Manuscrits du podium - chapitre 7


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Chapitre 7

(Seulement deux manuscrit étaient en compétition pour cette sélection)

 


Manuscrit de la seconde place

Chapitre 7

Chapitre 7

 

Hortense rentra dans la loge, fatiguée, son balai sous le bras, tenant son seau et ses chiffons de l’autre main. Elle avait chaud, des mèches lui tombaient sur le front et elle posa tout son chargement dans le coin près de la fenêtre.

Elle se lava les mains et arracha machinalement la petite page de l’éphéméride accroché au mur, ce qu’elle avait oublié de faire ce matin : vendredi 3 juin.

Elle remarqua que la porte de la chambre n’était pas fermée et elle  appela sa cousine. Pas de réponse. Elle s’interrogea sur l’absence de Louise. Bientôt 19 heures. Elles dînaient toujours assez tôt, puisque Louise devait être à la Gazette pour 20 heures.

Elle remarqua qu’Edouard n’était pas dans les parages, lui non plus. Décidément !

Elle le chercha sous le lit, écarta le rideau jaune et ce faisant, découvrit par terre un petit morceau de papier. Elle le déplia, lut rapidement et commença vraiment  à s’affoler en lisant les mots : « nouvelles informations », « Alphonse Carmet », « Barentin », « l’usine de votre père ». Inquiète elle voulut vérifier si Louise avait pris son sac pour sortir et en arrivant dans la chambre, elle trouva Edouard étalé de tout son long sur le lit.

« Ah, vous voilà Edouard ! Mais où est Louise ? Si elle a pris son sac, c’est qu’elle avait sans doute une course à faire…» Indifférent, le chat s’étira et bailla à s’en décrocher la mâchoire. Mais déjà Hortense revenait dans la loge et se penchait par la fenêtre ouverte pour voir si Louise ne serait pas en discussion sur le trottoir. Mais la rue des Petits Champs était bien calme à cette heure et personne auprès de qui s’informer.

Hortense essaya de se rassurer, elle ne va sûrement pas tarder… Elle sortit d’un cageot, les légumes pour le dîner et s’installa à la table pour les éplucher.

***

Théophile Lebrun quittait le commissariat de la rue Bonaparte, en bras de chemise, la veste sur l’épaule et il décida de marcher un peu, pour mettre un peu d’ordre dans ses pensées. Il y avait dans cette affaire plusieurs dossiers qui semblaient être quasiment tous reliés les uns aux autres.

Carmet et Dumont cherchaient, on ne sait quoi dans les bureaux de la Gazette. Carmet avait travaillé à Barentin. Et Hortense, avec qui il avait eu l’occasion de discuter, lui avait raconté son enfance à Chambray et le parcours de Louise à Barentin ainsi que son départ après tous les évènements tragiques.

Et voici qu’un troisième meurtre s’ajoutait, celui d’un bègue et qui pourrait bien avoir un rapport avec ceux de Lucie et d’Yvonne Dubreuil. On avait peu d’information. Le malheureux avait été égorgé dans une ruelle.

Théophile reconnaissait là, l’habitude du criminel de se débarrasser, sans hésiter, de tous ceux qui pouvaient devenir gênants. D’abord Lucie qui lui avait permis de préparer son crime, puis le bègue qui avait fait le guet dans l’immeuble, pendant le meurtre. C’est forcément la même personne qui a tué Yvonne Dubreuil, se disait-il, puis les deux autres, par prudence, pour ne laisser aucune possibilité de suivre sa trace.

Lebrun avait remonté les quais, le long du fleuve coloré des reflets jaune d’or du soleil couchant de juin et tourna rue du Bac, pour rejoindre son appartement.

Maintenant, se disait-il en lui-même, cet assassin a-t-il un lien avec Dumont et Carmet ? Sûrement, il a tué le bègue par précaution, au cas où il serait mentionné dans les aveux des deux malfrats… Cette réponse lui semblait plausible.

Mais tant que je n’ai pas le mobile du crime de Madame Dubreuil, je n’avance pas…

Il arriva pourtant au seuil d’un immeuble modeste et cherchant déjà ses clés dans ses poches, entra sous le porche du numéro vingt.

