Les soubrevestes - chapitre 10

Bienvenue dans le monde des capes et des épées où se mêle amour, intrigues et histoire de France... chapitre 10

– Et lorsque vous étiez à Compiègne, aucun événement n’est resté dans votre mémoire comme la naissance d’enfants ? 

La princesse comprit enfin la raison de sa présence devant cette assemblée, elle se tourna vers les deux inconnues : ...

Les soubrevestes semaine 5

Les soubrevestes chapitre 10

Lorsque Charlotte-Marguerite entra dans la salle de conseil, si elle savait qu’elle y retrouverait le monarque et le cardinal, elle ne pouvait se douter que deux autres présences y seraient pour l’accueillir. Deux personnes en tout point pareilles, deux rousses flamboyantes, debout en retrait dans un coin de la pièce, sans doute deux femmes dont le rang était moindre, mais suffisamment important pour être reçues par le roi lui-même.

Cette dame de haute lignée était descendante directe de Anne de Montmorency qui fut connétable de France et ami de François 1er 1. Elle était également l’épouse du prince Henri II de Condé2, fidèle d’Henri IV avant de devenir celui du roi actuel. Ce couple avait tout le respect de Louis XIII et aussi celui de la reine Anne d’Autriche. De ce fait, cette convocation dans cette salle de conseil en compagnie de ces deux inconnus avait de quoi étonner la princesse.

Le Cardinal fit porter à la grande dame deux anneaux également semblables avec pour représentation un faucon.

« Avez-vous déjà vu ces bagues ? »

Rien dans les traits de Charlotte-Marguerite n’indiquait le moindre sentiment. Toutefois cette dernière n’était pas une comploteuse. Elle se rappelait très bien cette période de sa vie où à peine sortie de l’enfance on l’avait marié au prince de Condé pour satisfaire un roi, vieux déjà, qui avait jeté son dévolu sur elle. Elle n’avait rien voulu, rien prémédité et que Henri IV soit tombé en amour pour elle n’avait été qu’une source d’étonnement et de dégoût. Aussi c’était bien volontiers qu’elle avait fui avec Condé, fuite qui l’avait amené à Compiègne pour se terminer à Bruxelles.

Elle ne connaissait pas ces anneaux, mais était au fait de la signification du faucon :

« La naissance du prince, mon mari, n’a pas été un événement des plus doux. Sans la protection du roi Henri, elle aurait continué à être entachée de suspicions par la faute d’une étourderie de sa mère 3. Madame de la Trémoille, ma belle-mère accusée d’avoir empoisonné son époux était également une huguenote. Fort heureusement elle est revenue dans la vraie foi, mais j’ai pu voir chez elle, cet emblème, ce faucon la tête cachée par un capuchon.

– Et lorsque vous étiez à Compiègne, aucun événement n’est resté dans votre mémoire comme la naissance d’enfants ? 

La princesse comprit enfin la raison de sa présence devant cette assemblée, elle se tourna vers les deux inconnues :

– Une noble dame faisait partie de notre équipage, elle avait fait la route depuis Paris. Elle possédait une lettre écrite de la main de Madame de la Trémoille qui requérait du Prince de venir en aide à cette malheureuse. Elle était enceinte et n’était pas mariée. Ma belle-mère demandait à son fils de prendre en charge la mère et l’enfant. C’était à cette même période que la fuite vers la Belgique fut organisée. Par malheur les grands chemins furent fatals à la parturiente, elle accoucha dans un lieu-dit “la croix du signe” à Compiègne de jumelles et s’éteignit peu après.

– Connaissez-vous le nom de cette dame ?

– Je pense que le prince le savait, mon esprit était trop occupé par le voyage entamé et son identité m'a échappé. Son  corps a été pris en charge ensuite par les bénédictines de Saint-Jean-aux-Bois quant aux nouveau-nés, ils ont été menés sur Paris.

Ambre et Jane ne disaient mot, mais la princesse s’adressa directement à elles :

– Avant que vous repartiez vers votre destinée, mon époux et moi-même avons voulu célébrer votre baptême. Nous sommes lui comme moi vos parrain et marraine et c’est moi qui vous ai donné vos prénoms. Les événements ne m’ont pas permis, hélas, de suivre votre trace, mais je peux voir que le prince a choisi pour vous de bonnes familles d’adoption et que vous êtes devenues des femmes bien éduquées. »

Les deux sœurs firent un geste de remerciement, mais n’ouvrirent toujours pas la bouche.

Visiblement la princesse de Condé avait raconté tout ce qu’elle savait sur cette aventure. Des zones d’ombres subsistaient, peut-être même qu’elles persisteraient.

 

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Après avoir signé leur congé aux trois femmes, le roi et le Cardinal demeurèrent pensifs, ce fut Richelieu qui prit l’initiative de rompre le silence :

« Cette histoire de naissances clandestines serait sans importance s’il n’y avait les anneaux et le symbole des faucons.

 – La Bourgogne reste une pointe dans notre corps. Si la mort lors d’une fauconnerie de la dernière duchesse de Bourgogne est un lointain souvenir, certains voulaient le ressusciter. 4

– Nous avons un atout en la personne du Prince de Condé, actuel gouverneur de la Bourgogne et qui a confié son fils héritier aux Jésuites de Bourges. 

–  Et il se trouve que nous avons en nos murs un jésuite qui tout comme nous souhaite démêler la pelote de cette histoire.

– Chargeons ce Romance d'une nouvelle mission, et qu’il soit accompagné par nos deux mousquetaires. Quant aux jumelles inconnues qu’elles obtiennent également des laissez-passer, leur charme, leur soif d’aventure et l’expérience qu’elles ont dans la rouerie peuvent servir à nos desseins ».

  1. https://fr.wikipedia.org/wiki/Anne_de_Montmorency_(1493-1567)
  2. https://fr.wikipedia.org/wiki/Henri_II_de_Bourbon-Cond%C3%A9
  3. https://fr.wikipedia.org/wiki/Charlotte-Catherine_de_La_Tr%C3%A9moille
  4. La dernière descendante, Marie de Bourgogne, mourut d’une chute de cheval en 1482 lors d’une chasse au faucon https://www.france-pittoresque.com/spip.php?article7510

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