. Que puis-je faire pour me faire pardonner ?

- Acceptez de venir prendre un thé en ma compagnie dans le petit salon que Monsieur Cognacq met à notre disposition ?

- Je ne sais si je peux me présenter seule avec un homme, Monsieur !

- Mais nous ne serons pas seuls, il y aura ses domestiques, et si vous le souhaitez, nous laisserons la porte entre-ouverte.

- Dans ce cas, je ne puis qu’accepter. »

Ce jour restera le plus mauvais jour de la vie de sa compagne des rues. Lorsqu’elle vit rentrer sa Jeannette à l’appartement, en retard et enjouée, elle comprit que les jours sombres allaient revenir. Elle lui fit promettre que lorsqu’elle serait Baronne, de ne pas les oublier, le petit « gavroche » et elle. Jeanne promit.

Jeanne épousa Charles-Hubert Dubreuil, Baron de Chevrillère le samedi 24 juin 1882 à l’âge de 20 ans. Elle garda l’appartement pour ses deux amis pendant les deux années qui suivirent.

Cependant, ils en demandaient toujours plus. Jeanne Dubreuil ne dit jamais la vérité à propos de son enfance et son adolescence à son époux. Elle ne dit jamais mot sur ses amis, et tout ce qu’elle leur donnait, elle le faisait secrètement.

« Aïe ! » Elle se coupa le doigt sur le broc ébréché de la chambre de Monsieur et Madame Dubreuil. « Avec tout l’argent qu’elle a, elle pouvait pas s’en racheter un neuf la quinqua ! ».

Puis elle repensa à ce jour où Jeannette les remit à la rue, à cause d’une malheureuse paire de bottillons qu’elle voulait que Jeannette lui achète.

Puis réfléchissant bien, c’était plus pour rembourser le marchand à qui elle avait volé les bottes. Jeanne avait été appelée au commissariat pour venir en aide à son amie. Mais elle n’était jamais venue et avait rendu les clés de l’appartement. Elle était allée en prison et le « gavroche » ne tarda pas à l’y rejoindre, car il avait été pris la main dans le sac, ou plutôt dans la poche d’un notable bien pensant et propre sur lui.

Jamais elle ne lui pardonna. Et aujourd’hui sa vengeance avait un goût bien amer, ce retour dans le passé lui laissa la gorge nouée et les yeux humides.

Elle arrêta un moment son ménage et regarda Jeanne. « Pourquoi tu nous as abandonnés ? On était pourtant bien tous les trois ? Oui, bien sûr, c’était mieux pour toi de partir, mais moi, j’t’aurai jamais abandonné. Pourquoi t’as fait ça Jeannette, pourquoi t’as fait ça…». Elle prit le siège, y monta, et ferma les yeux de son amie.

Elle reposa le fauteuil à sa place.

« Viens, on y va, on n’a plus rien à faire ici. Dis adieu à ta Jeannette et partons ».

Puis ils refermèrent la porte derrière eux.

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