***

Hortense regardait sans cesse la pendule. Il était vingt heures trente et elle était morte d’inquiétude. Une odeur de ratatouille emplissait la loge, mais sa cousine n’était pas venue dîner.  Et sans la prévenir ! Ce qui n’arrivait jamais.

Elle chercha dans les papiers de Louise et se décida à monter au premier étage, pour sonner chez Monsieur Beaulieu-Dambrin.

« Excusez-moi de vous déranger, mais vous serait-il possible de téléphoner à la Gazette de France pour savoir si Louise s’est bien présentée à son travail ? Elle n’est pas rentrée dîner et je suis très inquiète. J’ai là une feuille de paie avec le numéro de téléphone.

- Mais je vous en prie Hortense, entrez. »

Et après avoir tourné la manivelle, il demanda Rivoli  24-12 à l’opératrice. Renseignement pris, c’est un certain Langlois qui lui affirma que Louise n’était pas à son travail, Monsieur Paul venait de le lui confirmer, il ne l’avait pas vue….

Hortense redescendit encore plus alarmée. Mon Dieu, mon Dieu ! Qu’est-il encore arrivé ! Ne pouvant restée seule à attendre, elle décida de filer chez la concierge du 24 pour lui demander conseil. Peut-être aurait-elle une idée ? Hortense passa devant sa loge et sortit directement pour remonter la rue Croix des Petits -Champs…

***

Sous les fenêtres d’un vieil immeuble rue Cambon, Lucien sifflait de toutes ses forces depuis un petit moment.

«Gillou, Gillou » finit-il par crier.

Gillou apparut à la fenêtre, la bouche pleine, finissant de manger et déjà Lucien demandait

« Y faut que tu m’aides, Gillou. Viens, j’ vais t’expliquer. Pour aller dans un immeuble, pas loin de la Gazette. Viens, descend ! »

Quand il l’eut rejoint, le copain toujours en train de manger sa tartine et une pomme dans la main, écouta les consignes. Puis, il prit aussitôt la direction du 1er arrondissement

- « T’en fais pas, je passerai en revenant, je te tiens au courant ! » promit-il entre deux bouchées.

Lucien reprit alors très vite le chemin de son repaire, il n’avait laissé  Louise, seule, que quelques instants, mais il était inquiet, elle lui avait paru si désemparée…

***

Hortense revenait dans sa loge avec la concierge du 24. Celle-ci tentait de calmer son amie et elles revenaient voir si, entre temps, Louise n’était pas rentrée, mais quand elles arrivèrent, un petit jeune homme tambourinait à la porte de la loge.

 « Vous êtes la concierge de l’immeuble ? » Et comme Hortense acquiesçait et le pressait de questions, il expliqua :

« Faut pas vous en faire. Lulu m’a dit de vous dire qu’il a trouvé Louise en rentrant de la Gazette, elle était complètement affolée et déboussolée. Il a voulu la ramener ici, mais elle ne voulait pas. Elle disait que ceux de Parentain allaient la retrouver ou quelque chose comme ça… Alors Lulu l’a emmenée chez lui et ça va mieux. Elle se sent plus en sécurité. 

- Oh mon Dieu, c’est pas possible, mais il faut faire quelque chose.

- Mais non, mais non, je vous assure. Lulu m’a dit que tout allait bien et qu’on verrait demain »

La concierge du 24 guida Hortense jusque dans la loge, le brave Gillou content d’avoir mené à bien sa mission repartit après avoir lancé un « au revoir,  à demain » qui finit de terroriser Edouard. En effet, après les coups répétés sur la porte vitrée, les voix et les cris dans l’entrée, avec tout ce remue –ménage, il s’était caché sous le buffet, sa planque habituelle. De là, il observait les deux femmes qui se réconfortaient mutuellement.

« Allez Hortense, calmez-vous, tout va allez bien maintenant ! »

***

Louise venait de s’endormir au milieu les matelas organisés par terre sur les tapis, dans le petit logement de Lucien. Il la regardait dormir.

 Pour lui aussi, la soirée avait été riche en émotions et tout en regardant les longs cheveux noirs étalés sur l’oreiller, qu’il n’avait jamais vu ainsi détachés, il se sentait en devoir de protéger une si gentille et une si jolie demoiselle.

