Manuscrits du podium - chapitre 5


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Chapitre 5

(Seulement deux manuscrit étaient en compétition pour cette sélection)

 


Manuscrit de la seconde place

Chapitre 5

Avant même de soulever les paupières, Lucien imagina sa prochaine rencontre avec la vieille dame un peu sorcière. Déjà il redoutait le regard repoussant du rongeur albinos et cependant il espérait apprendre de la guenilleuse des informations jusque là mystérieuses.

Après quelques minutes encore embrumées par ses rêves évaporés il sortit du lit débordé et enfila ses pantalons, la jambe droite la première au cas où cela puisse attirer la chance. Il ne s’attardait pas sur les superstitions et pour autant, il aimait celle-ci pour sa simplicité. En son for intérieur, il se considérait bien assez heureux pour ne pas se plaindre de son sort.

En guise de petit déjeuner, il versa un reste de lait dans un bol et sortit d’un fin sachet de papier le croissant acheté à demi-tarif la veille au soir. Son visage constellé de taches de rousseurs l’aidait toujours dans ses négociations pour économiser le moindre sou. Même si la saveur ne valait pas celle d’une viennoiserie sortie du four, la pâte feuilletée avait conservé tout son moelleux.

En filant au travail, Lucien se projeta vers des jours plus confortables, car il n’osait pas trop inviter des filles dans le bric-à-brac qui encombrait sa chambre. Jusqu’à présent ses conquêtes se limitaient à quelques batifolages dont il avait savouré le moindre instant, comme un assoiffé eût apprécié de laper des gouttes de rosée.

Dans ce domaine aussi, la vieille femme allait pouvoir lui donner des réponses, si toutefois elle parvenait à gagner sa confiance sur d’autres sujets moins intimes. Cette histoire de noyade cheminait dans son esprit insuffisamment crédule pour se satisfaire d’une prédiction évasive sans la vérifier dans les pages du journal.

Lorsqu’il s’engagea dans la rue Jean-Jacques Rousseau. La conversation des malfrats lui revint en mémoire et il chercha du regard un recoin pour éventuellement se planquer et assister au prochain cambriolage. Encore eût-il fallu connaître la date du fric-frac ! Décidément, toutes ses interrogations le ramenaient vers la harpie aux prétentions divinatoires.

Une fois dans les locaux de la Gazette de France, les actions s’enchaînèrent comme à l’accoutumée, depuis le chargement d’une pile de quotidiens jusqu’aux consignes de Monsieur Paul. Tandis qu’il se chamaillait amicalement avec les autres livreurs comme une volée d’étourneaux, Lucien observa discrètement que l’homme boitait étrangement depuis la veille. Sitôt sorti, il oublia ce détail.

Vers onze heures, le garçon avait distribué tous les journaux et ramené la recette à son employeur avant tous les autres petits vendeurs. Il en fut félicité et récompensé des quelques piécettes supplémentaires allouées au plus rapide de l’équipe. En sortant du bâtiment il arpenta joyeusement les rues qui le séparaient de la rue Croix des Petits Champs en faisant quelques détours.

***

Plongé dans l’univers de la police moderne, Théophile Lebrun tapait sur les touches de sa machine à écrire. Il préparait sa prochaine soirée sur ce thème qui le passionnait. Après l’histoire des empreintes digitales, il allait aborder la récente création des brigades mobiles, plus connues sous le nom de « Brigades du Tigre », en référence à Georges Clemenceau.

La nouvelle organisation policière faisait barrage à une montée du banditisme exceptionnelle de ce début de siècle. Sélectionnés sur leurs aptitudes physiques puis entraînés au combat, ces hommes d’élite avaient mis en déroute plus de trois mille délinquants en quelques mois et démantelé des réseaux qui narguaient la police depuis trop longtemps.

Les Brigades du Tigre bénéficiaient des dernières méthodes d’investigation et des techniques modernes, comme le télégraphe, le téléphone et même des automobiles. Théophile Lebrun se releva pour prendre de la hauteur sur pareille information, cherchant comment mieux captiver son auditoire pendant la conférence.

Il décida de parler des « Chauffeurs de la Drôme », arrêtés l’année précédente par la brigade mobile de Lyon dirigée par un certain commissaire Floch. Les criminels avaient extorqué l’argent de leurs victimes en leur brûlant les pieds sur les braises de leur cheminée. L’exécution des malfrats deux saisons plus tôt étaient encore dans tous les esprits et…

- Commissaire, un télégramme pour vous !

- Ah ! Merci Roland !

Théophile Lebrun parcourut du regard la missive :

« Monsieur le Commissaire,

Je me permets de vous informer a posteriori que mon épouse avait confié à la concierge Mme Hortense Louvier une clef de notre logement, à l’époque où elle lui demandait d’arroser les plantes. Nous n’avons jamais eu à nous plaindre de ses services mais il me semble nécessaire de n’écarter aucune piste pour votre enquête. Lorsque Lucie est arrivée, nous avons oublié de récupérer le triple chez la concierge, au point de ne plus y penser après le meurtre de mon épouse.

Veuillez recevoir, Monsieur le Commissaire, l’expression de mes courtoises salutations. M. Dubreuil »

Cette révélation tardive éperonna la curiosité de l’enquêteur qui s’appuya sur sa logique davantage que son intuition. Bien sûr, le meurtre nécessitait un sérieux mobile pour s’introduire chez la victime et la tuer, mais également une clef ou tout autre moyen d’entrer pour passer aux actes.

Récupérer cette pièce à conviction laisser envisager une recherche d’empreintes digitales et pourtant, Théophile Lebrun redoutait grandement d’accuser à tort une personne innocente. Il décida de discuter avec Hortense Louvier en espérant découvrir tardivement un suspect négligé à tort jusqu’à présent.

***

Bien assis sur son arrière train, Édouard ne bougeait pas une oreille ni la moindre moustache. Seule l’extrémité de sa queue gigotait, tandis que le regard du félin fixait à travers la fenêtre un petit lézard gris accroché au mur d’en face.

Le prédateur et la proie n’écoutaient que leur instinct et n’entendaient guère la voix d’Hortense qui chantonnait une récente mélodie d’opérette « Poussez, poussez, l’escarpolette, poussez pour mieux me balancer. Si ça me tourne un peu la tête… ».

Ce fragile équilibre fut perturbé par l’entrée de Louise ramenant le pain et La Gazette de France. Édouard sauta lourdement au sol et tenta de se faufiler par la porte avant qu’elle ne soit refermée… trop tard ! Il gratta frénétiquement entre le dormant et le battant, au point de convaincre la jeune femme de le laisser sortir.

- Coucou ma Lisou, as-tu bien promené ?

- Oui, je suis aussi passée au marché et nous ai rapporté des cerises.

- Bonne idée ! Veux-tu que j’en fasse un clafoutis ?

- Et bien, pourquoi pas ! Elles sont bien mûres, on se régalerait !

- Parfait ! j’ai tous les autres ingrédients. Le gâteau sera cuit pour le dessert.

- Dis-moi, puis-je inviter Lucien ? Il ne devrait pas tarder à passer.

- Bien sûr, il est presque de la famille, comme un cousin.

- Moi je dirais, quasiment un petit frère !

- À trois, on pourra mieux surveiller Édouard qui ne doit pas monter sur la table.

- Au fait, il a insisté pour sortir quand je suis entrée.

- C’est surprenant, mais un peu d’exercice lui fera du bien !

Les deux femmes continuèrent leur conversation. Louise entreprit de beurrer le plat pendant qu’Hortense ajoutait la farine aux œufs battus et sucrés. Elle mettait du cœur à ne pas aller trop vite pour éviter les grumeaux, en malaxant soigneusement la pâte naissante à l’aide du fouet.

Elles entendirent quelqu’un toquer à la porte. La surprise se mêla d’un plaisir légèrement troublé d’inquiétude lorsque Louise ouvrit à Théophile Lebrun. Malgré son air cordial, le commissaire laissait deviner une forme d’embarras. Il demanda si le moment était opportun pour discuter. Les deux femmes lui demandèrent de patienter une minute pour finir la pâtisserie et l’enfourner.