Il se rappelait le moment, cet après-midi, où en rentrant de la Gazette après sa tournée, il l’avait croisée devant le petit square, pas loin de chez elle, essoufflée, l’air terrorisé et ne semblant plus savoir où aller.

Il revoyait  son petit visage, c’est sûr, elle avait pleuré et cette façon de serrer son petit sac contre elle, comme une naufragée. Pas moyen de la décider à rentrer chez elle. Il n’avait pas tout compris, mais devant son obstination à refuser de rentrer à la maison, il l’avait amenée ici. Et c’est seulement à l’abri chez lui, qu’elle s’était un peu détendue et qu’elle avait raconté le petit message de Lebrun, la peur qu’elle avait ressentie soudain, comme si les malheurs du passé revenaient la torturer. Elle voulait rejoindre Lebrun mais une fois dans la rue, elle s’était sentie si perdue, si vulnérable…

Au fur et à mesure, elle s’était calmée. Il lui avait improvisé un petit dîner, du pain et du fromage, une part de brioche et quelques fruits. Puis il avait été chercher un peu d’eau dans la grande cuve sous la gouttière et par discrétion, s’était absenté un instant, pour la laisser se rafraîchir. Il en avait ainsi profité pour courir rue Cambon, où un confrère de la Gazette, il le savait, ne lui refuserait pas un petit service.

Quand il était revenu, Louise s’était allongée et s’était endormie, sans doute épuisée par tant de tension. Il avait posé sur elle une fine couverture et à présent, il ne pouvait détacher ses yeux de Louise, venue se réfugier dans son repaire.

S’il avait parfois accueilli des copains ou dépanner quelques connaissances, en les invitant pour la nuit, il n’avait jamais vu une personne de qualité dans son petit logement et il lui semblait qu’il n’arriverait pas à dormir de la nuit, tant  cet évènement  représentant pour lieu un instant à part, étrange et particulier.

***

« Louise, toutes ces craintes ne reposent sur rien, voyons. Je ne pensais pas déclencher une telle crise d’anxiété. Vous m’en voyez terriblement désolé, sincèrement.

- Ce n’est rien, Théophile ça va mieux maintenant.

-  Allons réfléchissez, ce Carmet est sous les verrous. Et vous n’étiez qu’une enfant quand il travaillait à la Laiterie de Barentin. Il ne sait sans doute même pas que vous existez.

- Oui, sans doute, mais celui qui court encore et qui tue, à peut-être un lien lui aussi avec Barentin…

Lebrun était contrarié. Il voyait bien que les dures épreuves du passé se mêlaient à tous ces évènements difficiles. Trois meurtres depuis le 10 mai ! Louise n’en pouvait plus. Lulu l’avait prévenu ce matin et il trouvait là, une jeune femme inquiète et à bout de nerfs.

- Louise, il serait peut-être préférable que vous vous éloignez de Paris et de l’immeuble quelques temps. Vous étiez chez votre oncle, il y a une dizaine de jours ?

- Et mon travail à la Gazette ?

- Tout cela peut s’arranger, j’en parlerai moi-même au journal. »

Louise hésitait, elle n’avait plus d’entrain, plus de ressort. Finalement, Théophile la raccompagna à la loge pour organiser avec Hortense ce séjour qui permettrait peut-être à Louise de se refaire une santé loin de la capitale. Mais quand ils arrivèrent dans l’entrée de l’immeuble, M. Dubreuil était en grande discussion avec Hortense.

Celle-ci sauta de joie en voyant Louise et laissant son interlocuteur planté là, la prit dans ses bras et la fit tourner comme si elles commençaient une danse.

M. Dubreuil qui n’avait cessé de parler, une enveloppe à la main, s’adressait  maintenant à Lebrun et les deux hommes au bout d’un moment décidèrent de monter dans l’appartement des Dubreuil.

Mais Louise, soudain ragaillardie, suivit Lebrun dans l’escalier et Hortense que la suite de l’histoire intéressait, suivit elle aussi les deux hommes jusqu’au deuxième palier.