Sans tergiverser, il dit avoir appris par Monsieur Dubreuil qu’une clef de son appartement se trouvait encore dans la loge, manifestant son étonnement de ne pas en avoir entendu parler plus tôt. Hortense prit un air gêné, amplement prémédité, afin de simuler avoir simplement oublié l’objet au fond d’un tiroir. Elle fit même semblant de chercher en divers endroits pour conforter cette explication.

Profitant de ces minutes et du flottement d’une atmosphère officieuse d’enquête, Théophile Lebrun évoqua le moment opportune pour se rappeler d’autres éléments oubliés utiles à la recherche de l’assassin. Délibérément il fit une allusion aux nouvelles techniques d’investigation, notamment les empreintes digitales.

L’effet de surprise et le sentiment de culpabilité firent frissonner Louise. Elle prit un air absorbé et justifia la surveillance du four pour faire quelques pas. Ses jambes étaient comme de coton et il lui semblait trembler de façon visible. Ce fut le moment que choisit Hortense pour annoncer fièrement :

- La voilà ! Elle était très bien rangée !

- Très bien, répliqua le commissaire.

- Je préfère qu’elle soit entre vos mains, ça me rassure !

En disant cela, elle prit soin de bien tripoter la clef pour couvrir la moindre trace de doigt de sa cousine, repensant à l’épisode de la salière de Madame Dubreuil. Théophile Lebrun comprit qu’il ne servait à rien d’inquiéter la concierge. Alors lui-même empoigna l’objet sans précaution, dans l’intention de montrer sa confiance.

À cet instant, Lucien fit irruption dans la pièce en ouvrant la porte d’un coude et portant le chat dans les bras :

- Madame Hortense, Édouard va avaler un lézard, je n’arrive pas à lui ouvrir la gueule !

En effet, le minet serrait bien la mâchoire tandis que deux petites pattes et une queue dépassaient et s’agitaient encore.

- Ne bouge pas, je vais t’aider…

Avant même l’arrivée de sa maîtresse, le chat réussit à se défaire des mains du gamin, à filer sous la table et à avaler le jeune saurien. Comme ce repas froid ne passait pas très bien, Édouard toussota un peu sous le regard dégoûté de la maisonnée. Puis il se redressa pour marcher avec une nonchalance presque arrogante.

- Comment as-tu osé t’en prendre à ce petit lézard ! Tu seras privé de repas !

Interrompu dans sa volonté d’enquêter discrètement, Théophile Lebrun se leva pour s’éclipser. À cet instant, Lucien lui déballa spontanément le récit de la conversation entendue la veille dans l’académie de billard. Les deux femmes apprirent la nouvelle simultanément et attendirent la réaction du commissaire face à cette annonce de récidive de cambriolage. Il n’en eût guère le temps.

Sans discontinuer, Lucien décrivit les deux hommes et se porta volontaire pour défendre les intérêts de son employeur. Il détailla comment il imaginait déjà la scène du coup de filet, les endroits où il fallait poster des policiers, à l’extérieur ou en tant que veilleurs de nuit dans les locaux du journal. D’après son souvenir du dialogue, l’effraction n’allait pas tarder.

Manifestement plongé dans une réflexion d’ordre tactique, Théophile Lebrun lissait sa fine moustache. Édouard faisait de même en se frottant aux jambes d’Hortense. Le ronron du matou était parfois ponctué d’un petit hoquet auquel plus personne ne portait d’attention. Hormis les hypothèses du livreur de journaux qu’il exprimait verbalement au fil de ses pensées, le silence régnait.

L’heure du déjeuner approchant, Louise invita Lucien et se sentie un peu obligée d’en faire de même avec le commissaire, par hospitalité comme par sincère reconnaissance de son rôle de protecteur. Son intonation marquait autant la déférence que l’espoir qu’il acceptât, même si elle était certaine qu’il allait refuser. À la surprise des deux cousines, il hésita un bon moment avant de répondre :

- Merci à vous, je dois m’éclipser… mais je peux vous renvoyer l’invitation : il se trouve que le directeur du Théâtre des Bouffes m’a offert deux invitations pour une représentation de « Véronique » samedi soir et je serais heureux d’y aller en votre compagnie.

- Euh… merci… oui… avec plaisir..., bafouilla la jeune femme.

- Très bien, je passerai vous chercher à dix neuf heures trente, nous serons  rue Monsigny en une quinzaine de minutes, cela nous donnera une occasion de discuter d’autre chose que de l’enquête.

- Ah… oui, bien sûr !

À peine Théophile Lebrun fut-il parti que Louise se tourna vers sa cousine pour lui demander comment elle devait s’habiller. Hortense lui promit de se renseigner et surtout de lui trouver une robe convenable, grâce à ses bonnes relations de voisinage. Lucien fit un peu la moue de voir des sentiments de son amie lui échapper aussi facilement.

- Qu’est-ce qu’il te veut, ce Lebrun ? Tu devrais te méfier de lui !

- Ne t’en fais pas, il ne pourras jamais prendre ta place.

- Mouais, je n’aime pas trop sa façon de te regarder comme un chasseur avec un gibier.

- Et bien pour ma part je le trouve très convenable… prévenant et attentionné.

- Si tu veux je pourrai me faufiler dans la foule pour vous surveiller à l’opéra.

- Non, surtout pas ! Voyons, je ne risque rien avec un commissaire de police.

Cessez vos chamailleries, fit Hortense. À table !

De l’entrée jusqu’au clafoutis, rien ne vint entacher la bonne humeur dans la conciergerie sise au 18, rue Croix des Petits Champs. Après le café, Lucien vit la Gazette et parcourut les faits divers, jusqu’à y apprendre le repêchage d’une inconnue noyée sous le Pont Royal. Il se garda bien de partager cette information, dans l’idée de moins faire de confidence à Louise.

***

Une heure plus tard, le petit vendeur de journaux avait quitté les deux cousines sans oublier d’emporter la salière et quelques croûtes de gruyère. Il était bien décidé à mener son enquête en justicier solitaire mais n’avait pas remarqué la présence d’un rôdeur en sortant de chez Hortense et encore moins aperçu son arme dissimulée sous le manteau. Lucien ignorait que l’homme avait révisé ses plans à la vue du commissaire Lebrun.

Au lieu de suivre la rue de Rivoli, Le gamin préféra emprunter les quais pour voir glisser la Seine dans son lit bien rempli. Très vite il aperçut le Pont Neuf et continua le long de la rive droite jusqu’à la place du Châtelet et la fontaine du Palmier. De nombreux moineaux sautillaient avec insouciance sur le bord du bassin, à la recherche de la moindre miette de pain.

À l’abri sous les feuillages, les merles insouciants gazouillaient leurs chants amoureux tandis que des pigeons paradaient au beau milieu de la place en roucoulant devant des femelles observatrices. La belle saison laissait augurer des tentations naturelles auxquelles les humains ne pouvaient totalement résister. Lucien comptait bien questionner la voyante sur la future soirée à l’opéra.

Pour atteindre l’île de la Cité, il traversa le fleuve et vit derrière les piles de l’ouvrage quelques tourbillons qui le firent frissonner à imaginer la malheureuse en train de lutter désespérément. Une intuition imperceptible lui fit se demander si cette inconnue pouvait être de son lointain entourage. Avec la curiosité intacte de sa jeunesse, il se sentait impliqué dans presque tous les événements du monde.

À peine un peu plus loin, son regard pétillant scruta le parvis de la cathédrale Notre Dame sans parvenir à voir la diseuse de bonne aventure. Il fit alors un grand tour, cherchant dans tous les recoins un endroit où la vagabonde pouvait avoir posé sa couverture et son rat. Au bout de vingt bonnes minutes Lucien dut se rendre à l’évidence : les réponses espérées allaient encore attendre.

Faute du soutien extralucide providentiel, il commença un inventaire des éléments en sa connaissance afin de débusquer les coupables dans l’affaire du meurtre et celle du cambriolage. Dans les deux cas, la motivation de leurs actes manquait à l’appel. Lucien décida de passer en revue toutes les causes potentielles à ces crimes.