***

« Ce n’est pas possible ! »

Antoine Dubreuil marchait de long en large dans son salon, parlant avec flamme et conviction, une attitude que Louise ne lui connaissait pas. Il avait les joues rouges et le front moite, lui qui était d’habitude si pâle. Dans l’un des fauteuils, Lebrun relisait la lettre adressée à M. Dubreuil et celui –ci ne cessait de répéter ce qu’il leur avait déjà dit :

« C’est impossible, Jacques Revillard est mort. Cette lettre ne peut pas être de lui. J. R ! C’est une imposture ! »

- Calmez-vous M. Dubreuil. C’était un ami de votre femme, c’est bien cela ? demanda Lebrun en se levant  et en tentant d’interrompre les cent pas que faisait rageusement le quinquagénaire.

- En effet, elle le connaissait d’avant notre mariage. Je pense qu’il était plutôt contrarié qu’Yvonne choisisse de m’épouser. Mais il nous a néanmoins fait un superbe cadeau en nous offrant ce tableau.

- C’était un peintre de renom ?

- Non, je ne dirais pas cela… il exposait dans des galeries, c’est vrai et il vendait parfois quelques toiles, mais il ne vivait pas de sa peinture et il se désolait sans cesse, de ne jamais être vraiment reconnu.

- Et vous dîtes qu’il est mort à présent ? Vous en êtes sûr ?

- Mais tout à fait sûr ! Il s’est jeté par la fenêtre, il n’avait pas trente ans. Yvonne et moi, nous sommes allés à son enterrement. On se voyait moins souvent, mais il demeurait notre ami et il ne se passait pas une année sans qu’une occasion nous permette de le rencontrer. Il vivait seul et un jour, sa famille nous a annoncé le terrible drame. Voilà donc près de vingt ans qu’il est mort et je ne comprends rien à ce courrier ! »

Lebrun se grattait la tête en relisant le texte de la lettre. Louise debout derrière le fauteuil où il était assis, penchée par-dessus son épaule, essayait elle aussi de trouver un sens à ces mots tracés d’une petite écriture serrée, de telle façon que le  texte ne remplissait qu’à peine la moitié de la feuille :

Cher Antoine,

J’ai appris la mort d’Yvonne et le malheur qui te frappe. Tu sais combien vous m’êtes chers tous les deux et de savoir que nous ne pourrons plus rien partager avec notre charmante Yvonne me glace et me cause un terrible chagrin.

Tu sais que tu peux compter sur moi dans ces moments douloureux et n’hésite pas, si je peux t’apporter quelque aide que ce soit.

Je suis toujours à la même adresse et j’attends de tes nouvelles. Ton jour sera le mien pour nous rencontrer et je suis sûr que tu ne manqueras pas de m’écrire afin de fixer un rendez-vous sur Paris.

Dans cette attente, reçois mes sincères condoléances et l’assurance de toute ma sympathie  

Jacques

« Vous n’auriez pas une ancienne lettre ou un document qui nous permettrait de comparer cette écriture et celle de ce Jacques Revillard ? demanda Lebrun.

- C’est que vingt ans sont passés… je pourrais quand même regarder dans les affaires de ma femme, elle avait l’habitude de tout conserver, mais je ne vous promets rien…

Antoine Dubreuil était maintenant plus calme, mais il semblait réellement soucieux. Il s’approcha de Lebrun et pointa du doigt une phrase :

- Vous ne trouvez pas que cette façon de dire «  je suis sûr que tu ne manqueras pas de m’écrire » a quelque chose de menaçant ?

- Je ne vous mentirai pas… je pense en effet, que nous aurons tout intérêt à ne pas laisser cette lettre sans réponse. Le cachet de la Poste est très mal imprimé, impossible de lire d’où vient ce courrier. Et cette adresse qu’il évoque…

- Là aussi c’est bien curieux.  « Je suis toujours à la même adresse ! » Elle est bien bonne ! Regardez, il n’a rien précisé, pas même sur l’enveloppe ! Et cet imposteur compte sur ma mémoire après tout ce temps, pour que je me rappelle de l’adresse ! C’était à Perthes, une petite ville près de Barbizon, la cité des peintres, ça c’est symbolique, je m’en souviens, mais alors le nom de la rue !

- Et si nous allions sur place, vous reconnaîtriez la ville ou la maison ?

- Oh non, je ne pense pas. Déjà les villes changent en vingt années et puis je suis allé très peu chez lui, c’est lui qui venait sur Paris pour ses affaires dans les galeries. Je n’ai dû y aller qu’une ou deux fois. Je ne me rappellerai pas.