***

Louise se posait moins de questions et parcourait la Gazette de France avec émerveillement. Elle lisait notamment le calendrier des grands événements des mois à venir : les feux de la Saint-Jean ; une nouvelle grève pour demander la loi des huit heures de travail par jour ; la fête nationale ; le premier anniversaire de la traversée de la Manche par Louis Blériot…

Un article en marge de ces dates populaires attira l’attention de la jeune femme : un concours de valse allait être organisé par une école de danse. Le couple vainqueur remporterait la coquette somme de deux cents francs-or. Louise se surprit à rêver de participer et espéra même détenir une chance infime de gagner pareille richesse. Elle partagea aussitôt la nouvelle avec Hortense qui lui répondit :

- Ne te fais pas trop d’illusions, il te manque juste, un cavalier, une robe de bal et surtout d’être une danseuse ! La concurrence sera très sérieuse.

- On ne sait jamais ! Mon père disait que j’étais très douée. Pour le cavalier et la robe, peux-tu m’aider à les trouver s’il te plaît ?

- Vraiment tu exagères ! Je dois déjà te dégoter une toilette élégante pour ta soirée à l’opéra et voilà que tu me demandes un prince charmant plus une tenue de valse ! Mais bon, puisque tu y tiens, je vais chercher, ma Lisou…

- Oh ! Merci, je t’adore ! Si le danseur n’est pas un prince cela m’ira très bien. Tu te rends compte, je partagerai ma part de prime avec toi si je la gagne !

- Souhaitons-le, mais promets-moi de ne pas être trop déçue si tu es recalée dès la première sélection.

- C’est promis, je préfère échouer que ne pas tenter ma chance !

- Te voilà un peu raisonnable, veux-tu un peu plus de clafoutis ?

- Juste une petite part s’il te plait ! Je dois faire attention pour entrer dans la robe de bal !

- Coquette, va !

***

Entre temps, Théophile Lebrun s’était rendu à l’état major des brigades du Tigre et demandé à rencontrer leur dirigeant, nommé Jules Sébille. Dans le milieu policier, tous deux avaient eu des échos élogieux pour leurs qualités professionnelles respectives et leurs valeurs humaines. Leur rencontre allait leur permettre de se toiser, courtoisement et respectueusement.

Lorsqu’il fut invité à entrer dans le bureau du patron des services de recherche judiciaire, Théophile Lebrun apprécia spontanément son regard et sa poignée de main, telles des caractéristiques qui selon lui distinguaient les grands hommes. Il lui décrivit brièvement l’affaire du cambriolage du siège du journal. Son collègue se tenait le menton entre le pouce et l’index, l’air intéressé :

- En quoi pourrions-nous vous aider à mettre la main sur ces « apaches » ?

- Et bien… par hasard, un jeune livreur de journaux a entendu deux gars parler d’une récidive dans quelques jours. Je ne peux quand même pas y poster tous mes hommes, alors j’espère que vos brigades mobiles sauraient intervenir en cas d’alerte… ?

- Oui, c’est exactement dans nos cordes. Nous pouvons envoyer une équipe dans une automobile très rapidement. Ça tombe bien, nos quatre De Dion-Bouton viennent juste d’être complétées par des Panhard & Levassor plus performantes. Avez-vous une description des malfrats ?

- D’après le gamin, le meneur est mince avec un nez aquilin, l’autre a une allure de catcheur. À part notre jeune témoin, personne ne peut les identifier avec si peu de caractéristiques.

- Certes, c’est insuffisant pour les retrouver dans une foule, mais ces indications me permettent de faire un premier tri dans le fichier des criminels en cavale. Je vous laisse mettre en place des hommes de votre équipe et de nous prévenir dès qu’il y a effraction. Surtout ne faites pas fuir les cambrioleurs avant notre arrivée !

- Entendu ! mes gars appelleront les vôtres directement avec le téléphone du journal et resteront en planque. Pour commencer, je prévois une semaine de surveillance.

- Parfait ! Tenez-moi informé si vous avez du nouveau. Je vais prévenir la brigade pour qu’ils se préparent à cette intervention.

- Merci, je compte sur vous. À très bientôt cher collègue !

En rentrant à son commissariat, Théophile Lebrun se sentit d’humeur badine, presque euphorique. Le printemps inondait les rues de sa lumière enjôleuse et de pollens parfumés. L’homme ainsi enivré se surprit à rêver de la soirée au théâtre quelques jours plus tard en compagnie de cette Louise au minois si troublant. Il se demanda surtout comment il avait pu oser l’inviter, sans vouloir présumer la moindre once de ce qui allait arriver.

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