Lebrun comparait maintenant le J.R au dos de l’enveloppe et celui du tableau.

-  Il est vrai que ces initiales sont enjolivées de la même façon. Ne vous en faîtes pas, on va essayer d’éclaircir tout ça, faites moi signe si vous retrouvez quelque chose qui nous permettrait de comparer les écritures, dit Lebrun en prenant  congé. Et Louise adressa quelques mots d’encouragement à M. Dubreuil avant de rejoindre Théophile Lebrun dans le bel escalier de l’immeuble

- Cette affaire est bien singulière Louise.

- Ca ressemble bien à une sorte de piège, vous ne trouvez pas ?

- Sans doute. A moins que ce Jacques Revillard soit bien vivant et qu’il ait laissé croire à sa mort, tout ce temps ! En tout cas, j’espère que cette énigme nous rapprochera du meurtrier d’Yvonne Dubreuil…. Mais je retrouve tout à coup la Louise, pleine d’énergie que je connais bien !

-  C’est vrai. Je ne sais pas ce qui m’a pris. Je vais aller m’excuser auprès de M. Paul et entourée d’Hortense, de Lucien et épaulée par vous Théophile, je pense que je ne vais plus m’affoler pour rien ! »

***

Jules sortait de chez le petit coiffeur de la place du village. Il avait fait couper ses cheveux très courts et raser sa moustache. Il s’était aussi procuré de petites lunettes  Il ne faudrait pas que quelqu’un le reconnaisse, car il devait retourner du côté de Rivoli, Palais Royal et il avait déjà tellement traîné par là, Pont des Arts et aussi rue Rousseau. Mais l’enjeu était d’importance. Bien jouer cette dernière manche et la partie serait gagnée. Mardi, chez ce notaire, il ne fallait rien laisser au hasard et l’objectif serait atteint. Toutes les chances étaient maintenant de son côté.

Les mains dans les poches, il remonta la rue principale en sifflotant, regardant sa nouvelle allure, de temps en temps, dans le reflet des vitrines.

***

Un klaxon dans la rue fit sursauter Louise, Hortense et Edouard. Le fait était assez inhabituel. Elles allèrent jusqu’à la fenêtre ouverte et virent Théophile au volant d’une belle De Dion Bouton rouge et noire, une superbe automobile.  Il venait de se garer juste sous les fenêtres de la loge, il coupa le moteur, pas peu fier et descendit prestement pour s’adresser aux deux jeunes femmes :

- Que diriez-vous d’une petite virée du côté de Barbizon, Mesdemoiselles ? Je suis passé à la Gazette, j’ai prévenu votre patron, il accorde trois jours à Lucien et à Louise pour m’y accompagner. La brigade automobile m’a confié ce petit bijou, si vous en êtes d’accord, départ dans deux heures, Lucien nous rejoint ici !

Vous dire l’étonnement des deux jeunes femmes ! Mais pour Hortense s’absenter encore trois jours posait problème, elles en discutèrent, s’affairèrent et deux heures plus tard, Louise était prête, quand Lulu arriva son baluchon sur l’épaule.

On attendait Théophile et son automobile.

 « C’est un modèle K1, dit Lulu plus excité que jamais. Je l’ai vu devant la Gazette. Un bel engin, y’a pas à dire ! » Et tandis qu’il trépignait d’impatience, on entendit de nouveau, le joyeux klaxon.

Théophile proposa à Lucien, enchanté, de s’asseoir à l’arrière, il chargea les bagages à côté de lui et il aida Louise à s’installer sur la banquette avant, très confortable. La petite décapotable avec ses deux belles lanternes, mais sans pare-brise, démarra au premier tour de manivelle donné énergiquement par Théophile. Le moteur commença à se secouer et fit entendre son harmonieux bruit de mécanique.

« En voiture » cria-t-il, desserrant le frein à main et cherchant la première vitesse. Et tandis que la De Dion bouton démarrait doucement, Louise tout sourire agitait la main, en criant « à bientôt » à Hortense qui, restée sur le trottoir,  secouait son mouchoir, toute émue de voir s’éloigner la belle automobile et tout son équipage.

***

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